Fusion Man

D’un court-métrage au comics, il n’y a parfois qu’un pas qu’est en train de franchir Fusion Man, le super-héros LGBTQ de David Halphen.

Jusqu’au 18 novembre sur Ulule, vous pouvez découvrir la campagne participative de Fusion Man dont son auteur nous en dévoile la teneur en interview.

Salut et merci de répondre à Superpouvoir ! Vous avez lancé une campagne de financement participatif pour Fusion Man, pouvez-vous me pitcher l’histoire en quelques mots ?

David Halphen : Fusion Man Les Origines d’un super héros est la suite d’un court-métrage que j’ai écrit en 2009 pour Canal Plus. Réalisé par Xavier Gens (Hitman) et Marius Vale.

Pour la première fois depuis sa création il y a dix ans, nous allons raconter les origines du personnage. D’où proviennent ses superpouvoirs ? Qu’est-ce qu’il l’a motivé à utiliser ses pouvoirs pour faire le bien ? Fusion Man lui-même ne le sait pas et il va enquêter afin de découvrir comment il a subitement récupéré des pouvoirs liés à la lave en fusion alors qu’il était en voyage scolaire en Italie.

Fusion Man est un super-héros LGBTQ, mais vous avez souhaité qu’il ne soit pas uniquement caractérisé par cela. Pouvez-vous nous détailler cela ?

David Halphen : Le court-métrage de 2009, tout comme sa suite en webcomics, sont des œuvres engagées et militantes. Un super-héros homo qui sauve des homos des griffes de terribles homophobes. C’était nécessaire mais limitatif sur du long terme. Les jeunes LGBTQ ne veulent plus être uniquement réduits aux questions de coming out et d’homophobie.

Spider-Man ou Wonder Woman ont des histoires où leur hétérosexualité n’est pas le centre de l’histoire, leur sexualité n’est jamais le point central du récit. Ils et elles ont simplement, des histoires d’amour avec des personnages du sexe opposé (quoique avec Wonder Woman, c’est pas tout à fait le cas). Je veux offrir la même chose aux lecteurs avec ce personnage. Développer l’histoire mythologique de Fusion Man, comme celle de Superman, à la différence qu’au lieu de finir avec Loïs Lane, il pourrait finir avec Loïc Lane.

Fusion Man

Quelles sont vos influences, dans le trait et dans l’histoire ?

David Halphen : Je suis un très grand fan de Spider-Man de J. Michael Straczynski et de John Romita Jr et de toute cette période où Marvel a laissé le personnage évoluer, grandir, devenir plus mature… avant de tout annuler ! J’ai boudé Spider-Man pendant longtemps après ça, avant d’y revenir avec Miles Morales de Bendis. J’ai retrouvé le Spider-Man que j’aimais, drôle et malin. Niveau diversité, Bendis a fait fort !

Le Batman de Bruce Timm et Paul Dini m’a toujours fasciné. Noir, torturé et fun à souhait. J’aime tout ce qui équilibre avec brio la noirceur et le divertissement. D’où mon amour inconditionnel pour Buffy Contre Les Vampires de Joss Whedon. Mais ne me lancez pas là dessus, je pourrais ne parler… des années.

Tu nous as indiqué que l’histoire est, à l’origine tirée d’un court-métrage que vous avez réalisé avec Xavier Gens. Qu’est-ce qui a attiré un réalisateur avec une certaine réputation à tourner ce métrage ?

David Halphen : Il avait été engagé par Canal Plus pour réaliser un des court-métrages de la collection qui avait pour thème l’homophobie, sur une commande du Ministère de la Santé. N’importe quel scénario qui lui plairait.  Vu son univers, l’horreur, le fantastique, la science fiction, mon script était sûrement l’un de ceux qui lui ressemblait le plus.

Je leurs dois sûrement beaucoup à Marius Vale (le co-réalisateur) et à lui dans le choix de Canal Plus et Amda de produire ce film pour l’INPES. Et le résultat m’a ravi. La photographie très spécifique, sombre, de Xavier me plait énormément. Visuellement, je savais que mon bébé était entre de bonnes mains. Voir mon super-héros dans le costume, l’acteur Raphael Personnaz, sur le plateau du tournage, fut une expérience très forte pour moi.

Les incroyables aventures de Fusion Man (2009)

Court-métrage Les incroyables aventures de Fusion Man (2009)

En 1954, le livre Seduction of Innocent de Fredric Wertham qui a influencé le Comic Code Authority parlait de Batman comme « le genre d’histoire qui ne peut qu’inciter les enfants à assouvir leurs fantasmes homosexuels » (sic). Comment a-t’on évolué depuis ?

David Halphen : Il y a deux courants. C’est comme l’Amérique d’Obama, face à celle de Trump. Il y a ceux qui étaient prêts à accueillir une femme comme présidente des États Unis et ceux qui lui ont préféré un homme blanc hétérosexuel, aux idées tellement fermées qu’on pourrait dire que la moule n’est plus très comestible.

C’est pareil dans le monde de la fiction. Les scénaristes sont pour la plupart prêts, surtout dans les pays anglophones, à intégrer de la diversité, sexuelle, culturelle, ethnique, religieuse, dans leurs séries et films. Les producteurs moins, car le public reste parfois obtus. La remarque de Wertham reste encore très encrée dans certains esprits. À l’inverse, heureusement, un courant opposé, libère une voix (et une voie) tolérante. Partout dans le monde, le conflit entre ces deux courants est très vif actuellement.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite de la campagne qui est déjà réussie d’ailleurs ?

David Halphen : Une réussite RAPIDE, c’est fait ! Heureusement parce que le projet a été une source d’anxiété quotidienne (rires). Je travaille sur le scénario de ses origines depuis dix ans, et j’ai aux moins trois ou quatre idées de suites.

La page Ulule m’a demandé quatre mois de travail avec Yas Munasinghe, l’artiste qui va devoir réaliser les 120 pages de BD. Atteindre vite l’objectif va me permettre de dormir sereinement.

Pour la suite, nous avons différents objectifs additionnels que nous proposons aux contributeurs.

Question Superpouvoir : si vous aviez un superpouvoir lequel serait-ce ?

David Halphen : La grande et éternelle question… Hmm… J’y ai déjà pas mal pensé. Voler ; une fois. Essayer de voler une fois. Sinon, pouvoir voyager dans le temps !

Je ne veux pas être immortel parce que l’immortalité, c’est long. Le transhumanisme, c’est pas pour moi ! Mais pouvoir voyager dans le temps, avoir un aperçu du futur, des futurs, du passé, pouvoir dire au revoir à ma maman partie trop tôt… Tout ça, ça pourrait être cool. Après, faut éviter les paradoxes temporels et ca, c’est pas évident. Retour Vers le Futur et Docteur Who nous l’ont bien montré !

Retrouvez Fusion Man sur Ulule jusqu’au 18 novembre : Fusion Man, les origines d’un Super-héros

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