Les coups tordus ainsi que les conflits qui entourent la propriété des droits Superman pourraient aisément être retranscrits en comics, tellement ils sont imprévisibles et bourrés de retournements de situation. Depuis l'apparition de l'homme d'acier dans les kiosques en 1939, les procès et les sources de dissension entre National Comics (que l'on appellera DC ou Warner pour plus de simplicité), Jerry Siegel & Joe Shuster (les créateurs de Superman) et leurs descendants n’ont cessé de défrayer la chronique ! Avec une crainte ultime : ne plus trouver les comics de leur personnage favori dans les comic-shops ou au cinéma. Pire : que Superman puisse être utilisé par n'importe qui à tort et à travers ! Dans cet article, nous vous proposons de faire un retour sur toutes les issues légales concernant la paternité du meilleur de tous les super-héros. Alors prenez une aspirine et mettez-vous au calme car cela va devenir rapidement très compliqué !

Action Comics #1, première apparition de Superman en 1938 © DC Comics

Copyright et Trademark

Tout d'abord, il faut bien différencier deux termes juridiques Américains : le copyright et le trademark.

Le copyright (droit d’auteur ou droit réservé). C'est ce qui garantit à un artiste l’exclusivité de sa création. L’American Copyright Right donne ainsi à son détenteur non seulement des droits sur la reproduction de l’œuvre mais aussi sur ses produits dérivés. Si une tierce personne (ou une société) utilise le personnage, il doit obligatoirement verser des droits d’auteur au propriétaire du copyright. Il est par exemple impossible de publier une revue ou d’écrire une bande dessinée sur Superman ou Spider-Man sans verser de droits d’auteurs à DC ou Marvel Comics, ni sans leur accord. Dans les années 30, les lois sur le copyright arrivaient à expiration au bout de 28 ans mais pouvaient être reconduites de manière tacite pour 28 années de plus. Une fois ces deux périodes terminées, les droits retombent alors dans la poche des créateurs, qui peuvent ainsi décider de les revendre à d’autres compagnies ou de les utiliser librement.

Le trademark correspond quant à lui au terme « marque déposée ». C’est un nom, un symbole associé à un produit, une firme ou un personnage. Le Trademark permet donc de différencier une marque d'une autre. Son but est bien évidemment d’empêcher des concurrents d’utiliser un nom déjà existant sur un produit différent. Par exemple, si vous vouliez publier un comics intitulé Action Comics qui contiendrait des histoires avec de nouveaux personnages de votre invention, vous ne pourriez pas le faire.
Il convient aussi de préciser que toute œuvre Américaine tombe dans le domaine public (c’est-à-dire se retrouve libre de droits) 95 ans après sa création. Ainsi, Superman tombera dans le domaine public en 2034 et le personnage sera utilisable (ou tout du moins en théorie) par tous. Cette période de 95 ans ne s’applique évidemment pas à la notion de marque déposée. Le Trademark est valable dix ans et renouvelable indéfiniment à condition qu'il y ait, dans le cas qui nous intéresse, quelque chose de publié.
Un des exemples les plus connus est l'imbroglio autour de Shazam/Captain Marvel.

À gauche, le Captain Marvel de Fawcett de 1940 et à droite le Captain Marvel de Marvel de 1968. (© DC Comics & Marvel Comics)

Shazam ou Captain Marvel : un exemple qui distingue Copyright de Trademark.

Captain Marvel (rien à voir avec l'héroïne de cinéma) est un personnage crée en 1940 par Fawcett Comics que vous connaissez désormais sous le nom de Shazam. Il connaît une très grande notoriété dans les années 40, ce qui attire la jalousie de DC Comics, qui attaque la compagnie en prétextant que Captain Marvel n'est qu'une copie de Superman. Après de longues années de procès, la baisse des ventes de comics aux États-Unis après la guerre enterre définitivement Fawcett, qui laisse tomber le titre Captain Marvel en 1953. Si Fawcett détient encore les droits du personnage, personne ne renouvelle son trademark, c'est à dire son nom.

En 1961, Timely Comics est rebaptisé Marvel Comics et les nouvelles créations de l'éditeur (Spider-Man, les 4 Fantastiques, les Avengers) le propulsent rapidement comme première maison d'édition de comics. Il n'en faut pas plus pour que Stan Lee (le rédacteur en chef de Marvel) décide de créer vers la fin des années 60 un personnage appelé Captain Marvel. Et cela tombe bien puisque le trademark de l'ancien personnage n'a pas été renouvelé : le nom Captain Marvel appartient donc à Marvel. De plus, ce nouveau super-héros est totalement différent de celui de Fawcett (pas le même nom, ni les mêmes pouvoirs, ni le même costume, ni les mêmes origines) donc il n'enfreint pas les règles du copyright.

Mais voilà qu'en 1972, DC Comics décide de racheter les droits (copyright) de tous les personnages Fawcett, donc de Captain Marvel ancienne version. Ce qui pose un problème de taille ! En effet, si DC possède le personnage de l'ancien Captain Marvel et peut faire ce qu'elle veut avec lui, elle ne peut pas en revanche publier ses aventures sous le nom Captain Marvel puisque la marque appartient à Marvel ! Elle va donc publier ses aventures durant des années et faire tout le marketing autour du personnage sous le nom de Shazam ! Il y avait donc dans les années 70 deux superhéros nommés Captain Marvel, celui de Marvel et celui de DC mais seul celui de Marvel pouvait être publié sous ce nom. DC Comics a décidé de simplifier le problème dans les années 2000 en rebaptisant définitivement le personnage en Shazam !

Superboy : un héros qui a fait polémique (© DC Comics)

Premières escarmouches

Petit rappel historique. DC Comics achète les droits du premier épisode de Superman en 1938 pour 130$ à Jerry Siegel et Joe Shuster pour le publier dans leur revue Action Comics. Superman était à l'origine une bande dessinée sous forme de vignettes (un comic-strip) créée dès 1933 mais que les auteurs n'arrivaient pas à vendre aux maisons d'édition. Ils sont donc ravis !  DC propose dès le deuxième numéro d’Action Comics un contrat de travail d'une durée de dix ans aux deux créateurs. Une fois le contrat signé, Siegel et Shuster deviennent des employés de DC et toutes leurs créations (personnages, concepts, dessins) appartiennent donc exclusivement à la compagnie, qui est la seule à en posséder les droits. Le contrat est toutefois favorable : Siegel et Shuster sont payés 10$ la page, ce qui est à l’époque une somme convenable.

C'est en 1941 que les premières tensions entre Siegel et DC voient le jour. Le succès du personnage est en effet incontestable, à tel point que l'on décide d'adapter à la radio et en comic-strip les aventures de l'homme d'acier sur lequel Siegel et Shuster ne touchent bien évidemment aucun droit ! Les deux auteurs décident donc de demander plus d’argent à DC Comics. Harry Rosenfeld, le président de la compagnie leur promet alors un pourcentage sur les bénéfices générés par le comic-strip, ce qui calme les revendications des deux auteurs pendant quelques mois tout du moins. Mais les affaires sont loin d'être réglées et c'est un autre personnage dérivé qui va mettre le feu aux poudres.

Siegel avait en effet proposé (sans l’aide de Shuster) quelques années plus tôt un nouveau concept à ses dirigeants : les aventures d’un jeune Superman qui ne serait pas encore installé à Metropolis. Superboy vivrait des aventures humoristiques avec ses camarades de classe et habiterait chez ses parents adoptifs du Kansas, à Smallville. L’idée est rejetée maintes et maintes fois par Harry Donenfeld mais la popularité des jeunes superhéros comme Robin ou Captain Marvel Jr. le font revenir sur sa décision en 1944. La première histoire de Superboy, par d'autres auteurs, voit ainsi le jour dans le magazine More Fun Comics #101, sans que Siegel ne soit au courant. En effet, ce dernier a été appelé par l'armée et effectue son service à Honolulu dans l'Océan Pacifique. Lorsqu'il revient au pays, Siegel est bien évidemment furieux et il accuse DC Comics de lui avoir volé son idée et son personnage. Avec l'aide d'Albert Zugsmith, un avocat rencontré lors de son service militaire et depuis devenu un de ses meilleurs amis, ils décident de récupérer non seulement les droits de Superboy, mais aussi ceux beaucoup plus intéressants de Superman.

Joe Shuster & Jerry Siegel

Les droits de Superboy, aussitôt acquis, aussitôt revendus !

Embarquant son compère Shuster dans la bataille, Siegel attaque DC Comics en 1947. Ils tentent d'intégrer dans leur démarche Bob Kane, le créateur de Batman mais sans succès. Ce dernier a en effet renégocié tout seul ses droits sur l'homme chauve-souris, récupérant une coquette somme au passage ainsi qu'une partie des droits du personnage.

En 1948, le jugement du tribunal est sans appel : Les plaignants ont transféré à Detective Comics, inc. depuis leur contrat tous leurs droits (copyright) sur le comic-book Superman, incluant le titre, les noms, les personnages (…) dont DC est le propriétaire absolu.

SIegel n'a plus la main et doit donc attendre la fin du Copyright pour récupérer son personnage. Enfin, c'est ce qu'il croit. Siegel récupère toutefois les droits de Superboy. Le tribunal considère à juste titre que non seulement l'idée de Superboy a été utilisée à l'insu de Siegel par DC, mais qu’en plus Superboy est un personnage totalement différent de sa version adulte et donc pas un produit dérivé. Superboy ne tombe donc pas sous le copyright de Superman ! Siegel détient donc 100% des droits de Superboy, qu'il va immédiatement revendre à DC Comics !

Pourquoi revendre des droits qu'on a mis si longtemps à obtenir ? Les raisons en sont très simples : le contrat de travail de dix ans proposé par DC se termine bientôt et les revenus des deux auteurs ont clairement diminué. Les super-héros ne font plus recette après la guerre et ils travaillent de moins en moins. Siegel a beau proposer de nouvelles créations à d'autres éditeurs, comme Funnyman pour Magazine Enterprise mais la mayonnaise ne prend pas. Siegel ne peut donc pas s’affranchir des chèques de DC Comics. Et Siegel a besoin d'argent car il a divorcé quelques mois plus tôt pour épouser Joanne, la jeune femme qui avait servi de modèle à Loïs Lane lors de sa création.

Cerise sur le gâteau, Siegel traîne une réputation d’auteur procédurier, ce qui lui ferme de nombreuses portes dans un milieu qui considère ses dessinateurs et ses créateurs comme de la main d’œuvre bon marché. Fauchés comme les blés, Siegel et Shuster revendent alors la mort dans l'âme Superboy à DC pour 94 000 dollars, ce qui représente quand-même une somme conséquente à l’époque. Sentant que les deux auteurs sont acculés, DC et ses avocats en profitent pour pousser le bouchon encore plus loin. Siegel et Shuster se voient obligés de reconnaître que DC est le seul propriétaire des droits de Superboy mais aussi de Superman, et pas uniquement pour les publications en bande dessinée. DC possède donc les droits pour "toute autre forme de reproduction et de présentation existante ou à venir". Vous l'avez bien compris, Siegel et Shuster abandonnent dès 1947 les droits des futurs jeux vidéo Superman à DC avant même l'apparition de la première console ! Cet argent ne suffit malheureusement pas à renflouer les comptes en banque des deux créateurs. Le procès contre DC a coûté beaucoup d'argent et les a mis totalement sur le flanc. Le rôle de Zugsmith, qui a conseillé à Siegel et Shuster d’accepter l’offre reste d’ailleurs toujours très ambigu, certains l’accusant même d’avoir joué un double-jeu entre Siegel et National Comics.

Siegel n'a plus le choix, pour subvenir à ses besoins, il doit continuer de travailler en freelance pour DC Comics, devenant un scénariste comme un autre. La compagnie est en position de force et rapatrie ainsi à moindre frais le créateur de son personnage le plus célèbre. On lui confie les histoires de plusieurs épisodes de Superman et le solde sur le compte en banque remonte. C’est lors de cette période que Siegel signera ironiquement ses meilleures histoires sur Krypton.

Premier renouvellement

En 1965, le terme du renouvellement du copyright arrive à grands pas (1938+28=1966). Siegel met la pression sur DC Comics en faisant croire qu'il ne le renouvellera pas. Ses rémunérations en tant que scénariste ont grandement diminué au fil des années et Siegel accuse ses éditeurs de vouloir se faire de l’argent sur son dos. La réponse de DC est immédiate : Siegel est viré sans autre forme de procès.

Le scénariste tente alors de relancer plusieurs titres dans d'autres compagnies mais c'est un échec total. Il n'a pas d'autre choix que d'attaquer DC en justice dans un nouveau procès. Shuster est quant à lui devenu quasiment aveugle et il refuse d'accompagner Siegel dans le nouvel imbroglio judiciaire qui s'annonce. Shuster n’a tout simplement plus d’argent. Ses conditions de vie sont tellement misérables qu'il a été obligé de vendre toute sa collection de comics pour payer ses dettes.

Le nouveau procès est interminable et affaiblit financièrement Siegel. DC affirme que la vente des droits n’a pas eu lieu en 1938, mais en 1947 lors de la renégociation à l’amiable qui a suivi le premier litige sur Superboy entre DC et Siegel. Selon DC, Siegel ne peut mettre fin au copyright qu’en 1975 (1947+28). Siegel attaque donc encore une fois DC (rachetée par le studio de cinéma et de télévision Warner) en 1973 mais la plainte est rejetée. Il fait toutefois appel de la décision. Son objectif est simple : essayer de négocier avec Warner. La compagnie Hollywoodienne n'aime pas vraiment toute la mauvaise publicité autour du procès quelques mois avant la sortie du film Superman de Richard Donner avec Marlon Brando et Christopher Reeves.

Warner n'aura pas longtemps de souci à se faire puisque la cour juge finalement que dans le contrat de 1947, les artistes ont laissé à la compagnie la possibilité de reconduire tacitement le copyright de Superman pour 28 ans de plus même si le terme n’apparaît pas clairement dans ledit contrat ! Ce qui amène le renouvellement du copyright à 1994 (1938 +56) ! Elle juge aussi que Superman a été crée alors que les artistes étaient sous contrat avec DC les dépossédant complètement de tous leurs droits d'exploitation du personnage !

Un appel au boycott, Neil Adams s'en mêle !

Son appel une nouvelle fois rejeté et véritablement à bout de nerf, Siegel envoie un émouvant communiqué de presse à toutes les agences du pays dans lequel il appelle au boycott du titre !
« Les éditeurs de Superman ont abusé de Joe et moi pour leur enrichissement personnel (…) je n’ai pas de superpouvoirs, mais je peux encore écrire cette lettre demandant à tous mes camarades américains de ne plus acheter de comics Superman, de ne pas aller voir Superman au cinéma et de ne pas regarder les dessins animés Superman à la télévision jusqu’à ce que cette injustice soit réparée. »

Si le communiqué de Siegel passe globalement inaperçu il attire quand-même l’attention de quelques fans de l’époque qui se font entendre. La presse s’empare donc du sujet et c’est Jerry Robinson, le créateur du Joker, qui s’oppose ouvertement à DC/Warner en tant que membre de la National Cartoonists Society. Il rassemble autour de lui des personnalités médiatiques et prend la défense de Siegel.

Plus ennuyeux pour DC Comics : Robinson obtient le soutien du légendaire et regretté Neal Adams, alors dessinateur vedette de la firme. Ce dernier ne se gêne pas pour exercer une pression supplémentaire en interne. Les temps ont changé, nous sommes dans les années 70 et une redéfinition sociale de la société américaine est en cours. L'arrivée de nouveaux scénaristes beaucoup plus impliqués et revendicatifs comme Dennis O’Neil ou Steve Gerber, qui n'hésitent pas à aborder des problèmes sociaux dans leurs histoires en est un exemple parfait. Devant la pression interne et externe, Warner propose un accord. Le 24 Décembre 1975 la compagnie s’engage à verser une rente annuelle de 20 000 dollars à chacun des créateurs. Elle propose aussi l'apparition de la mention « Superman crée par Jerry Siegel et Joe Shuster » sur chaque comic-book et chaque film ayant pour protagoniste l'homme d'acier – la mention n’apparaît cependant pas sur les jouets. Les deux artistes, rassurés, enterrent définitivement la hache de guerre et sont même présents en 1978 à l’avant première du film.

L'imbroglio du premier épisode

Pourtant, si la cour d’appel confirme le renouvellement de la cession de copyright pour 28 ans de plus, elle juge aussi que le tout premier épisode de Superman publié dans Action Comics n’appartient bien à Jerry Siegel & Joe Shuster et non à DC Comics. Elle considère à juste titre qu'il s’agit d’un remontage de planches créés dès 1933 avant leur achat  par DC. Ce jugement est très important puisqu'il donne à Siegel et Shuster les droits de l’épisode de Superman publié dans Action Comics #1 et de tout ce qui en est dérivé. Pour clarifier les choses : le premier épisode leur appartient et ils en détiendront les droits à la fin du renouvellement du copyright. Tout le reste (comme Jimmy Olsen ou le Daily Planet) appartient en revanche à la compagnie, puisque crée alors qu'ils étaient sous contrat.

C’est un jugement essentiel car si Shuster et Siegel détiennent le copyright du tout premier Action Comics, ils détiennent forcément des parts sur tous les produits dérivés de ce numéro, à savoir…tous les épisodes suivants et les personnages crées dans Action Comics #1 comme Clark Kent ou Loïs Lane. Ils peuvent ainsi mettre fin au copyright en 1994 et réclamer une indemnisation substantielle pour toutes les séries Superman (réutilisant Clark, Loïs et l’homme d’acier) publiées à partir de cette date.

Le costume de Superman a changé (© Warner Pictures)

La famille Siegel récupère 50% des droits.

Jerry Siegel meurt en 1996, quatre ans après Joe Shuster. Joanne et Laura, la fille de Jerry, remplissent alors un formulaire en 1998 signifiant la fin des droits de DC sur le copyright du 1er épisode de Superman. Selon la législation Américaine, les héritiers directs ont en effet la possibilité de reprendre les droits à la mort du créateur. Elles ont même légalement droit à un délai de cinq ans après la date butoir (1994) pour engager la procédure. Les deux femmes ont tenté durant quatre ans d’obtenir un accord à l’amiable avec DC, mais les compensations financières de cette dernière ne leur convenant pas, elles sont allées au bout de leur action. Un compromis signé par l’avocat des Siegel voit tout de même le jour en 2001, rachetant les 50% de la famille contre des millions de dollars. Ce compromis est toutefois refusé par Joanne et Laura.

La cession de copyright est jugée valide, au grand désespoir de DC qui, dès 1999, doit partager 50% de ce qu’il publie avec la famille de Siegel. Le tribunal considère en effet que tout ce qui se passe après le premier épisode est un produit dérivé. La famille de Shuster, quant à elle n’a droit à rien. Joe Shuster ne s’est en effet jamais marié et n’a jamais eu d’enfants. En l’absence d’héritier direct, c’est DC qui garde les 50% restant du personnage et non réclamés.

La série Smallville a failli être annulée à cause de Superboy (© DC Comics, Warner)

Une bataille sans fin : la disparition de Superboy !

DC fait bien évidemment appel, prétextant que le Superman publié dans les années 2000 n’a plus rien à voir avec celui de 1938. Ce n'est plus le même costume, le S sur la poitrine a été modifié et l’univers du héros a été totalement changé. Un exemple très simple : dans le premier épisode, Superman ne pouvait pas voler, alors qu’aujourd’hui il peut sans difficulté aller d'un continent à l'autre.

Après un ultime appel de la décision par DC en 2008 c’est une énorme bataille légale pour savoir qui détient quoi et en quelle proportion les planches d’Action Comics #1 influent sur les aventures actuelles du héros. Ce qui pourra définir les termes de la compensation due aux Siegel. C'est certainement ce jugement qui a impliqué le changement assez significatif du look du héros en 2012, aussi bien dans le film Man Of Steel de sinistre mémoire que dans les bandes dessinées. Il n'y a plus de slip rouge au dessus des collants bleus et le costume est devenu plus une armure rigide qu'un vêtement en élasthanne.

La hache de guerre est loin d'être enterrée : en 2002 les Siegel demandent à récupérer les droits de Superboy, ce qu’un premier jugement confirme en 2006, obligeant la firme à stopper net les aventures du jeune Superman dans ses bandes dessinées. Les producteurs de la série télévisée Smallville (racontant les aventures du jeune Clark Kent) envisagent même d’arrêter la diffusion de la série sous peine de poursuites rétroactives de la part des Siegel. DC fait encore une fois appel et un autre juge casse la précédente décision un an plus tard. Les directeurs de Warner et les acteurs de la série peuvent alors pousser un soupir de soulagement. Superboy refait son apparition dans les comics de DC après avoir disparu pendant une année.

Mais ce n’est pas encore fini. En 1978, le Congrès Américain avait passé le renouvellement tacite des droits de 28 à 47 ans, reportant ces derniers jusqu’à 75 ans (c’est-à-dire 28+47). Si cela ne gêne en rien les actions des Siegel (puisque cette règle ne s’applique pas pour les droits signés avant 1976), cette décision possède tout de même un corollaire de taille. La mesure de fin de copyright est désormais étendue aux héritiers indirects ! Cela permet donc désormais aux descendants de Joe Shuster de réclamer leur part du gâteau. Un neveu du dessinateur fonde alors un « Shuster Estate » (c’est-à-dire une association) afin de mettre fin aux droits du 1er épisode en 2013 (1938+75) et de récupérer les 50% de droits restants.

Une décision finale ?

Début 2010, les Siegel sont toujours en attente de jugement par rapport au procès de 1999 qui leur donne le copyright de Superman. La chose est compliquée puisqu’il faut déterminer ce qui est réellement un dérivé du Superman de Siegel et Shuster dans les épisodes de Superman publiés depuis 1999, afin de comptabiliser le montant du dédommagement que DC doit verser aux héritiers de Siegel.

Si DC se trouvait dépossédé des droits du personnage, elle possèderait tout de même le trademark, ce qui empêcherait légalement les héritiers de Siegel et Shuster de publier les aventures de leur héros dans une revue intitulée Superman ou Action Comics. Dans le pire des cas, DC pourrait continuer de publier de nouvelles aventures de Superman mais à la condition de verser une compensation aux héritiers.

En clair, DC posséderait le nom de la revue Superman et Action Comics, mais n’aurait pas le droit d’y inclure les aventures de son personnage principal sauf compensation. De leur côté, les Siegel et Shuster pourraient publier à l’envie le premier épisode de Action Comics (et des épisodes inédits dérivés de celui-ci) dans une revue qui ne pourrait pas en revanche s’appeler Superman !

Afin de mettre fin à toutes les procédures, l’avocat des Siegel, Mark Toberoff, invite les héritiers du scénariste à demander beaucoup plus et redemande que les droits qui leurs reviennent soient en intégralité reversés aux Siegel. Les avocats de DC utilisent quant à eux tous les moyens possibles et imaginables à leur disposition pour faire pression sur les juges et les jurés. En 2012, la compagnie retrouve même une vieille publicité datant d’avant Action Comics #1 et présentant en noir et blanc la couverture du futur magazine. Estimant que les Siegel n’ont pas demandé de fin de copyright sur cette publicité (antérieure au premier épisode publié de Superman), DC demande à ses avocats d’invalider la procédure de 1999 puisque selon eux ils détiennent la première apparition du Superman original. Mais un juge révoque cette requête, estimant que sur cette publicité, on ne voit ni le nom de Superman, ni ses couleurs, et que ce personnage pourrait être n’importe qui. DC possède selon le juge les droits d’un personnage musclé avec une cape, mais anonyme et en noir et blanc. Les avocats de la firme s’en prennent ensuite à l’avocat principal des Siegel, prétextant un conflit d’intérêt avec ses autres activités. Tous les coups sont permis.

En Octobre 2012, le juge Wright déboute le « Shuster Estate », estimant que les représentants de ce dernier ont complètement abandonné les droits du héros lors d’un arrangement avec DC lors de la mort du dessinateur. La compagnie avait en effet réglé les dettes de Shuster à sa mort contre, selon le juge, un abandon des droits du copyright. Cela permet à DC de récupérer 50% du personnage, mais les héritiers ont encore la possibilité de faire appel.

En 2013, la quête des droits de l’homme d’acier prend une tournure définitive. La 9ème cour d’appel des Etats-Unis donne l’intégralité des droits de Superman et de ses dérivés à DC, jugeant que le compromis signé par l’avocat des Siegel en 2001 (pourtant réfuté par les Siegel) fait foi de contrat de cession. DC (Warner) possède donc désormais la totalité des droits du héros contre quelques millions de dollars, comme le stipulait ledit contrat (cette décision sera d’ailleurs confirmée en février 2016). Quelques mois plus tard, la même cour d’appel déboute définitivement le « Shuster Estate ».

Le contrôle total de la franchise Superman est désormais sécurisé par DC et Warner, qui peuvent exploiter le personnage à leur guise sans avoir à dépenser plus d’argent que stipulé par le contrat de 2001.

On n'ose pas imaginer les bataille judicaires qui auront lieu en 2034, lorsque le personnage tombera dans le domaine public !

Le retour de Superman sous sa forme "originale" en 2018 (image © DC Comics)

Sources : Comicbook.com, The Brand, Men of Tomorrow: Geeks, Gangsters, and the Birth of the Comic Book, Gerard Jones, Basic Books

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DC Comics

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