Cela fait maintenant six ans que Benjamin Viette est traducteur de comics au sein du studio MAKMA. Ayant entre autres traduit des titres comme Green Lantern et Shazam! pour DC ainsi que de nombreux titres pour Marvel, il est également l’un des acteurs principaux du retour des Tortues Ninjas en France et a traduit plusieurs comics indépendants. Parmi ces derniers, on retrouve Money Shot, publié par Komics Initiative grâce à une campagne de financement, qui est l’une de ses dernières traductions en date.  Nous en avons donc profité pour poser à Benjamin des questions sur son métier et sa traduction.

Superpouvoir : Est-ce que tu pourrais nous expliquer comment tu en es arrivé à faire de la traduction de comics ?

Benjamin Viette : J’ai toujours été en contact avec la culture populaire, que ce soit avec les bandes-dessinées, que j’appréciais déjà étant petit, avant même de savoir lire, les mangas que j’ai découverts un peu plus tard, ainsi que les comics, les jeux vidéo, etc. C’est d’ailleurs grâce à tout ça que j’ai appris à bien parler anglais. Quand je suis arrivé à la fac, je savais donc déjà plus ou moins où m’orienter.

Traduire des comics m’est donc venu assez naturellement. Comme j’étais un grand lecteur, et plus particulièrement de comics, et que j’étais déjà une sorte de nerd de la traduction, j’ai simplement joint l’utile à l’agréable.

Quelles sont les qualités requises pour être un bon traducteur selon toi ?

Pour être un bon traducteur, il faut avant tout avoir une maîtrise parfaite de la langue française et une très bonne compréhension de la langue anglaise. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’être incollable en anglais puisqu’on a toujours des dictionnaires pour nous aider si on tombe sur un mot ou une expression qu’on ne connaît pas. En revanche, on doit être incollable en français.

Quels seraient les conseils que tu donnerais à des gens qui voudraient traduire des comics en particulier ?

À ceux qui veulent faire de la traduction, je dirais qu’il faut arrêter la VO. Ils en ont probablement déjà lu assez. Comme je le disais, le plus important, c’est la VF.

À ceux qui veulent traduire des comics, je dirais qu’il faut probablement se forger une culture en béton.

Tu as travaillé sur plusieurs univers : Marvel, DC et des comics indépendants. Est-ce que ta manière d’aborder ta traduction change selon ça ?

Quand on travaille sur les productions des Big Two, on n’aborde pas les problèmes de la même façon que si on traduisait un livre indépendant. Dans le premier cas de figure, on a en effet affaire à un univers préétabli qui est déjà traduit depuis des décennies et qui a donc des références dans la langue française.

Quand on traduit un comic book indé, il y a tout un univers qu’il faut adapter en français. Ça entraine donc plusieurs choses comme des noms propres pour lesquels il faut trouver un équivalent par exemple.

Comment est-ce que ça se passe au niveau des projets sur lesquels tu travailles ? Pour les séries sur lesquelles tu as déjà travaillées comme Les Tortues Ninjas ou Shazam, je suppose qu’on te les redonne pour avoir la continuité sur le projet. Mais comment ça marche pour les nouveaux projets ? Est-ce qu’on te les propose directement ou est-ce que c’est à toi d’aller les « chercher » ?

Ça dépend. Quand on connaît bien les éditeurs, ils savent quel projet vous correspond le plus. Autrement, c’est à nous de nous manifester et je dirais même de nous démarquer. Si l’éditeur doit nous confier ce projet, c’est parce qu’on est sûrement le plus indiqué.

Toujours par rapport à tes projets, je suppose que ça varie en fonction de la période, mais en général, combien de projets est-ce que tu dois traiter en même temps ?

Ça varie en effet. Il m’arrive parfois de n’avoir qu’un projet. Par exemple, lorsque j’ai traduit l’omnibus Le Tombeau de Dracula, je n’avais pas trop le temps de jongler avec autre chose. D’autres fois, il m’arrive d’avoir trois ou quatre traductions sur le feu.

Combien de temps est nécessaire à la traduction d’un tome ?

Tout dépend encore une fois. Un tome peut-être composé de quatre épisodes comme il peut en comporter douze, voire une trentaine pour les omnibus. J’essaye d’en traduire au minimum un par jour. Quand les choses pressent, et si l’auteur a un style d’écriture très fluide qui se traduit très facilement en français, je peux faire une soixantaine de pages par jour. Mais ça, c’est sans compter la relecture, bien sûr. Je partage d’ailleurs souvent mon temps entre la relecture d’un projet et la traduction d’un autre. Bien évidemment, tout ça varie en fonction de mes délais et de ma charge de travail.

Par rapport à Money Shot maintenant, comment est-ce que tu as été amené à travailler sur ce projet ?

C’est Mickaël Géreaume, l’éditeur de Komics Initiative, qui m’a proposé le titre. Avant ça, j’avais déjà traduit pour eux Wuvable Oaf, du fabuleux Ed Luce. Il s’agit d’un titre très sympa et tout aussi drôle qui traite déjà de sexualité. Je pense que c’est pour ça qu’il m’a confié Money Shot. Les deux traductions demandent en effet beaucoup de créativité.

Est-ce que ça t’intéresserait de traduire d’autres titres pour Komics Initiative dans le futur ?

Oui bien sûr, j’espère en faire plein d’autres. J’ai déjà le deuxième tome de Wuvable Oaf à faire puis les deux autres volumes de Money Shot un peu plus tard, si tout se passe bien. C’est une maison d’édition très sympa, qui propose des titres intéressants qui seraient passés sous le radar si Mickaël n’avait pas été là. Je m’entends également très bien avec lui.

Du coup, pour Money Shot en particulier, combien de temps t’a pris cette traduction ?

J’ai mis un peu moins d’une semaine pour traduire les cinq chapitres et une de plus pour la relecture.

Est-ce qu’il y a quelque chose en particulier qui t’a posé problème lors de cette traduction ?

Money Shot est une série très agréable à lire mais elle l’est un peu moins à traduire. Il y a beaucoup de jeux de mots qui demandent énormément de réflexion. Il m’est arrivé de plancher plus d’une heure sur une simple bulle juste parce que le jeu de mot ne passait pas en VF.

Il y a donc eu plus d’un problème de traduction mais c’est ce qui fait le sel de ce métier. On est toujours plus fier de son travail quand il nous a posé des difficultés qu’on a su relever.

Au contraire, est-ce qu’il y a quelque chose que tu as aimé ou qu’il t’a paru plus simple de traduire ?

Là, c’est assez simple : les langues extra-terrestres. Traduire Bweedt par Bweedt, par exemple.

Quels sont tes prochains projets de traduction ?

Je planche actuellement sur le prochain tome de l’intégrale de Spectacular Spider-Man, chez Panini Comics. J’ai également deux ou trois autres projets qui m’attendent juste derrière mais comme je ne sais pas si j’ai le droit d’en parler, je préfère garder le silence.

Pour finir, la question rituelle du site : si tu avais un super-pouvoir, ce serait lequel ?

Si je pouvais avoir le pouvoir de Jamie Madrox, l’Homme-multiple chez Marvel, ça me permettrait de travailler tout en dormant un peu plus. Sinon, il y a la solution de l’hyper-rapidité comme Flash.

Mais si je mets un peu le travail de côté, je dirais voler. Ou être original ! Haha.

 

Merci pour tes réponses Benjamin.

La campagne de financement participatif pour Money Shot est toujours active sur Ulule.

 sur Superpouvoir.com
Partager : Partager sur Facebook Partager sur Twitter