Souvenez-vous, c’était il y a quelques semaines à peine. Au moment où sortait le neuvième et dernier épisode de la série TV HBO Watchmen, dont aucune suite n’est encore en préparation, DC comics venait également apporter un point final à la série Doomsday Clock. En effet, la première suite officielle à l’œuvre d’Alan Moore et de Dave Gibbons, s’est conclue par un douzième tome aux multiples résolutions. Le challenge était grand pour Geoff Johns, Gary Frank et Brad Anderson, respectivement scénariste, dessinateur et coloriste de Doomsday Clock. Non seulement fallait-il qu’ils trouvent un dénouement satisfaisant pour les nouveaux personnages créés dans cette suite, mais aussi et surtout, pour ceux extraits du travail de Moore et Gibbons. Au-delà des réponses que nous apporte cet ultime volet, il s’agissait également de donner un nouveau départ à tout l’univers Watchmen, ainsi qu’à tous ses héros et antihéros.

ATTENTION : si vous ne voulez pas connaître la FIN de Doomsday Clock, NE LISEZ PAS CE QUI SUIT !!! N’oubliez pas que la série sera bientôt (en juin ?) publiée en VF par Urban Comics dans une traduction signée Edmond Tourriol, déjà à l’œuvre sur les préquelles Before Watchmen.

Doomsday Clock #12 présente la confrontation tant attendue entre Superman et le Dr Manhattan. Le premier doit faire face à un public de plus en plus paranoïaque, qui se méfie de lui en raison de la diffusion de théories calomniant la communauté méta-humaine. À l’arrivée du Dr Manhattan sur Terre, Superman mène alors déjà une bataille déséquilibrée à Washington contre des dizaines d’ennemis puissants, et tente de protéger les gens pris entre deux feux. L’homme d’acier est prêt à tout pour empêcher une guerre mondiale d’éclater, tandis que le Dr Manhattan reste là, à observer de loin la situation.  Après un instant, Manhattan annonce à Superman qu’il est le responsable de la mort de ses parents, qu’il a effacé la Justice Society of America (JSA) et la Légion des Super-Héros de la ligne du temps, et que de cette révélation dépend le dénouement d’une de ses visions, sa mort par la main du héros, ou celle du « métavers » par la sienne. Superman ne réagit pas tout de suite, mais contrairement à ce que l’on pourrait attendre, décide de sauver le Dr Manhattan d’un assaillant venant dans son dos. Cet acte altruiste surprend et affecte grandement Manhattan, qui quitte alors sa posture passive et finit par intervenir. Il remonte en 1940 afin de restaurer le passé, et l’avenir, en annulant l’ingérence qui a empêché l’arrivée des héros de l’âge d’or comme Green Lantern et Flash. Ainsi, tous font leur grand retour : la JSA et la Légion renaissent et viennent porter secours à Superman.

Les conséquences de ce geste du Docteur ont une portée considérable sur le Multivers DC, qui se retrouve plus vaste et plus varié qu’il ne l’a jamais été. Manhattan observe ensuite les répercutions multiples de son action sur les chronologies futures. L’origine de Superman se répète à travers le temps, depuis les premiers jours de l’humanité, jusqu’à un avenir lointain. Il est le témoin du retour des Anciens Dieux en 2020, et d’une nouvelle crise en 2025. Fait surprenant, Manhattan observe également dans le futur (en 2030 exactement) un nouveau conflit, nommé « Secret Crisis », et impliquant un crossover entre les univers DC et Marvel. Lors de ce conflit, il observe un affrontement entre Superman et Thor, puis le sacrifice de Hulk pour sauver le Man of Steel. Est-ce que cette vision, qui nous est ici offerte, signifie-t-elle l’existence d’un projet de grande ampleur, pouvant potentiellement sortir d’ici une dizaine d’années, entre la Maison des idées et DC Comics ? Ou bien s’agit-il seulement d’un rêve personnel de l’écrivain Geoff Johns ? Cela reste encore à confirmer. Le fait est que, le Dr. Manhattan puise la quasi-totalité de ses forces pour accomplir ce geste rédempteur. En sauvant l’univers DC, il sauve aussi son propre univers d’origine, impliquant le retour des différents personnages, certains vers un destin plus heureux que d’autres, du classique des comics alternatifs des années 80, Watchmen. Alors au bord de l’implosion, Manhattan donne également une chance à son monde d’obtenir enfin la paix en y détruisant tout le stock nucléaire des nations.

L’une des idées fausses les plus répandues concernant la série Watchmen, est que Rorschach serait un héros. Or, dans la série, Walter Kovacs (le premier Rorschach) a été irrémédiablement touché par le traumatisme qu’il a vécu, et l’a transformé en assassin, motivé par la vengeance. De cet héritage dans Doomsday Clock, Reggie Long n’en a que trop conscience. La même haine avait commencé à pervertir l’esprit de son père, l’amenant à considérer le personnage masqué comme un monstre. Terriblement marqué par les évènements de New York, Reggie Long aussi, semble s’être perdu dans sa quête de justice. Alors qu’il est attaqué par derrière, pendant la bataille de Washington et avant le geste du Dr. Manhattan, Reggie se laisse faire, pensant qu’il n’y a plus rien à défendre, étant donné l’état de la situation. Quand soudain, Alfred Pennyworth et Batman lui viennent en aide. Le Chevalier noir s’excuse auprès de Reggie de ne pas lui avoir fait confiance, et lui prodigue un dernier conseil, faire de l’identité du Rorschach celle d’une véritable force du bien. Reggie réalise alors qu’il souhaite plus que tout qu’Adrian Veidt, alias Ozymandias, paye pour les crimes qu’il a commis. Après une dernière pensée destinée à son vieil ami Byron Lewis, qui fut toujours présent pour lui quand il le fallait, Reggie prend finalement la décision de revêtir le masque, et d’accompagner Batman pour affronter Veidt. Mais une fois devant leur ennemi, il est trop tard, ce dernier est télétransporté par Manhattan au Washington Mall, d’où il peut savourer sa victoire.

Responsable de la mort de millions de personnes, et n’ayant jamais été jugé pour ces crimes, et ce malgré les révélations faites à son sujet dans le journal du Rorschach, Adrian Veidt annonce, dans les pages de ce douzième volet de Doomsday Clock, qu’il est à l’origine du retour du Dr. Manhattan, et de sa rencontre avec Superman. Il savait que lui seul ne pourrait pas le convaincre de remettre les choses en ordres, mais que le Man of Steel, si. Par conséquent, comme il l’avait prévu, l’image qu’il laisse derrière lui, alors qu’il est sur le point de mourir après que le Comédien lui ait tiré dessus, sera celle d’un héros, grâce à qui le monde a pu être sauvé. Reggie cependant, se détachant encore un peu plus de la mentalité de son prédécesseur en suivant le conseil de Batman, vient sauver Adrian, la personne qui a pourtant ruiné sa vie, en étouffant le saignement de sa blessure. Finalement, même si Veidt est sain et sauf, pour que justice soit faite, Reggie le fait emprisonner et garder dans son ancien quartier général, d’où il ne peut nullement profiter de la réussite de son plan.

Même si cela apparaît comme une conclusion optimiste, l’histoire ne s’arrête pour autant pas là. Doomsday Clock #12 nous laisse sur une fin ouverte, suggérant l’arrivée d’une nouvelle génération de héros. En effet, au début de la série, le Dr. Manhattan avait épargné les deux criminels que sont le Mime et la Marionnette, car l’enfant qu’ils ont eu ensemble devait jouer un rôle important dans la vie du Spectre Soyeux. Il semblerait en réalité, que le jeune garçon ait été en fait enlevé à ses parents par Manhattan, qui l’éleva durant son plus jeune âge, dans le but de créer une meilleure version de lui-même. Le Docteur, avant de disparaître pour toujours, décide donc de léguer tout ce qui lui reste de ses pouvoirs à l’enfant, qu’il nomma Clark en hommage. Facilement reconnaissable à cause de l’emblème atomique sur son front, le jeune garçon se présente à la porte de la maison de Dan Dreiberg et Laurie Blake (les anciens Hibou et Spectre Soyeux) et de leur fille. Pour Manhattan, il s’agit là d’une famille aimante dans laquelle l’enfant pourra grandir et bénéficier d’une éducation semblable à celle de Superman. En plus de Clark, celle que l’on suppose être la fille d’Ozymandias, Cleopatra Pak fait également son apparition aux côtés de son Bubastis, aux abords de la prison dans laquelle il est gardé. On ne sait pas grand-chose d’elle, ni de ce qu’elle compte faire, mais sa présence laisse supposer la venue de nouveaux évènements dans l’univers Watchmen.

En définitive, même si Doomsday Clock arrive à son terme, une autre histoire semble ne faire que commencer. La série laisse le monde de Watchmen au beau milieu d’une situation en suspens, annonçant éventuellement la préparation de nouveaux arcs narratifs pour tous les personnages rescapés de ces aventures. Que deviendra Reggie ? Va-t-il devenir le héros qu’il espérait ? Cleopatra Pak va-t-elle suivre les traces d’Ozymandias ? Et Clark sera-t-il vraiment l’incarnation d’une version meilleure du Dr. Manhattan ? Toutes ces questions posent les bases d’une ou plusieurs possibles suites à Doomsday Clock, et plus globalement, à l’univers de Watchmen, qui dorénavant fait partie intégrante du Multivers DC. Alors même si à ce propos, aucune garantie n’a encore été donnée, une chose demeure certaine, chez DC, rien ne se termine jamais vraiment, et l’on sera sûrement amené, un jour ou l’autre, et d’une manière ou d’une autre, à revoir certain de ces personnages.

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