Dominique Clère est le référent en financement participatif du label Flibusk, spécialiste de l’édition en crowdfunding. Parfois même, quand il n’a pas la flemme, il fait quelques lignes sur le site Superpouvoir.

Mais c’est sur son métier de money maker qu’on est allé l’interroger.

Dominique bonjour, comment en es-tu venu au crowdfunding ?

Dominique Clère : Je ne vais pas plagier Édouard Baer dans Astérix, Mission Cléopâtre, mais disons que j’y suis venu un peu par hasard. Un projet mené à bien pour une association, une annonce posée par sur le site Pôle Emploi et m’y voilà. 4 ans plus tard, je crowdfunde toujours plus et je suis la preuve que les annonces postées sur le site Pôle Emploi ne sont pas toutes du flan !

En quoi consiste ton travail ?

Dominique Clère : Avant tout, être à l’écoute des auteurs. Notre studio et le monde de la BD de manière générale fourmillent d’idées, d’auteurs qui ont des histoires à raconter. Trop souvent, leurs projets ne vont pas jusqu’au stade de l’édition.

Mon taf, c’est de faire en sorte que leurs idées ne finissent pas en humus. Je les accompagne dans la création de leur BD, leur livre jeunesse, leur comic book ou leur manga, afin qu’ils puissent le présenter aux internautes en crowdfunding. L’objectif est de financer l’impression de leur histoire par ce biais et de permettre la diffusion de leur création en librairie.

Et ça marche ?

Dominique Clère : À ton avis ? T’as qu’à jeter un œil sur la multitude de sites de financement participatif qui éclosent plus vite que les comédons sur une peau d’adolescent. Il y en a pour tous les goûts, du vin à l’écologie, chaque thème à sa plateforme.

Pour l’instant, on a surtout travaillé avec Ulule et réalisé plus d’une dizaine de livres en financement participatif. Tu peux en trouver la liste sur le site de Flibusk. Tous ces livres ont été édités avec les Éditions Kotoji. Certains comme l’artbook de Ben BassoDe Creaturis Dementiae, ont carrément cartonné.

Là, on est en train de finaliser le sketchbook de CamyLovEroticArt, à ne pas mettre entre toutes les mains. On prépare aussi le tome 2 de Passe la BAC d’abord, de Daricy, qui est à la fois dessinateur et policier. Il devrait arriver pour le festival BD de Gradignan.

Donc oui, ça marche pas mal pour nous, pourvu que ça dure !

Qu’est-ce qui te plaît, dans ce travail ?

Dominique Clère : Le sourire des auteurs quand ils ont leur livre entre les mains pour la première fois. Ça paraît un poil candide, mais c’est le cas. Il n’y a rien de plus jouissif que de voir une belle histoire grandir et se matérialiser.

Pour te donner un exemple, Camy, il y a encore trois ans, elle commençait à dessiner dans son coin et partageait ses esquisses assez osées sur les réseaux sociaux. Bon, ça n’était pas vraiment abouti, hein… Edmond Tourriol l’a repérée et lui a donné des conseils. Son style s’est amélioré, petit à petit.

Cette année, on a fait un financement participatif au printemps avec elle. Ça a cartonné et on est en train de livrer son premier sketchbook aux contributeurs. Si tu en parlais à la Camy d’il y a trois ans, pas sûr qu’elle aurait imaginé que ça soit possible. Et je peux répéter l’exemple pour Daricy, Visant, Denis et les autres.

Donc c’est ça qui me plaît dans ce taf, permettre à des auteurs de matérialiser leurs rêves, même si ça sonne fleur bleu !

Quels sont les projets à venir ?

Dominique Clère : Pour l’instant on finit les livraisons des bouquins de Camy. Ben Basso et KGBen ont une idée de BD jeunesse qu’ils rafraîchissent et qui pourrait avoir pas mal de gueule. On a un projet collectif qui devrait se matérialiser au début de l’année prochaine également.

Actuellement j’accompagne un dessinateur qui fait de la caricature numérique.On est à l’écoute de tous les auteurs qui ont envie de nous contacter, s’ils ont une bonne idée, une patte, on peut envisager d’en faire quelque chose !

Et niveau comics ?

Dominique Clère : Écoute, ça, c’est un truc vraiment étrange. La majorité des gens qui composent Flibusk lisent, traduisent, lettrent des comics et ont été biberonnés au super-slip. Et pourtant, quand il s’agit de raconter des histoires, ils ne sont pas allés sur le terrain qu’ils connaissent le mieux.

Est-ce la peur de se confronter à un genre qu’ils respectent trop ? De ne pas être à la hauteur de leurs idoles ? Ou simplement n’y ont-ils pas pensé ? En tout cas, on prévoit de corriger le tir dès que possible, avec un comic book à la sauce Flibusk… faut simplement trouver une bonne histoire !

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