Après de nouvelles accusations d’agression et d’harcèlement sexuels, l’éditeur et scénariste Scott Allie est de nouveau dans la tourmente. Dark Horse et Mike Mignola ont en tout cas décidé de couper les ponts avec lui.

Entré chez Dark Horse en 1994, Scott Allie a été un responsable éditorial influent, supervisant les gros succès de la maison d’édition comme Hellboy de Mike Mignola, Buffy the Vampire Slayer ou encore Conan. En 2012, il fut promu rédacteur en chef et en 2015, il fut nommé éditeur exécutif. Sa réputation n’était alors pourtant plus à faire. Colérique, inconvenant, parfois violent, il était surnommé Bitey the Clown pour sa propension à mordre, le tout aggravé par un alcoolisme récurrent.  Un silence corporatiste le protège cependant durant toutes ces années.

Scott Allie en 2013 (Jessie Christiansen/Wikipedia)

En 2015 pourtant, Janelle Asselin, dans un article de Graphic Policy, révèle publiquement les comportements de Scott Allie et relaie le témoignage du scénariste Joseph Harris (Bishop the Last X-Man). Lors d’une fête de la San Diego Comic Con de cette année-là, celui-ci expérimenta un Scott Allie éméché qui, au lieu de serrer la main qu’Harris lui tend, préfère lui attraper les parties génitales et lui murmurer à l’oreille combien il aime son travail avant de lui mordre le lobe, tout cela sous les yeux du dessinateur Darick Robertson (The Boys).

Pourtant, si l’attitude d’Allie est mise sur la place publique, cette année-là, Dark Horse se retranchera derrière de simples mesures internes non spécifiées pour répondre au scandale. Allie publiera des excuses publiques et serait rentré en cure dans la foulée. Il restera en poste deux années de plus, avant de quitter Dark Horse en 2017, pour des raisons inconnues. Il devient alors scénariste et éditeur en free-lance et c’est en indépendant qu’il continue malgré tout de superviser Hellboy pour le compte de Dark Horse.

Ces dernières semaines, avec les révélations autour de plusieurs cas d’harcèlement concernant des auteurs de comic-books de premier plan (comme Warren Ellis et Cameron Stewart), les langues se sont déliées. Shawna Gore, ancienne publicitaire de Dark Horse, se souvient du comportement d’Allie durant ses premières années au sein de l’entreprise, cherchant à transformer une amitié en relation amoureuse. En 1999, il l’agressera même sexuellement à l’arrière d’un van loué par Dark Horse pour une convention. Selon ses propres dires, Shawna devra ainsi composer, au quotidien et pendant plusieurs années, avec le comportement insistant d’Allie.

Shawna Gore (Goodreads)

Après avoir quitté Dark Horse, Gore y revient un temps, mais comme éditrice. Allie propose d’être un de ses mentors, elle édite ainsi ses titres en creator-owned et l’assiste sur différents titres d’horreurs. Tout semble bien se passer, mais au bout de cinq mois, Allie lui confie qu’il est toujours amoureux d’elle et qu’il a fait appel à un « consultant ésotérique » (sic) pour lui enlever ces sentiments et qu’il préfère garder un certain éloignement. Un éloignement qui se soldera par de nombreux projets qu’Allie retirera à Gore. La froide vengeance d’un harceleur rejeté, qui impactera la carrière de Shawna Gore. Celle-ci enfonce le clou en précisant que tout cela se déroulait alors qu’Allie était sobre et que ça n’avait rien à voir avec son problème d’alcoolisme.

Après ces révélations, Mike Mignola, le créateur d’Hellboy, assure qu’il ne travaillera plus avec Allie, tandis que Mike Richardson, le patron de Dark Horse, fait son mea-culpa et promet qu’il ne fera plus appel à lui. Une promesse que Jeff Lemire entend bien faire tenir, puisque le créateur de Black Hammer a déclaré qu’il ne travaillerait plus avec Dark Horse si ceux-ci faillaient à leur promesse.

Il faut dire que Dark Horse a vraiment beaucoup à se faire pardonner en la matière, puisque quelques jours auparavant, un autre de ses anciens responsables éditoriaux,  Brendan Wright, était lui aussi mis en cause par une ex-collègue, Bekah Caden. Là-aussi dans une longue tribune sur Twitter, Caden dénonce le comportement particulièrement insistant et vulgaire de Wright à son égard,  malgré de nombreuses fin de non-recevoir.

Depuis, Wright, qui était devenu éditeur free-lance,  a perdu de nombreux contrats. Il s’est néanmoins fendu d’une lettre d’excuses publiée par Bleeding Cool. Il y explique qu’il s’était convaincu que ses sentiments étaient réciproques et s’excuse d’avoir dépasser  les limites pourtant clairement établies par Caden.

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