Clementine est la curiosité de l’année. En choisissant de donner à la star des comics indépendants Tillie Walden l’occasion d’écrire sur la franchise Walking Dead, le créateur Robert Kirkman était certain de proposer quelque chose de différent. Qui risquait de diviser les fans purs et durs du jeu vidéo duquel est tiré le personnage. Le résultat, s’il est surprenant, est à l’image de la créatrice : un récit intimiste très fort sur la caractérisation de ses personnages. Ceux qui attendent de l’action et du zombie seront bien évidemment déçus.

© Robert Kirkman, LLC

Un mélange des genres bienvenu

Même si Robert Kirkman en a terminé avec sa série phare Walking Dead, il semble qu’il ait encore envie d’explorer l’univers autour. Et quelle surprise de le voir proposer à Tillie Walden, star montante de la bande dessinée indépendante, de prendre en main la destinée d’un des personnages de la franchise ! Tillie est une jeune artiste multi-primée qui propose généralement des récits très délicats sur le passage à l’âge adulte, la tolérance et l’humanité. Nous avions parlé de son œuvre Spinning précédemment. Tillie Walden et Walking Dead, difficile de faire plus éloigné ! De fait, ce Clementine a piqué la curiosité de tous les fans de comics : l’auteur allait-elle réussir à s’adapter à cet univers ? Quelle partie allait-prendre le dessus ? Si l’on n’a aucun doute sur le fait que la personnalité de Clementine sera parfaitement développée, Tille Walden sera-t-elle capable de présenter des scènes de combat et de zombies dignes de ce nom ? Cette première partie de déjà 200 pages (l’histoire de Clementine sera un triptyque qui va s’étaler sur trois ans) est une bonne introduction même si l’on peut regretter qu’avec autant de place, on n’arrive pas encore à bien définir le personnage principal.

© Robert Kirkman, LLC

Seuls face aux éléments et aux zombies

Clementine voyage seule. Depuis qu’elle a quitté son mentor. Clementine se méfie de tout le monde. Accueillie dans un village amish, elle le quitte bientôt et fait route commune avec un jeune garçon qui n’a jamais connu le monde avant les zombies, Amos, un peu à contre cœur. Clementine ne veut pas, n’est pas capable de s’installer dans un endroit tranquille. Et pourtant, la voilà qui, sous l’impulsion d’Amos va rencontrer deux sœurs jumelles qui lui proposent de s’établir dans un village, tout en haut d’une montagne. Il n’y a, avec les sœurs, qu’une seule autre habitante Ricca, ce qui lui met la puce à l’oreille. Les sœurs et Ricca cachent quelque chose de pourri sous la neige. Et ce ne sont peut-être pas des morts vivants. Alors qu’une avalanche change totalement la donne, qui s’en sortira vivant ? Surtout quand la peur de l’autre commence à se mélanger avec une attraction irrésistible.

© Robert Kirkman, LLC

La force des sentiments

Disons-le clairement, Clementine est une très bonne lecture, mais qui ne surprendra ni les amateurs de Walking Dead, ni les fans de Tillie Walden. Clementine est un comics tout à fait représentatif des forces et des manques de Tillie Walden. Les forces tout d’abord ? Une histoire qui est d’abord centrée sur les sentiments des protagonistes. Si l'on peut penser que le personnage de Clementine n’est pas encore complètement développé, toutes les interactions entre elle et les autres sont parfaitement définies. De fait, on se retrouve typiquement dans un comics estampillé Tillie Walden. Le genre d’œuvre où ce qui compte, c’est la naissance de l’amitié, des sentiments amoureux, du regard de l’autre. Quand on voit Clementine et les autres s’attarder durant de longues pages de conversation au fond d’un chalet perdu en montagne, on comprend très vite que les amateurs de zombies pur vont détester. Mais changer un peu la ligne directrice de la franchise, c’est l’effet totalement recherché. Et tant qu’à proposer une version un peu plus girly de Walking Dead, autant laisser le champ libre à l’artiste la plus douée dans ce profil d’histoires. Tillie Walden arrive à mettre de la profondeur dans tout son casting secondaire. Son trait est bon, parfait pour les scènes de contemplation, d’introspection et de discussion. On sent à travers ses visages les moindres changements d’état d’esprit de ses personnages. C’est dans cette partie (quasiment les ¾ du bouquin), une vraie réussite.

© Robert Kirkman, LLC

Mais quelques faiblesses

En revanche, dès qu’il faut entrer dans l’action cela se gâte un peu.  Au moindre mouvement, à la moindre action rapide, le trait de Tillie Walden perd de sa consistance et les scènes deviennent compliquées à suivre. L’idée d’utiliser le noir et blanc (tout du moins les niveaux de gris) n’est, tout du moins dans ce cas-là pas une bonne idée car on ne reconnaît plus vraiment les personnages et on se perd un peu dans l’action. De fait, c’est quand-même plutôt confus sur la fin. Après, les batailles contre les zombies, qui sont très lents, restent lisibles et plutôt glauques, mais cela manque encore un peu de corps. C’est plutôt bien que Tillie Walden tente de sortir de sa zone de confort. Après, on a quand-même plus de 200 pages pour un récit qui n’a pas forcément commencé. D’où l’aspect un peu long de la lecture. Mais cela vaut largement le coup et je serai présent sur la suite !

Clementine est un comics publié par Image Comics. 

Clementine, Image Comics

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