C'est une sacrée page de l'histoire du divertissement qui vient de se tourner, alors que Bob Iger vient d'annoncer qu'il laissait sa place de PDG de Disney à Bob Chapek. Le règne de Bob Iger aura duré quinze ans. Quinze années durant lesquelles Iger aura transformé l'honorable maison Disney en véritable mastodonte de l'entertainment.

Robert A. Iger a d'abord commencé sa carrière au sein de la chaîne de télévision ABC où il entre en 1974. Il monte les échelons au fil des ans jusqu'en 1994 où il est nommé président et chef des opérations de Capital Cities/ABC, la maison mère du groupe. Il intègre Disney lorsque la compagnie rachète Capital Cities/ABC qui devient ABC, Inc. À la tête d'ABC, il se distingue et devient, en 1999, le président de Walt Disney International et dès l'année suivante, chef des opérations de The Disney Company. Il devient ainsi le second du PDG d'alors, Michael Eisner, et son héritier officiel. Le duo rappelle un autre couple du divertissement qui avait créé un studio de comics soixante-cinq ans plus tôt, Jerry Iger et Will Eisner. Il s'avère que Jerry était le frère du grand-père de Bob Iger. Frappé par la coïncidence des noms, Bob Iger commencera d'ailleurs une correspondance avec Will Eisner où les deux hommes partageront leurs souvenirs de Jerry.

Michael Eisner et Bob Iger, lors de l'inauguration de l'étoile d'Eisner sur le Walk of Fame en 2008 (Vince Bucci/Getty Images North America)

En 2005, pris dans un conflit avec Roy Disney, Michael Eisner est poussé vers la sortie et Iger devient le nouveau PDG du groupe. Eisner dira plus tard que si ça n'avait pas été Iger qui le remplaçait, son départ aurait été beaucoup tumultueux qu'il ne le fut. Iger va alors se lancer dans une politique d'expansion. Cela commence dès 2006 avec l'acquisition du studio Pixar, un mouvement préventif puisque le studio à succès cherchait alors à changer de distributeur. Cela continuera avec Marvel Comics en 2009, Lucasfilm en 2012 et la Fox en 2019. Ce dernier rachat poussera d'ailleurs Iger a prolongé son contrat, qui se terminait fin 2018, jusqu'à fin 2021 afin de superviser l'opération et surtout, de lancer Disney+. Le service de streaming du groupe, destiné à concurrencer Netflix, a débuté aux États-Unis le 12 novembre dernier. Il compte déjà un peu plus de 30 millions d'abonnés et débarquera en France le 24 mars. La prolongation de contrat a surpris nombre de commentateurs qui prêtaient des ambitions présidentielles à Bob Iger.

Bob Iger (Chris Pizzello / Invision)

Celui-ci a encore surpris son monde le 25 février dernier en annonçant qu'il se retirait de la tête du conglomérat pour laisser la place à Robert Chapek. Âgé de 60 ans,  Chapek a travaillé dans le marketing et dans la publicité avant de rejoindre Disney en 1993 par l'intermédiaire de Buena Vista Home Entertainment. Au fil des années, il devint le grand responsable de la distribution vidéo,  puis de la distribution de l'ensemble de la Walt Disney Company. C'est, entre autre, à lui qu'on doit la fameuse politique du "vault", où les titres du studio étaient alternativement rendus indisponibles en vidéo afin de pousser à l'achat dès leur sortie sous peine d'attendre une dizaine d'années avant leurs retours. Une politique qui a été suspendue avec l'arrivée de Disney+ qui met tout le catalogue Disney à disposition (seule exception notable : les films de la Fox continuent sous la politique du "vault", rendant certains films indisponibles à l'exploitation cinéma, par exemple).

En 2011, Chapek est nommé président de Disney Consumer Products avant de devenir président de Walt Disney Parks and Resorts, la filiale dédiée aux parcs d'attractions en 2015. En 2018, Walt Disney Company est réorganisé en plusieurs pôles. Consumer Products et Parks and Resorts sont fusionnés pour devenir Walt Disney Parks, Experiences and Products. Tout naturellement, Chapek en prend la tête avant donc de devenir en 2020 le septième PDG de Walt Disney Company.

Bob Chapek (Disney Company)

Pour autant,  Iger ne quitte pas Disney et honorera son contrat jusqu'en 2021. Il reste président du conseil d'administration et supervisera le côté créatif de l'entreprise. Un versant sur lequel Chapek a moins d'expérience. Iger aura donc deux ans pour former Chapek sur ce créneau. En revanche, Iger a démenti vouloir s'engager dans la politique à l'issu de son contrat. Si il a caressé l'idée, il s'estime maintenant trop vieux pour ça.

Iger et Chapek, les deux Bob

Chapek hérite en tout cas d'un empire réorganisé et florissant. Il en a bien conscience et souhaite marcher sur les traces de son prédécesseur. En parlant d'Iger, il déclare ainsi : "Je partage son engagement envers l'excellence créative, l'innovation technologique et l'expansion internationale, et je continuerai à promouvoir ces mêmes piliers stratégiques à l'avenir." Il poursuit en disant : "Le gros œuvre a déjà été fait, il s'agit maintenant d'affiner." Une succession qui s'annonce donc dans la continuité.

Sources : Wikipedia, CBR, NY Times

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