Quand on évoque la rivalité entre Marvel Studios et DC, on pense souvent aux super-héros eux-mêmes, à l’esthétique ou aux résultats au box-office. Mais qu’en est-il de ceux qui créent ces univers de l’intérieur ? Compositeur du nouveau film Superman, John Murphy a travaillé pour les deux studios. Dans une interview récente, il partage son ressenti sur ces deux façons de faire, car oui, il y a bien de grandes différences.
Voici ce que l’on apprend sur les coulisses de Marvel, de DC et du travail avec James Gunn.
Sommaire
- Une collaboration de longue date avec James Gunn
- Marvel : un système professionnel mais impersonnel
- DC avec James Gunn : comme un film indépendant… en beaucoup plus grand
- Des liens humains au cœur du processus DC
- Le son de Superman, entre héritage et renouveau
- James Gunn, un chef d’orchestre à part ?
Une collaboration de longue date avec James Gunn

Depuis plusieurs années, le compositeur John Murphy accompagne James Gunn dans ses projets les plus ambitieux, aussi bien chez Marvel que chez DC. On lui doit notamment la bande-son de The Suicide Squad, Peacemaker, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3, et plus récemment le film Superman, premier long-métrage du nouveau DCU initié par Gunn.
Dans une interview accordée au site Screen Rant, Murphy est revenu sur sa double expérience auprès des deux géants hollywoodiens. Sans chercher à opposer frontalement Marvel et DC, il dévoile des différences de fonctionnement qui en disent long sur la façon dont les films sont produits… et sur la liberté artistique accordée aux créateurs.
Marvel : un système professionnel mais impersonnel

Lorsqu’il évoque son travail sur Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3, John Murphy ne cache pas son admiration pour le professionnalisme des équipes de Marvel Studios. Mais derrière cette efficacité redoutable, il pointe aussi une certaine distance émotionnelle. Il parle d’un environnement où les relations sont plus formelles, et où les “jeux politiques” doivent être gérés à part.
« Il y a toujours une grosse machine derrière un film de cette taille. Chez Marvel, tout est très pro, mais on sent qu’on fait partie d’un gros engrenage. »
Pour un musicien habitué à des échanges directs avec les réalisateurs, cette logique industrielle peut vite sembler froide.
DC avec James Gunn : comme un film indépendant… en beaucoup plus grand

À l’inverse, chez DC, le contraste est immédiat.
Murphy décrit ses collaborations comme des expériences bien plus organiques. Dès The Suicide Squad, alors que James Gunn n’était pas encore à la tête de DC Studios, il sent une confiance totale autour du réalisateur :
« Je ne me souviens même pas avoir reçu des notes du studio. On travaillait directement avec lui. »
Sur Superman, cette approche semble s’être confirmée. Malgré l’ampleur du projet, Murphy parle d’une ambiance “à l’ancienne”, comme sur les films de Danny Boyle ou Guy Ritchie, où les décisions se prennent dans une salle, autour d’un verre, en discutant naturellement.
« On échangeait par FaceTime, par mail. Mais c’était toujours entre nous. »
Des liens humains au cœur du processus DC

La différence, selon lui, tient aussi à la relation de longue date qu’il entretient avec Paul Broucek, le directeur musical de Warner Bros. C’est lui qui lui a donné sa première chance à Hollywood.
« Chez DC, je pouvais me permettre plus de choses. J’aurais pu piquer une colère sans me faire virer. Chez Marvel, il fallait rester dans les clous. »
Sans jamais dénigrer Marvel, Murphy souligne donc une culture de travail plus intime et directe chez DC, du moins tant que James Gunn reste aux commandes. Une approche qui se reflète dans le résultat final de Superman, dont la bande-son, signée en duo avec David Fleming, mêle orchestrations classiques, influences punk et sonorités indie.
Le son de Superman, entre héritage et renouveau

Avant de rejoindre les univers de Marvel et DC, John Murphy s’est illustré avec certaines des musiques les plus marquantes du cinéma britannique contemporain. Collaborateur régulier de Danny Boyle, il a signé la bande originale de 28 jours plus tard en 2002, et surtout celle du film Sunshine en 2007. Son Adagio in D Minor, extrait de ce dernier, est devenu un morceau culte, souvent réutilisé dans les bandes-annonces et d’autres productions (de Kick-Ass à X-Men: Days of Future Past) et largement repris comme source d’inspiration par d’autres compositeurs.
C’est avec cette identité musicale si particulière que John Murphy a abordé Superman, en duo avec David Fleming. Leur travail a été largement salué pour son éclectisme : des orchestrations grandioses teintées de sonorités punk et indie, dans un esprit de fusion. Le célèbre thème de John Williams est bien présent, mais il est digéré et réinterprété à la manière de James Gunn, dans une volonté de redonner à Superman une dimension mythologique, sans jamais perdre son ancrage humain et contemporain.
Toutefois, avouons que l’on aurait aimé plus d’audace encore, une émancipation plus marquée du travail de Williams qui cache dans son ombre le travail des compositeurs.
James Gunn, un chef d’orchestre à part ?

Après Superman, James Gunn prépare déjà un nouveau projet DC.
En creux, les propos du compositeur en disent beaucoup sur l’état d’esprit du nouveau DCU. James Gunn construit son univers avec des collaborateurs fidèles, dans une logique de confiance et de vision partagée. Moins de notes, plus d’écoute. Moins de hiérarchie, plus d’échanges directs. Une méthode qui, si elle se confirme dans les prochains films, pourrait bien donner à DC une identité plus marquée face à la mécanique bien huilée (mais parfois étouffante) de Marvel Studios.
Car au fond, comme le dit lui-même John Murphy :
« Ce n’est pas que l’un est meilleur que l’autre. C’est juste différent. »




