À l’écran, Supergirl a tout d’une adaptation fidèle. Le film de Craig Gillespie, porté par Milly Alcock, Eve Ridley et Matthias Schoenaerts, reprend le squelette du comic book de Tom King et Bilquis Evely : Kara Zor-El traverse la galaxie aux côtés de la jeune Ruthye Marye Knoll pour retrouver Krem of the Yellow Hills, l’homme qui a détruit sa famille et empoisonné Krypto.
Cette fidélité de façade cache pourtant de nombreux ajustements. Certains relèvent du simple resserrement narratif : huit chapitres condensés, des étapes supprimées, des personnages simplifiés. D’autres bouleversent la trajectoire de Ruthye, redéfinissent le rôle de Krypto, durcissent la nature de Krem et, surtout, changent la morale de l’histoire.
Attention, spoilers : cet article revient en détail sur les différences entre le film Supergirl et le comic book Supergirl: Woman of Tomorrow, y compris plusieurs éléments importants de la fin.
Sommaire
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- 10. Ruthye n’est plus la narratrice de l’histoire
- 09. La famille et l’épée de Ruthye ne sont plus les mêmes
- 08. Krypto est vraiment en danger dans le film
- 07. Krem devient un méchant plus monstrueux
- 06. La scène du dragon et de la kryptonite rouge disparaît
- 05. Maypole et plusieurs mondes du comic book sont supprimés
- 04. Les Brigands deviennent encore plus sordides
- 03. Barenton ne donne plus le même rôle à Ruthye
- 02. Comet disparaît, Lobo et Superman arrivent
- 01. La fin change le destin de Krem
- Faut-il lire Woman of Tomorrow après le film ?
- Ce qu’il faut retenir (FAQ)
10. Ruthye n’est plus la narratrice de l’histoire
C’est l’un des changements les plus profonds du film, même s’il se remarque moins qu’un caméo de Lobo ou l’absence d’un dragon cosmique. Dans Supergirl: Woman of Tomorrow, l’histoire est intégralement racontée par Ruthye. Le comic book épouse son regard, son vocabulaire, ses jugements, sa façon très personnelle de comprendre Kara. Le récit prend des allures de chronique, presque de légende transmise longtemps après les faits.
Pour aller plus loin : Supergirl – Woman of Tomorrow : Lettre d’un père à sa fille – critique du chef d’œuvre DC
Le film abandonne cette narration à la première personne. Ruthye reste un personnage central, mais l’histoire se recentre sur Kara. Le choix a sa logique : Supergirl doit installer son héroïne dans le DCU et poser d’emblée son rapport à la perte, à la colère, à l’héritage kryptonien. Il change en revanche la texture émotionnelle du récit d’origine.
Sur la page, Ruthye ne se contente pas de vivre l’aventure, elle la raconte, la filtre, la reconstruit à sa manière. Le lecteur découvre Supergirl à travers le regard d’une enfant en colère. À l’écran, cette distance disparaît au profit d’une relation plus frontale, plus immédiate, mais moins littéraire.

09. La famille et l’épée de Ruthye ne sont plus les mêmes
Le point de départ ne bouge pas : Ruthye veut retrouver Krem parce qu’il a détruit sa vie. Le film durcit en revanche considérablement la tragédie initiale.
Dans les comics, Krem tue le père de Ruthye. Sa mère et ses frères survivent, et les Knoll forment une simple famille de fermiers. Ruthye récupère ensuite l’épée de Krem, restée plantée dans le corps de son père, et en fait l’instrument symbolique de sa vengeance.
Le film, lui, fait de Krem le bourreau de toute la famille. Elias Knoll, le père de Ruthye, n’est plus un fermier mais un forgeron réputé, dont les lames attisent la convoitise du chef des Brigands. L’épée change alors de sens : elle n’est plus seulement le vestige d’un meurtre, elle devient l’héritage d’un père artisan, d’un foyer anéanti, d’un savoir-faire volé par la violence.
Cette bascule rend la vengeance de Ruthye immédiatement lisible pour le spectateur. Elle efface aussi une partie de la cruauté froide du comics, où Krem tue presque par caprice, sans grand motif, simplement parce qu’il en a le pouvoir.
08. Krypto est vraiment en danger dans le film
Dans les deux versions, Krem empoisonne Krypto. La fonction dramatique de cette blessure, en revanche, change du tout au tout.
À l’écran, Krypto est réellement en danger de mort. Kara doit retrouver Krem pour récupérer l’antidote et sauver son chien. Ce compte à rebours donne au film une urgence immédiate et renforce le lien affectif entre Kara et Krypto, dernier fragment de foyer auquel elle peut encore se raccrocher.
Sur la page, la situation est plus trouble. Krypto reçoit en secret un antidote et se rétablit plus vite que Ruthye ne le croit. Kara poursuit malgré tout la traque, non pas parce que son chien va mourir, mais parce qu’elle veut rester assez longtemps aux côtés de Ruthye pour l’empêcher de tuer Krem elle-même.
La nuance est capitale. Le film fait agir Kara d’abord par amour pour Krypto. Le comic book transforme la quête en leçon morale : sauver Ruthye de la vengeance qu’elle réclame.

07. Krem devient un méchant plus monstrueux
Le Krem des comics et celui du film n’occupent pas tout à fait la même place dans le récit.
Dans Woman of Tomorrow, Krem n’est pas d’emblée un grand chef de pirates. Il apparaît comme un agent corrompu, lié à un système politique brutal, à l’apparence relativement ordinaire, ce qui le rend presque plus inquiétant : il n’a pas besoin d’avoir l’air d’un monstre pour en être un.
Le film choisit une approche plus spectaculaire. Krem devient un chef des Brigands immédiatement identifiable, silhouette de guerrier post-apocalyptique, aura de pirate spatial, brutalité beaucoup plus démonstrative. Visuellement, il se rapproche davantage d’un antagoniste de space western que de l’assassin banal et glaçant du comic.
Ce choix fonctionne à l’écran : l’ennemi se lit dès son apparition. Il change toutefois la nature du personnage. Le Krem du film est un monstre évident. Celui du comic restait insidieux.

06. La scène du dragon et de la kryptonite rouge disparaît
Le comic book contient l’une des séquences les plus emblématiques de son imaginaire : un combat contre un dragon cosmique mangeur de métal.
Dans Woman of Tomorrow, Kara et Ruthye voyagent à bord d’un bus spatial pendant que Supergirl est privée de ses pouvoirs. Pour affronter la créature, Kara recourt à la kryptonite rouge, qui déclenche chez elle une transformation spectaculaire. La scène est étrange, flamboyante, presque excessive, parfaitement raccord avec la démesure assumée du comic.
Le film remplace cette séquence par une attaque des Sklarian Raiders, puis par le retour plus classique des pouvoirs de Kara à proximité d’un soleil jaune. La scène gagne en lisibilité pour le grand public et coûte sans doute moins cher à produire.
En contrepartie, l’adaptation sacrifie l’un des moments les plus singuliers du récit original. Le voyage spatial demeure, mais une bonne part de son étrangeté s’évapore en chemin.
05. Maypole et plusieurs mondes du comics sont supprimés
Le film resserre fortement le road trip cosmique de Woman of Tomorrow. Dans le comic, Kara et Ruthye traversent plusieurs mondes, dont Maypole, l’une des étapes les plus importantes du récit.
Maypole n’est pas un simple décor exotique. La ville révèle une autre forme d’horreur, celle d’une société capable de participer à un crime collectif. Le passage chez les peuples bleu et violet élargit la portée du comics : Krem n’est plus seulement un individu à arrêter, il appartient à un univers où la violence peut devenir politique, sociale, institutionnelle.
En supprimant Maypole, le film gagne en efficacité mais perd cette ampleur morale. Le récit va droit au but : Kara et Ruthye poursuivent Krem, affrontent les Brigands, avancent vers le duel final. Idéal pour tenir en moins de deux heures, mais plus pauvre que la structure en étapes du comics.
Cette absence explique en partie pourquoi certains lecteurs jugent que Woman of Tomorrow aurait mieux fonctionné en mini-série. Le comic existe aussi par ses détours. Le film, lui, va à l’essentiel.

04. Les Brigands deviennent encore plus sordides
Le film ne reprend pas Maypole, mais ajoute un autre élément très sombre : les Brigands enlèvent des jeunes filles pour en faire leurs « épouses ». Cette idée n’existe pas sous cette forme dans le comic book.
Ce changement redéfinit la nature de Krem et de son groupe. Dans le comic, les Brigands sont déjà des pillards, des meurtriers, des criminels capables de participer à des massacres. Dans le film, ils deviennent aussi des prédateurs sexuels et des trafiquants de jeunes filles. Le mal est moins politique, moins systémique, mais plus frontalement insoutenable.
Ce choix rend Krem plus haïssable encore et renforce le rôle de Kara comme figure de protection face à une violence exercée contre des adolescentes. Il simplifie aussi le débat moral : plus Krem apparaît irrémédiablement monstrueux, plus sa mort semble inévitable aux yeux du public.
Ce glissement prépare directement la controverse autour de la fin.

03. Barenton ne donne plus le même rôle à Ruthye
Barenton existe dans les deux versions, mais sa fonction narrative change du tout au tout.
Dans les comics, la planète est un piège presque fatal pour les Kryptoniens. Son soleil de kryptonite verte affaiblit Kara, et c’est Ruthye qui doit prendre soin d’elle. La séquence marque une étape décisive pour le personnage : Ruthye n’est plus seulement l’enfant qui réclame vengeance, elle devient celle qui protège Supergirl quand Supergirl ne peut plus se protéger elle-même.
Le film inverse largement cette dynamique. Ruthye est capturée par les Brigands, et c’est Kara qui doit la sauver dès qu’elle récupère ses pouvoirs. La scène met en valeur la puissance de Supergirl, ce qui fonctionne à l’écran, mais réduit d’autant l’évolution héroïque de Ruthye.
Sur la page, Ruthye apprend peu à peu à faire autre chose que haïr. Sur Barenton, elle agit, protège, prend une responsabilité. À l’écran, elle reste avant tout l’enjeu émotionnel que Kara doit sauver.
02. Comet disparaît, Lobo et Superman arrivent
C’est l’un des changements les plus visibles pour les lecteurs de DC Comics : Comet le Super-Cheval n’apparaît pas dans le film.
Dans Woman of Tomorrow, Comet joue pourtant un rôle important dans la dernière partie du récit. Le personnage appartient à la frange la plus étrange de la mythologie de Supergirl, un homme maudit devenu cheval, ancien allié de Kara, hérité d’un Silver Age difficile à transposer tel quel au cinéma. Son absence se comprend assez facilement : avec Krypto déjà au centre du film, ajouter Comet aurait exigé une pile d’explications supplémentaires.
Le film introduit à la place Lobo, incarné par Jason Momoa. Le personnage n’apparaît pas dans Woman of Tomorrow, même si Tom King avait un temps envisagé Lobo avant que le comic book ne prenne sa forme définitive. À l’écran, Lobo apporte un contrepoint brutal à Kara : là où elle tente d’empêcher Ruthye de devenir meurtrière, lui comprend beaucoup mieux l’appel de la vengeance.
Le film donne aussi davantage de place à Superman, incarné par David Corenswet, alors que les comics tenaient volontairement Kara loin de l’ombre de son cousin. La logique est simple : Supergirl n’adapte pas seulement un comic book, il installe Kara dans le DCU.
Pour aller plus loin : Qui est Lobo dans les comics DC ? Origines, pouvoirs et tout ce qu’il faut savoir

01. La fin change le destin de Krem
C’est la différence la plus importante entre le film et le comic book.
Dans les comics , Kara ne tue pas Krem. Ruthye non plus. Le récit révèle qu’il a été enfermé dans la Zone Fantôme pendant des siècles. Bien plus tard, Ruthye, devenue âgée, le retrouve lorsqu’il est libéré. Il demande pardon. Elle ne lui pardonne pas, le frappe avec sa canne, puis s’en va.
Cette fin est dure, mais elle ne raconte pas une vengeance accomplie. Ruthye n’oublie pas, ne pardonne pas, mais elle ne devient pas l’assassin qu’elle voulait être au début de l’histoire. Tom King a d’ailleurs précisé par la suite que Krem était censé être vivant à la fin des comics.
Le film choisit une voie beaucoup plus radicale. Ruthye renonce à tuer Krem, mais Kara revient ensuite vers lui et le tue elle-même. L’idée est simple : elle empêche Ruthye de porter cette violence, mais accepte de s’en charger à sa place.
Cette modification ne concerne pas seulement le destin d’un méchant, elle déplace la question centrale de l’histoire. Le comic book cherche à empêcher Ruthye de devenir prisonnière de sa vengeance. Le film la préserve de cet acte, mais fait franchir la ligne à Kara elle-même.
C’est aussi ce qui rend l’adaptation si discutée : le film propose une Supergirl plus dure, plus abîmée, moins alignée sur la morale traditionnelle de Superman. Il s’éloigne en revanche du geste le plus subtil de Woman of Tomorrow, qui faisait du refus de tuer une victoire fragile plutôt qu’un simple choix héroïque.

Faut-il lire Woman of Tomorrow après le film ?
Oui, et peut-être encore plus après avoir vu le film. Pour qui a aimé l’ambiance de Supergirl, les comics offrent une version plus grande, plus originale et étrange à la fois, et sans doute plus cruelle de la même quête. Woman of Tomorrow n’est pas qu’un scénario de film en huit chapitres : c’est un récit très écrit, porté par la voix de Ruthye, les planches somptueuses de Bilquis Evely, et une idée simple, Kara n’est pas seulement la cousine de Superman. Elle a connu la perte, l’exil, la colère. Elle sait ce que la vengeance peut coûter.
Le film simplifie certains passages, en supprime d’autres, change fortement la fin. Pour être francs, il donne même clairement envie de retourner aux comics.
Mais disons pour résumer que le film et les comics racontent plus ou moins la même quête, mais pas tout à fait la même Supergirl.
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Ce qu’il faut retenir (FAQ)
Le film Supergirl est-il fidèle au comic book Woman of Tomorrow ?
Dans les grandes lignes, oui : Kara, Ruthye, Krypto, Krem et la quête spatiale viennent bien du comic book. Le film modifie en revanche beaucoup de détails importants, à commencer par la narration, certains mondes visités, le rôle de Krypto, l’arrivée de Lobo, l’absence de Comet et surtout la fin.
Quelle est la plus grosse différence entre le film Supergirl et les comics ?
Elle se joue sur la fin. Dans les comics, Krem survit et Ruthye ne devient pas meurtrière. Dans le film, c’est Kara qui le tue elle-même, ce qui change profondément la morale de l’histoire.
Lobo apparaît-il dans Supergirl: Woman of Tomorrow ?
Non, pas dans le comic book publié par DC. Il a été ajouté pour le film, où il sert de contrepoint plus violent et plus cynique à Kara.
Comet le Super-Cheval est-il dans le film Supergirl ?
Non. Comet tient un rôle dans les comics mais reste absent du film. Le choix se comprend : le personnage est très étrange, très lié à l’histoire ancienne de Supergirl, et le film avait déjà Krypto comme compagnon animal central.
Pourquoi Maypole est-il important dans les comics ?
Parce qu’il élargit le sujet du récit. L’histoire ne parle plus seulement d’un criminel à punir, mais de sociétés capables de laisser faire, de collaborer, voire de sacrifier d’autres peuples pour survivre.
Faut-il lire le comic book après avoir vu le film ?
Oui. Supergirl: Woman of Tomorrow offre une version plus ample, plus étrange et plus nuancée de l’histoire. Même en connaissant déjà le film, le comic book garde de vraies surprises de ton, de structure et de morale.
Sources : DC, Entertainment Weekly, Variety






