La première bande-annonce du nouveau Fantômas – Le Nouveau Monde a de quoi surprendre celles et ceux qui associent encore le personnage aux aventures de Jean Marais et Louis de Funès. Le Paris de 1914 y paraît sombre, le commissaire Juve ne semble pas particulièrement disposé à faire rire et Fantômas se présente comme une menace capable de plonger la capitale dans le chaos.
Cette nouvelle version ne cherche pourtant pas à rendre artificiellement sérieux un personnage qui ne l’aurait jamais été. C’est plutôt l’inverse : elle renoue avec une part de ses origines, largement éclipsée par le succès des films réalisés par André Hunebelle dans les années 1960.
Créé en 1911 par Pierre Souvestre et Marcel Allain, Fantômas était à l’origine un criminel cruel, insaisissable et presque cauchemardesque. Le masque bleu, les gadgets, la voiture volante et les colères de Juve appartiennent à une réinvention cinématographique extrêmement libre, devenue culte au point d’avoir fini par remplacer l’œuvre originale dans l’imaginaire collectif.
Voir aussi : Fantômas – Le Nouveau Monde : bande-annonce, casting… Tout savoir sur le film
Sommaire
- Fantômas n’était pas une comédie à l’origine
- Qui était vraiment le Fantômas des romans ?
- Un criminel sans visage
- Comment les films avec Louis de Funès ont réinventé Fantômas
- Le masque bleu n’existait pas dans les romans
- Louis de Funès a transformé le commissaire Juve
- Jean Marais, Fandor et les autres changements
- Pourquoi cette version a-t-elle éclipsé l’originale ?
- Les films sont-ils de mauvaises adaptations ?
- Le nouveau Fantômas revient-il vraiment aux origines ?
- Ce qu’il faut retenir de Fantômas et Louis de Funès (FAQ)
Fantômas n’était pas une comédie à l’origine
Lorsqu’il apparaît en librairie en 1911, Fantômas n’a rien d’un personnage comique. Pierre Souvestre et Marcel Allain l’imaginent comme le centre d’un vaste feuilleton criminel mêlant enquêtes policières, identités secrètes, enlèvements, meurtres et coups de théâtre. Les deux auteurs publieront 32 romans entre 1911 et 1913, à un rythme effréné.
Ces livres populaires, vendus à bas prix, entraînent leurs lecteurs dans un monde où personne n’est tout à fait celui qu’il prétend être. Fantômas peut se cacher derrière un notable, un domestique, un médecin ou un homme que l’on croyait mort. Il intervient parfois directement, mais sa présence se devine aussi dans les catastrophes et les crimes inexplicables qui jalonnent le récit.
Le ton peut être extravagant, voire invraisemblable, mais il ne repose pas sur la comédie. Les romans jouent davantage avec l’angoisse, le macabre et la peur d’une société dont les repères se dérobent. Fantômas incarne le danger moderne : il utilise les transports, la presse, les nouvelles technologies et les transformations de la ville pour frapper plus vite et disparaître aussitôt.
Les premières adaptations réalisées par Louis Feuillade à partir de 1913 conservent largement cette atmosphère. Avec René Navarre dans le rôle du criminel, elles contribuent à imposer sa silhouette inquiétante bien avant l’arrivée de Jean Marais et de Louis de Funès.

Qui était vraiment le Fantômas des romans ?
Le Fantômas original n’est pas un gentleman cambrioleur comparable à Arsène Lupin. Il ne suit aucun code moral, ne cherche pas à défendre les plus faibles et ne se donne pas nécessairement la peine de paraître sympathique. Il vole, manipule, kidnappe et tue dès que son intérêt l’exige.
Sa cruauté est l’une des caractéristiques essentielles du personnage. Ses crimes prennent souvent une forme spectaculaire, parfois macabre, comme si Fantômas ne voulait pas seulement éliminer ses victimes, mais imprimer son passage dans les esprits. Il agit moins comme un simple bandit que comme une force de désordre capable de contaminer toute la société.
Cette violence n’exclut pourtant ni l’intelligence ni la méthode. Fantômas dispose de complices, prépare ses opérations avec soin et possède une connaissance remarquable des milieux qu’il infiltre. Il peut fréquenter l’aristocratie, manipuler le monde criminel ou se glisser au cœur des institutions sans attirer l’attention.
Face à lui, l’inspecteur Juve et le journaliste Jérôme Fandor ne poursuivent donc pas un savant fou retranché dans un laboratoire. Ils tentent de saisir un criminel qui semble pouvoir surgir partout et prendre l’apparence de n’importe qui.

Un criminel sans visage
C’est sans doute la différence la plus importante entre les romans et les films des années 1960 : à l’origine, Fantômas n’a pas de visage clairement identifiable.
Le criminel est un maître du déguisement. Perruques, postiches, costumes, faux papiers et masques lui permettent d’endosser des identités très différentes. Il ne se contente pas de dissimuler ses traits : il devient une autre personne, avec son apparence, sa position sociale et parfois son histoire.
Ce pouvoir entretient un doute permanent. Lorsqu’un nouveau personnage apparaît, rien ne garantit qu’il ne s’agisse pas de Fantômas. Lorsqu’un homme est arrêté, Juve ne peut jamais être certain d’avoir enfin capturé son ennemi. Même un cadavre peut servir à monter une nouvelle tromperie.
Le personnage repose ainsi sur une contradiction fascinante : immédiatement reconnaissable comme figure de fiction, mais insaisissable à l’intérieur du récit. Il est partout sans jamais pouvoir être fixé sous une forme définitive.
Cette absence de visage lui donne aussi une dimension presque fantastique. Ses méthodes peuvent recevoir des explications rationnelles, mais ses métamorphoses et son aptitude à revenir après chaque défaite finissent par le faire ressembler à une créature impossible à détruire.

Comment les films avec Louis de Funès ont réinventé Fantômas
En 1964, lorsque André Hunebelle porte à nouveau Fantômas au cinéma, son objectif n’est pas de reproduire fidèlement les romans. Le réalisateur et ses scénaristes utilisent les personnages de Souvestre et Allain pour construire un grand spectacle populaire mêlant aventure, comédie policière et film d’espionnage.
Le contexte compte beaucoup. Les premiers films de James Bond viennent de rencontrer un succès considérable et le cinéma européen multiplie alors les réponses aux aventures de l’agent 007. Le nouveau Fantômas adopte logiquement plusieurs attributs du super-vilain moderne : des repaires secrets, des laboratoires, des gadgets, des hommes de main et des projets de plus en plus démesurés.
Dans Fantômas se déchaîne, le criminel s’intéresse aux découvertes de plusieurs scientifiques avant de s’échapper à bord d’une voiture volante. Dans Fantômas contre Scotland Yard, il réclame aux plus grandes fortunes un impôt sur leur « droit de vivre ». On est désormais beaucoup plus proche d’un adversaire de James Bond que du bandit protéiforme imaginé en 1911.
Le ton évolue dans le même mouvement. Le premier film conserve encore une certaine inquiétude autour du criminel, mais la comédie prend progressivement davantage de place, portée en grande partie par Louis de Funès. La traque de Fantômas devient le cadre d’un divertissement familial fait de poursuites, de quiproquos, de cascades et d’humiliations répétées pour le commissaire Juve.
La trilogie conserve donc les grands noms de l’univers original, mais elle en change profondément la nature. Fantômas n’est plus seulement le crime rendu insaisissable : il devient un super-vilain spectaculaire, identifiable et doté de moyens presque futuristes.
Le masque bleu n’existait pas dans les romans
Le visage bleu ou verdâtre de Fantômas est aujourd’hui indissociable du personnage. Il s’agit pourtant d’une invention des films d’André Hunebelle.
Dans les romans, Fantômas utilise bien des masques, mais il ne possède pas cette apparence unique qu’il retrouverait dès qu’il abandonne un déguisement. Le principe même du personnage repose sur l’incertitude : son véritable visage ne doit pas pouvoir être reconnu.
Les films font un choix opposé, mais très efficace à l’écran. Sous ce masque lisse, prolongé par un crâne chauve et une expression presque immobile, le criminel devient immédiatement identifiable. Le public sait qu’il regarde Fantômas, même lorsque les autres personnages ignorent encore qui se trouve devant eux.
Ce visage permet également de distinguer les deux rôles interprétés par Jean Marais. L’acteur joue à la fois Fantômas et Fandor, tandis que la voix du criminel est doublée par Raymond Pellegrin. L’apparence et la voix composent ainsi une figure autonome, très différente du journaliste.
Le procédé a créé une icône, mais il a aussi figé Fantômas dans un visage permanent, alors que sa force venait justement de son absence de visage. Dans l’œuvre originale, Fantômas ne se résume pas à un homme dissimulé sous un masque : il peut être le masque lui-même, puis en changer dès que la situation l’exige.

Louis de Funès a transformé le commissaire Juve
Une confusion persiste régulièrement : Louis de Funès ne joue pas Fantômas. Il incarne le commissaire Juve, l’homme qui tente désespérément de l’arrêter.
Dans les romans, Juve est un enquêteur expérimenté, sérieux et redoutablement perspicace. Il connaît les méthodes de Fantômas mieux que quiconque et sait que la moindre identité peut être fausse. Comme son adversaire, il n’hésite d’ailleurs pas à recourir aux postiches et aux déguisements pour avancer dans ses enquêtes.
Les films conservent son obsession, mais remodèlent entièrement sa personnalité autour du jeu de Louis de Funès. Juve devient colérique, vaniteux, impatient et souvent maladroit. Il adore se mettre en scène devant les journalistes, supporte mal que Fandor obtienne davantage d’attention et imagine des plans compliqués qui finissent généralement par se retourner contre lui.
L’enjeu dépasse le simple détail de casting : c’est l’équilibre de toute l’histoire qui change. Dans les livres, la confrontation entre Juve et Fantômas est un duel entre deux intelligences qui se connaissent intimement. Dans les films, elle devient aussi une mécanique comique dans laquelle le criminel conserve toujours une longueur d’avance sur un policier trop sûr de lui.
La popularité grandissante de Louis de Funès renforce encore cette évolution au fil de la trilogie. Juve occupe une place de plus en plus centrale, au point de devenir pour beaucoup la véritable vedette des films. Fantômas reste le moteur de l’intrigue, mais c’est souvent le commissaire que le public attend.
Jean Marais, Fandor et les autres changements
Le double rôle de Jean Marais constitue lui aussi une invention des films. Dans les romans, Jérôme Fandor et Fantômas sont deux personnages parfaitement distincts et ne partagent pas le même visage.
Faire interpréter les deux rôles par le même acteur permet à la trilogie de multiplier les substitutions. Fantômas peut reproduire le visage du journaliste, commettre des crimes sous son apparence et faire porter les soupçons sur lui. Ce jeu de miroir fonctionne très bien au cinéma, même s’il simplifie considérablement les rapports entre les personnages.
Fandor reste un journaliste courageux, curieux et prêt à se jeter dans le danger, mais son histoire personnelle est beaucoup moins complexe que dans les livres. Ses liens avec Fantômas et avec Hélène y occupent une place autrement plus trouble.
Hélène, interprétée par Mylène Demongeot, devient dans les films la compagne de Fandor et la partenaire régulière de ses aventures. Dans les romans, sa relation avec Fantômas est bien plus importante et beaucoup moins rassurante. La trilogie transforme ainsi une partie de la mythologie familiale et criminelle en un trio de héros immédiatement accessible : Fandor, Hélène et Juve.
D’autres figures importantes disparaissent presque entièrement. C’est notamment le cas de Lady Beltham, maîtresse et complice de Fantômas dans les premiers romans, déjà présente dans les adaptations de Louis Feuillade. Son absence contribue à éloigner les films du mélodrame criminel des origines.
Pourquoi cette version a-t-elle éclipsé l’originale ?
Les films d’André Hunebelle ne se sont pas contentés de proposer une nouvelle adaptation. Ils ont créé une version de Fantômas suffisamment forte pour devenir, en France, la référence dominante.
Le premier volet réunit Jean Marais, Louis de Funès et Mylène Demongeot dans une aventure accessible, spectaculaire et drôle. Deux suites arrivent rapidement, en 1965 puis en 1967, installant une formule immédiatement reconnaissable. Fantômas prépare un nouveau plan, Juve tente de le déjouer, Fandor et Hélène se retrouvent mêlés à l’affaire, avant qu’une longue poursuite ne conduise à une nouvelle fuite du criminel.
Les rediffusions télévisées ont ensuite permis à la trilogie de traverser les générations. Le masque bleu, la voix profonde de Fantômas, la voiture volante et les crises de colère de Juve sont devenus des images familières, même auprès d’un public qui n’avait jamais ouvert un roman de Souvestre et Allain.
La présence de Louis de Funès a évidemment joué un rôle déterminant. Son immense popularité a progressivement conduit à associer Fantômas à son nom, alors qu’il ne joue ni le criminel ni le personnage principal du premier film. Dans la mémoire populaire, la série est pourtant devenue « les Fantômas avec Louis de Funès ».
Le succès tient aussi à une question de transmission. Les intrigues sont autonomes, les personnages immédiatement compréhensibles et le ton adapté à un large public, quand les romans, avec leur continuité feuilletonesque, leurs multiples identités et leurs récits parfois chaotiques, demandent davantage d’investissement.

Les films sont-ils de mauvaises adaptations ?
Constater que les films sont très éloignés des romans ne revient pas à nier leurs qualités. La trilogie d’André Hunebelle est devenue culte pour de bonnes raisons : elle possède une identité visuelle forte, un excellent rythme, des décors mémorables et un trio d’acteurs immédiatement attachant.
Louis de Funès y déploie une énergie comique irrésistible, Jean Marais passe avec élégance du héros au méchant et Mylène Demongeot évite à Hélène de n’être qu’une simple spectatrice. Les poursuites, les gadgets et les paysages donnent également aux films une ampleur rare dans la comédie française de cette époque.
Il serait toutefois trompeur de les présenter comme des adaptations fidèles. Ils reprennent les noms de Fantômas, Juve, Fandor et Hélène, ainsi que le principe d’une traque impossible, mais ils modifient presque tout le reste : le ton, l’apparence du criminel, la personnalité de Juve, les relations entre les personnages et la nature même des intrigues.
Elles ne sont donc pas de mauvaises adaptations au sens artistique du terme, mais des réinterprétations très libres, qui utilisent une œuvre existante pour construire un nouvel univers, avec une réussite telle que cette version dérivée a fini par éclipser son modèle.
La distinction compte, notamment lorsque certains reprochent au nouveau film de ne pas ressembler à la trilogie. Un Fantômas sombre n’abandonne pas l’essence du personnage pour suivre une mode contemporaine : il se détache simplement d’une adaptation comique qui avait elle-même pris d’immenses libertés.
Le nouveau Fantômas revient-il vraiment aux origines ?
La bande-annonce de Fantômas – Le Nouveau Monde suggère clairement que le film de Frédéric Tellier ne cherchera pas à reproduire la formule d’André Hunebelle. Le Paris de 1914 y apparaît menacé par une série de crimes, tandis que Juve, incarné par Romain Duris, se lance à la poursuite d’un adversaire présenté comme « sans visage ».
Le choix de replacer l’action à la Belle Époque rapproche immédiatement le projet des romans. Le ton sombre, l’importance accordée à la peur et l’idée d’un criminel capable de déstabiliser toute la société vont dans la même direction. Guillaume Canet semble également incarner un Fantômas beaucoup plus inquiétant que celui de Jean Marais.
Difficile pourtant de parler déjà d’adaptation fidèle. Le scénario racontera une histoire originale et les premières images donnent au criminel une allure de super-vilain moderne, avec une mise en scène spectaculaire et une identité visuelle très travaillée. Le film pourrait donc mélanger le Fantômas littéraire avec certains codes du cinéma contemporain.
Ce retour à la noirceur n’a en tout cas rien d’une trahison. Avant le masque bleu, les gadgets et les fureurs de Louis de Funès, Fantômas était déjà le « génie du crime », un homme dont personne ne connaissait réellement le visage et dont chaque apparition annonçait une nouvelle catastrophe.

Ce qu’il faut retenir de Fantômas et Louis de Funès (FAQ)
Fantômas était-il une comédie à l’origine ?
Non. Les romans de Pierre Souvestre et Marcel Allain étaient des feuilletons criminels sombres, mêlant enquêtes, aventures, identités secrètes et crimes parfois macabres.
Louis de Funès jouait-il Fantômas ?
Non. Louis de Funès interprétait le commissaire Juve. Fantômas était joué par Jean Marais, qui incarnait également le journaliste Jérôme Fandor.
Le masque bleu de Fantômas existait-il dans les romans ?
Non. Fantômas utilisait de nombreux masques et déguisements, mais son visage bleu fixe a été créé pour les films d’André Hunebelle.
Les films avec Louis de Funès sont-ils fidèles aux romans ?
Très peu. Ils conservent plusieurs personnages et le principe de la traque, mais transforment l’univers en comédie d’aventure influencée par les films de James Bond.
Le commissaire Juve était-il comique dans les livres ?
Non. Juve était un enquêteur sérieux, intelligent et obsédé par la capture de Fantômas. Les films ont entièrement remodelé le personnage autour du jeu de Louis de Funès.
Jean Marais jouait-il vraiment deux rôles ?
Oui. Jean Marais interprétait à la fois Fantômas et Jérôme Fandor. Dans les romans, les deux personnages ne partagent pas le même visage.
Les films d’André Hunebelle sont-ils de mauvaises adaptations ?
Ils sont très infidèles, mais constituent d’excellents divertissements populaires. Il est plus juste de les considérer comme des réinterprétations libres devenues cultes.
Le nouveau film sera-t-il un remake des Fantômas avec Louis de Funès ?
Non. Fantômas – Le Nouveau Monde racontera une histoire originale et semble vouloir retrouver la noirceur du personnage créé en 1911.
Sources : Bibliothèque nationale de France, Cinémathèque française, Gaumont.




