Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (FIBD) ne connaitra pas de 53e édition en janvier 2026. Après des semaines de bras de fer institutionnel, de boycott des auteurs et de retrait des éditeurs, l’organisateur 9eArt+ a officiellement jeté l’éponge ce lundi 1er décembre 2025.

Comment le plus grand festival de BD au monde en est-il arrivé là ? Retour sur la chronologie d’un crash industriel et culturel.

Sommaire

Logo du Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême.

Les racines de la crise : pourquoi ça explose

Pour comprendre la situation, il faut revenir aux fondations. Le FIBD est historiquement piloté par deux entités : l’Association FIBD, propriétaire du festival, et la société privée 9eArt+, chargée de son organisation. Cette dernière, dirigée par Franck Bondoux, est aux commandes depuis le début des années 2000.

Le feu couve depuis des années, mais il a pris une ampleur inédite début 2025. Une enquête de presse a mis en lumière des accusations de management toxique au sein de 9eArt+, un manque de transparence financière, des soupçons de népotisme et le licenciement controversé d’une salariée.

La situation s’est aggravée lorsque l’Association FIBD et 9eArt+ ont porté un projet de fusion dans une nouvelle structure commune. Ce projet a été perçu par une grande partie de la profession comme un « coup de force » destiné à verrouiller durablement la mainmise de 9eArt+ sur le festival. En avril 2025, près de 400 auteurs et autrices signaient déjà une pétition menaçant de boycotter l’édition 2026 si la gouvernance ne changeait pas.

Anouk Ricard, grand prix du Festival de la BD d'Angoulême 2025.

L’escalade : boycott des auteurs et départ des éditeurs

Face à cette pression, l’Association FIBD a lancé un appel à concurrence pour l’organisation du festival à partir de 2028. Mais le 8 novembre 2025, coup de théâtre : l’Association annonce avoir décidé de maintenir 9eArt+ comme organisateur, à condition que la société présente un projet commun avec la CIBDI.

La réaction a été immédiate et la sanction massive. Le SNAC BD, le syndicat des auteurs et autrices, a confirmé l’appel au boycott de l’édition 2026, jugeant inacceptable le maintien de la structure contestée.

Dans la foulée, la crise a changé d’échelle le 19 novembre, lorsque les « mastodontes » du secteur sont entrés dans la danse. Le groupe Média-Participations (Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Urban Comics), mais aussi Madrigall (Casterman, Gallimard BD, Futuropolis), Delcourt et Glénat ont annoncé qu’ils ne viendraient pas en 2026.
Sans auteurs pour les dédicaces et sans éditeurs pour les stands, le festival se retrouvait de facto vidé de sa substance.

Centre ville d'Angoulême, capitale de la bande dessinée.

L’échec du compromis du 13 novembre

Sous cette double pression (celle des auteurs d’un côté, et celle des éditeurs et financeurs publics de l’autre), l’Association FIBD avait tenté de reculer. Le jeudi 13 novembre au matin, elle a publié un communiqué officiel qui « rend caducs les résultats de l’appel à concurrence » et annonce la création d’un nouveau comité de pilotage.

L’Association précisait alors que 9eArt+ ne serait pas reconduit au-delà de 2027 et la direction annonçait que Franck Bondoux se mettait en retrait. Mais cette concession a été jugée trop tardive et insuffisante par la profession, la confiance étant définitivement rompue.

20 novembre : les financeurs coupent les vivres

Le coup de grâce politique est tombé le jeudi 20 novembre 2025. Les pouvoirs publics (État, Région Nouvelle-Aquitaine, Département de la Charente, Ville d’Angoulême), qui pèsent 50% du budget, ont sifflé la fin de la récréation.

Le maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont, a déclaré qu’il était « plus que compliqué d’organiser le maintien de l’édition 2026 » sans auteurs ni éditeurs. Les financeurs ont donc demandé officiellement l’annulation de l’édition.

FIBD 2026 annulation demandée par les financeurs publics

1er décembre : officialisation et contre-attaque

L’épilogue est survenu le lundi 1er décembre 2025. Via un communiqué de ses avocats, la société 9eArt+ a reconnu que l’édition 2026 « ne pourra matériellement pas avoir lieu ».

Cependant, l’organisateur refuse d’endosser la responsabilité de ce fiasco. Comme nous le détaillons dans notre article sur la réaction de 9eArt+, la société accuse les financeurs publics d’avoir pris une « décision unilatérale » et d’avoir précipité les annulations des partenaires. 9eArt+ rappelle également détenir juridiquement le contrat pour l’édition 2027, laissant présager une bataille juridique complexe pour la transition vers le futur organisateur.

Ce qu’il faut retenir (FAQ)

Le FIBD 2026 est-il annulé ?
Oui, c’est officiel depuis le 1er décembre 2025. L’organisateur 9eArt+ a confirmé que l’événement ne pouvait pas se tenir, suite au retrait des subventions publiques et au boycott des éditeurs et auteurs.

Pourquoi 9eArt+ attaque les financeurs ?
La société de Franck Bondoux estime que c’est l’annonce du retrait des subventions par les élus qui a tué le festival. Une défense qui omet le boycott massif des éditeurs et auteurs qui avait débuté bien avant cette décision.

Y aura-t-il un festival en 2027 ?
C’est le but, mais ce sera compliqué. Les pouvoirs publics veulent une nouvelle organisation, mais 9eArt+ rappelle qu’elle possède toujours le contrat pour 2027. Des négociations juridiques (et financières) serrées vont devoir s’engager pour permettre une transition.

Mise à jour du 1er décembre 2025 : Cet article a été actualisé suite à l’officialisation de l’annulation par l’organisateur 9eArt+.

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