Lanterns aurait pu être la série la plus spectaculaire du DCU. Ses deux héros possèdent des anneaux capables de matérialiser pratiquement tout ce qu’ils imaginent, travaillent pour une organisation intergalactique et appartiennent à l’une des mythologies les plus cosmiques de DC. Après quatre épisodes, HBO semble pourtant beaucoup plus intéressée par une petite ville du Nebraska, une enquête criminelle et les relations compliquées de ses personnages.
Ce choix n’a rien d’un choix par défaut destiné à économiser quelques effets spéciaux. Il était au cœur du projet dès sa conception : raconter un véritable polar HBO dont les policiers se trouvent être des Green Lantern. Avec une audience qui progresse depuis le lancement et des personnages secondaires qui prennent autant d’importance que les super-pouvoirs, la série commence surtout à montrer tout ce que les adaptations de comics peuvent gagner lorsqu’elles arrêtent de considérer « super-héros » comme un genre suffisant à lui seul.
Sommaire
- Lanterns raconte d’abord un polar, et c’était prévu depuis le début
- Les super-pouvoirs deviennent un élément de l’histoire plutôt que son moteur
- Des personnages secondaires qui ont réellement quelque chose à raconter
- Et pour l’instant, le public répond présent
- Lanterns pourrait surtout montrer la bonne direction au reste du DCU
- La série révolutionne-t-elle vraiment le genre ?
- Ce qu’il faut retenir (FAQ)
Lanterns raconte d’abord un polar, et c’était prévu depuis le début
Bien avant le tournage, Tom King résumait déjà l’idée de Lanterns d’une manière assez éloignée du cahier des charges habituel d’une adaptation de comics. Lors des premières réunions créatives de DC Studios, le scénariste avait proposé une série Green Lantern dans l’esprit de Training Day et True Detective. Son raisonnement était simple : Hal Jordan et John Stewart sont des policiers de l’espace, alors pourquoi ne pas commencer par en faire une vraie série policière ?
King expliquait récemment à TheWrap que l’équipe parlait littéralement d’une version « HBO à 21 heures » de Green Lantern. Quatre épisodes plus tard, cette intention est toujours visible. Hal Jordan (Kyle Chandler) et John Stewart (Aaron Pierre) passent beaucoup plus de temps à interroger des témoins, suivre des pistes ou essayer de comprendre les habitants de Rushville qu’à repousser des invasions extraterrestres.
La mythologie Green Lantern n’a évidemment pas disparu. Les anneaux, les Gardiens, les Manhunters et désormais Sinestro appartiennent pleinement à l’histoire. Mais la série ne demande pas à chacun de ces éléments de devenir immédiatement le prétexte à une scène d’action. Ils alimentent une enquête.
C’est une différence assez importante. Lanterns ne semble pas chercher constamment à rappeler au spectateur qu’il regarde une adaptation de comics. Elle lui demande d’abord de s’intéresser à un meurtre, à ses suspects et aux deux hommes chargés de comprendre ce qui s’est passé.

Les super-pouvoirs deviennent un élément de l’histoire plutôt que son moteur
Le contraste est particulièrement visible avec ce que l’on pouvait attendre d’une série Green Lantern. Le costume apparaît peu, les constructions produites par les anneaux ne rythment pas chaque épisode et de longues séquences pourraient presque appartenir à un polar classique si John ou Hal ne portaient pas à leur doigt l’une des armes les plus puissantes de l’univers DC.
Kyle Chandler a même révélé avant la diffusion qu’une version du projet avait été envisagée sans véritable costume de Green Lantern. L’équipe a finalement choisi d’en intégrer un, mais cette hésitation en dit beaucoup sur la priorité donnée aux personnages et à l’enquête.
Ça ne veut pas dire qu’une bonne série de super-héros devrait cacher ses super-héros. Lanterns fonctionne justement parce que les pouvoirs restent importants et que leur existence modifie profondément le monde dans lequel évoluent les personnages. Simplement, ils ne remplacent pas le récit.
Les quatre premiers épisodes peuvent ainsi consacrer beaucoup de temps à la formation de John, à son enfance, aux méthodes parfois discutables de Hal ou aux habitants de Rushville sans avoir besoin d’interrompre régulièrement ces intrigues pour installer un nouveau combat. Même lorsqu’elle remonte aux origines de John Stewart, la série s’intéresse davantage à ce qui a construit l’homme qu’à la manière dont il pourra un jour utiliser son anneau.
Voir aussi :
Green Lantern : pouvoirs, origines et histoire, tout ce qu’il faut savoir
Lanterns : qui est Sinestro dans les comics ?
Lanterns : calendrier et dates de sortie des épisodes

Des personnages secondaires qui ont réellement quelque chose à raconter
Cette approche laisse surtout davantage de place aux personnages qui entourent Hal et John. Poorna Jagannathan, qui incarne Zoe Macon, a récemment souligné auprès de Collider une particularité qui lui paraît encore trop rare dans les productions de super-héros menées par des hommes.
L’actrice estime que les récits féminins restent souvent réservés aux films ou séries centrés sur des super-héroïnes, tandis que les œuvres consacrées à des héros masculins accordent moins d’espace à leurs personnages féminins. Elle considère que Lanterns évite cette séparation et donne au contraire à ses femmes « du poids et de l’importance ».
Les quatre premiers épisodes lui donnent plutôt raison. Zoe, la shérif Kerry Kane (Kelly Macdonald) et Bernadette Stewart (Jasmine Cephas Jones) ne remplissent pas la même fonction et ne gravitent pas simplement autour des deux Green Lantern. Kerry possède sa propre relation avec Rushville et l’enquête. Bernadette a directement participé à la construction de l’homme que John est devenu. Zoe, elle, poursuit des objectifs dont la série dévoile progressivement la complexité.
Aucune n’a besoin de porter un costume pour peser sur l’histoire. La série peut même rendre leurs décisions discutables sans leur retirer cette importance, ce qui correspond assez bien à l’ambiguïté morale recherchée depuis le premier épisode.
Ce traitement n’est évidemment pas inédit à la télévision. Il devient néanmoins particulièrement visible dans une production où tout aurait facilement pu être organisé autour de deux héros masculins extrêmement puissants et de leur mission.

Et pour l’instant, le public répond présent
Le pari aurait beaucoup moins d’intérêt pour DC Studios s’il aboutissait à une série prestigieuse regardée par une petite niche. Les premiers chiffres communiqués par Warner Bros. Discovery racontent pour l’instant autre chose.
Le pilote de Lanterns a réuni 9,3 millions de spectateurs dans le monde au cours de ses trois premiers jours sur HBO et HBO Max, dont 6,6 millions aux États-Unis. Ce lancement a placé la série parmi les cinq meilleurs démarrages de l’histoire de HBO Max et constitue le meilleur lancement d’une série DC Studios sur la plateforme.
Plus intéressant encore, l’audience n’a pas diminué avec l’épisode 3. Selon les données internes de Warner Bros. Discovery rapportées par TheWrap, celui-ci a atteint 10 millions de spectateurs mondiaux en trois jours, dont 7 millions aux États-Unis.
La progression reste modeste et ces chiffres proviennent directement de Warner Bros. Discovery plutôt que d’une mesure indépendante. Elle va néanmoins dans le bon sens : les spectateurs venus découvrir le lancement ne semblent pas simplement repartir au fil des semaines. L’épisode 3 réalise au contraire un meilleur résultat que le pilote sur une fenêtre de mesure identique.
Le premier épisode avait par ailleurs dépassé les 20 millions de spectateurs mondiaux depuis sa diffusion au moment où HBO a communiqué les résultats de l’épisode 3.

Lanterns pourrait surtout montrer la bonne direction au reste du DCU
C’est peut-être là que l’expérience devient la plus intéressante pour DC Studios. James Gunn et Peter Safran ont toujours présenté leur univers comme un ensemble capable d’accueillir des œuvres très différentes plutôt que comme une succession de productions contraintes d’adopter le même ton.
Lanterns en donne une démonstration assez concrète. Green Lantern fournit les personnages, les règles du monde et une partie du mystère ; le genre choisi est celui du polar. Le principe pourrait fonctionner dans pratiquement toutes les directions si DC résiste à la tentation d’uniformiser ses productions.
Le studio commence d’ailleurs déjà à explorer cette logique ailleurs. The People v. Gorilla Grodd doit prendre la forme d’un faux documentaire criminel produit par le Daily Planet, tandis que les différents projets du DCU n’ont aucune obligation de partager exactement la tonalité de Superman.
Ça offre surtout une solution à un problème ancien des univers partagés. Leur cohérence n’oblige pas nécessairement toutes leurs histoires à fonctionner de la même manière. Un personnage peut traverser plusieurs œuvres tout en changeant complètement de registre selon celle dans laquelle il apparaît.
Pour Green Lantern, ce choix est d’autant plus pertinent que son univers peut difficilement être réduit à une seule formule. Le Corps réunit des milliers de policiers extraterrestres dans un décor cosmique immense. Il peut servir à raconter une enquête comme Lanterns, une guerre spatiale, un récit horrifique autour des différents Corps émotionnels ou une aventure beaucoup plus classique de super-héros.

La série révolutionne-t-elle vraiment le genre ?
Parler de révolution après seulement quatre épisodes serait aller un peu vite. Les séries de super-héros n’ont pas attendu Lanterns pour emprunter à d’autres genres. Daredevil s’est largement construit comme un drame criminel, WandaVision a utilisé les codes de la sitcom et Legion s’est éloignée encore davantage des conventions habituelles.
Même chez DC, The Penguin avait déjà montré qu’une série issue d’un univers de super-héros pouvait pratiquement abandonner le genre pour devenir un récit de gangster.
Ce que Lanterns apporte de plus intéressant tient donc moins à une invention qu’à la façon dont cette logique est intégrée au cœur d’un nouvel univers partagé. Green Lantern n’est pas une franchise annexe que DC autorise à expérimenter dans son coin : Hal Jordan, John Stewart et Guy Gardner appartiennent directement au DCU et sont destinés à coexister avec ses autres personnages.
Si la série maintient ses audiences et sa qualité jusqu’à son huitième épisode, son principal enseignement pourrait finalement être assez simple : un univers de super-héros n’a pas besoin de produire uniquement des histoires de super-héros. Les personnages et leur mythologie suffisent à créer le lien. Le reste peut changer à chaque fois.

Ce qu’il faut retenir (FAQ)
Pourquoi Lanterns ressemble-t-elle autant à une série policière ?
C’était l’intention du projet dès sa création. Tom King a expliqué que l’idée initiale consistait à imaginer Hal Jordan et John Stewart comme deux policiers dans une série HBO inspirée notamment par Training Day et True Detective.
Lanterns utilise-t-elle beaucoup les pouvoirs des Green Lantern ?
Les anneaux et leurs pouvoirs sont présents et importants, mais la série ne construit pas chaque épisode autour de scènes d’action. L’enquête, les personnages et leurs relations occupent une grande partie du récit.
Les audiences de Lanterns sont-elles bonnes ?
Selon les chiffres internes communiqués par Warner Bros. Discovery, le pilote a attiré 9,3 millions de spectateurs mondiaux en trois jours et l’épisode 3 a progressé jusqu’à 10 millions sur la même période.
Lanterns est-elle la première série à mélanger super-héros et autre genre ?
Non. Plusieurs productions Marvel et DC l’ont fait auparavant. L’intérêt de Lanterns vient surtout de la place de cette approche au sein du nouveau DCU et de la manière dont la mythologie Green Lantern sert un véritable polar plutôt que de remplacer son intrigue.
Combien d’épisodes compte Lanterns ?
La première saison compte huit épisodes diffusés chaque semaine.
Où regarder Lanterns en France ?
La série est disponible en France sur HBO Max.
Sources : TheWrap, TheWrap, Collider, ComicBookMovie.com




