Il ne fait pas bon prêcher pour la liberté d’expression, ces temps-ci. Gordon (de Gordon & Murdock) et Michaël (de Breizh Comics) viennent de se faire envoyer en orbite sous un prétexte fallacieux qu’il convient de combattre. Nous leur avons donné l’occasion de s’expliquer sur leur mésaventure.

Alors Gordon & Michaël, il parait que vous n’avez pas été sages ?

Gordon : Alors pour commencer, je tiens à signaler que Murdock n’a rien à voir dans cette histoire. Lui il subit tout ça, et j’en profite pour lui présenter mes excuses encore une fois.

Michaël : Ouais, ça suffit de m’amalgamer.

Donc pour nos lecteurs et tous ceux qui ont été attirés par le bruit : vous nous faites un résumé ?

Michaël : Lors d’un live, nous avons critiqué Mein Kampf d’Hitler. Un screen a été pris, prétendant que nous faisions l’apologie du nazisme. Ce live était sur la diversité dans les comics.
Le screen a été diffusé sur un groupe Facebook sur les comics dont nous tairons le nom.

Gordon : J’ajouterais que c’est arrivé dans un contexte. Il faut savoir que le milieu des comics est beaucoup moins bienveillant qu’on pourrait le penser, l’aubaine a été parfaite pour nous faire taire alors qu’on avait des choses à dire.

Vous avez critiqué Mein Kampf. Genre, critiqué comment ?

Michaël : « C’est de la merde » et je l’ai jeté. Bon on a été plus constructifs : « Extrêmement mal écrit et idées de merde ».

En fait, on vous a reproché d’avoir l’objet physique « Mein Kampf », finalement ?

Michaël : Nos propos ont été détournés, et ce à plusieurs reprises. Un ami a parfaitement résumé nos dires lors de ce live : « Dans la vidéo en question (où ça parle de comics), il dit qu’il souhaite qu’on traite tous les humains de la même manière, qu’il n’aime pas qu’on change le caractère des personnages existant pour faire du politiquement correct, au lieu de créer de nouveaux personnages, qu’il n’aime pas la manière dont DC et Marvel font des coups marketing avec ça, etc. ».

Gordon : Je pense que ce qui est reproché, c’est que ce soit nous, et Mein Kampf.

Donc le problème, c’est qu’on vous voit avec un exemplaire de Mein Kampf ?

Gordon : Tout à fait.

Michaël : Oui voilà, pourtant ce livre est édité et disponible à la vente. Nous pensons aussi que l’étudier permet d’éviter de recommencer les erreurs du passé. Ce sont nos mots. Malheureusement avoir un exemplaire de ce livre nous a nui.

Même si vous en dites du mal, le simple fait de le montrer en vrai est un problème, c’est bien ça ?

Gordon : Un screen a été pris, et sorti de son contexte, nous faisant implicitement dire le contraire de nos propos dans la vidéo.

Une tempête dans un verre d’eau, en somme.

Gordon : Le pouvoir de l’Image.

Michaël : Apparemment, nous aurions fait l’apologie du nazisme. C’est ce que j’appelle faire une « BFMTV » : sortir une image de son contexte, et lui faire dire n’importe quoi.

Gordon : Alors que justement, nous nous en servions d’exemple pendant le live pour montrer où, selon nous, menaient les dérives communautaires.

Bon. Est-ce que vous êtes Nazis, finalement ?

Michaël : Non. Du tout !

Gordon : Non mais évidemment que non… J’ai aucune intention d’envahir la Pologne ! C’est triste, je trouve, d’avoir à répondre à cette question en France, en 2018.

Il n’y a plus assez de Nazis, en France ? Il faut en inventer pour leur tirer dessus ?

Michaël : Oh, disons que le politiquement correct n’est pas notre fort.

Gordon : Je pense qu’on paye une tendance qui se généralise à mon sens, bien au delà du comics game : celle de la victimisation. Il ne faut plus aborder de sujets fâcheux sous peine de choquer des gens.

Michaël : Et même, il faut être « Charlie ». Pour nous, être « Charlie », c’est l’hypocrisie.

Gordon : On a une grande gueule, ça devait arriver. Je m’y attendais. Par contre je m’attendais à ce que ça arrive pour quelque chose que j’ai dit/fait, pas une manipulation malhonnête. Encore une fois, c’est le mal actuel, les gens consomment de la polémique. Ils jetteront celle-là quand la prochaine arrivera. Ce qui est inadmissible c’est que déjà, on nous a fait taire, primo, mais surtout que depuis avant-hier, nous sommes devenus l’Axe du Mal à nous trois (parce que Murdock en prend aussi).

Michaël : On a même des confrères qui reçoivent des menaces de mort parce qu’ils s’affichent avec nous.

Est-ce que quelqu’un en a vraiment quelque chose à foutre, de ces accusations, à part vos mamans ?

Gordon : Bah, nous, déjà… ça a quand même des répercussions sur notre travail, et là, je parle de blacklistage.

Michaël : Nous voulions sortir ce samedi une vidéo intitulée « fin du game » dénonçant certaines dérives du « comics game ». Bizarrement, la polémique est arrivée…

C’est quoi, le « comics game » ?

Michaël : Le comics game est le nom que nous donnons au monde du Youtube comics francophone, mais aussi des blogs, des sites, des podcasts, etc.

Gordon : C’est un terme fourre tout. Superpouvoir, par exemple, rentre dans notre définition du comics game. Je ne citerai pas d’autres noms, parce que je ne veux pas leur attirer des ennuis.

Donc finalement, vous pensez qu’on vous a traités de Nazis pour vous faire taire ?

Gordon : Ouais, ça doit être mon coté complotiste, hein… mais je trouve la coïncidence troublante. On m’a toujours dit « à qui profite le crime ? ».

Michaël : Je pense qu’on nous a traité de Nazis pour une autre raison, plus générale. On ne peut pas rire.

Bon. On vous a traité de Nazis pour vous faire chier, quoi.

Gordon : Le problème c’est pas qu’on nous traite de Nazis, c’est pas la première et c’est sûrement pas la dernière, c’est qu’on s’en serve pour nous décrédibiliser.

Michaël : Nous faisons des blagues, ça gène. Nous jouons beaucoup sur l’humour, parfois gras, mais aussi sur l’autodérision. Pour citer Didier Super : « vaut mieux en rire que s’en foutre ».

Gordon : Oh l’autre, il pique mes références ! NAZI !!!

Michaël : Mais, oui, je pense qu’à un moment, il y avait un petit problème avec nous , et qu’il a fallu trouver le petit truc pour nous discréditer. Heureusement, des gens ont regardé le live , certains sont même d’accord avec nous. Et tous s’accordent à dire que nous n’avons tenu aucun propos louant l’idéologie nazie.

Bon, donc finalement, pour faire simple, vous vous êtes fait plein d’ennemis parce qu’ils ne comprenaient pas vos blagues. Et un de vos ennemis a décidé de vous faire passer pour des Nazis. Hop, vengeance.

Michaël : Voilà. En gros c’est ça. Et comme c’est un sujet sensible…

Si c’était à refaire, vous la referiez, cette vidéo avec Mein Kampf ?

Gordon : Oui !

Michaël : Oui, évidemment.

Un message à faire passer pour conclure ?

Gordon : J’en ai deux. Tout d’abord, merci pour cette tribune, sincèrement. Ensuite, ça s’adresse à ceux qui jubilent actuellement : vous avez gagné cette bataille, mais le pire reste à venir.

Michaël : C’est pas forcement un beau combat les mecs…

En fait, vous êtes quand même un peu énervés. On vous a pas appris à tendre l’autre joue, dans vos comics ? Merde, et la Bible, quoi ?

Gordon : L’autre joue, on la tend depuis nos débuts, maintenant on passe en mode Jésus II.

Michaël : Oh et puis pour tendre l’autre joue faut s’être pris un coup en face, là c’était dans le dos, donc automatiquement…

Bon. Rendez-vous pour la revanche, alors ? Vous allez faire ça en vidéo ? De face ?

Michaël : Gentiment. Disponible ici :

Video Thumbnail

Gordon : Il l’a fait, mais ça n’a pas suffi.

Vous allez vous traîner ça un petit peu toute votre vie, maintenant.

Gordon : Oh, j’en ai bien l’impression.

Michaël : Alors que hein… on s’appelait, on se commandait une binouze et on parlait autour, hein…

Gordon : Exactement, moi c’est comme ça qu’on m’a éduqué.

Ouais, à la bière comme à la bière.

Gordon : Exaaaactement !

Bon. Merci, les mecs. On vous souhaite que toute la lumière soit faite sur cette sombre histoire. En attendant, amusez-vous bien et bonne bourre !