Catwoman - Selina Kyle

Après le numéro 50 de Batman et son refus d’épouser Bruce Wayne, Selina Kyle, alias Catwoman, décide de repartir dans sa ville natale de Villa Hermosa, en Californie, histoire de faire le point. C’est justement le point de départ de la nouvelle série consacrée à la cambrioleuse sexy, prise en charge par la scénariste et dessinatrice Joëlle Jones.

Dans cet album regroupant les six premiers épisodes de la série, Catwoman sera aux prises avec une bande d’imitatrices qui n’hésitent pas à tuer des policiers. Malgré son manque d’entrain dû à ses récents déboires amoureux, la belle Selina va devoir revêtir un nouveau costume et partir à la poursuite de ces ersatzs dont elle découvrira bien vite qu’ils sont à la solde d’un nouvel ennemi, la machiavélique femme du gouverneur Creel. Sa nouvelle nemesis ne va même pas tarder à s’en prendre à la sœur de Catwoman, Maggie, plongée dans la catatonie la plus complète depuis qu’elle a croisé Black Mask.

Cet épisode de la catatonie remonte à la période où Ed Brubaker était scénariste de la série. Et si on est content que Joëlle Jones y fasse référence, il est aussi un rappel que le titre a connu des hauteurs auxquelles il peut être douloureux de se confronter. Si Brubaker avait su instiller un ton et une tension indéniable à la série, Jones est bien en peine de pouvoir faire la même chose. Elle est même d’ailleurs bien en peine de beaucoup de choses, notamment d’articuler les différents points de son intrigue entre eux. Le coup des doubles est évacué en deux épisodes pour laisser la place à la menace contre Maggie avant de partir sur une histoire de drogue qui a la particularité de survolter ses utilisateurs au point de les pousser à se défigurer. Tout ses aspects sont reliés entre eux de façon très lâche sans que le lecteur arrive à appréhender l’objectif générale de l’intrigue.

Catwoman - Selina Kyle

Tout aussi nébuleux est le personnage de la femme du gouverneur, Raina Creel. Si Jones évoque bien son passé de jeune fille arriviste, prête à tout pour réussir, il n’en reste pas moins que ses objectifs sont plutôt troubles. Sa seule motivation semble être le pouvoir, et sa caractérisation laisse pantois tant elle est caricaturale. Avenante en façade, c’est un monstre lorsque le masque tombe, aussi bien mentalement que physiquement. Des fois que le lecteur n’aurait pas compris que c’est elle la méchante.

Catwoman n’est pas mieux lotie. Si Jones utilise une voix-off pour nous faire entendre les pensées de son héroïne, cet outil narratif trouve vite sa limite tant le propos se limite à nous faire comprendre que Selina n’arrive pas à dormir, qu’elle regrette Bruce Wayne et qu’elle est inquiète pour sa sœur. Sa séparation d’avec Bruce Wayne/Batman est à peine traitée et l’on met au défi le lecteur qui n’aurait pas lu la série Batman de Tom King d’essayer de comprendre le dilemme amoureux de la féline cambrioleuse.

Bien heureusement, aux dessins, Joëlle Jones s’en sort bien mieux. Son trait fin et élégant fait merveille, rendant de superbes planches. La dessinatrice est tout aussi à son aise pour faire évoluer Catwoman sur les toits de Villa Hermosa que Selina Kyle dans les soirées mondaines de la ville. Des atouts qui feront un peu oubliés le manque de punch des scènes d’action. Citons également Fernando Blanco qui illustre, de façon un peu plus sage, les flashbacks de la série.

Ce nouveau titre donne ainsi l’impression d’un bel écrin graphique (Stanley « Artgem » Lau signe également de chouettes couvertures alternatives dont l’une orne la très soignée édition d’Urban) qui renfermerait une breloque en toc, une histoire déjà vu et mal façonnée, qui n’arrive pas à capter l’attention et l’investissement du lecteur au-delà de la simple attraction visuelle.

Selina Kyle: Catwoman, tome 1: Pâles copies (Catwoman #1-6), Urban Comics, 152 pages, 15,50 €. Sortie le 14 juin 2019. Traduction de Xavier Hanart, lettrage de Stephan Boschat (Studio MAKMA).

 

Catwoman - Selina Kyle

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