Avec Sea of Stars, le scénariste vedette de Marvel Jason Aaron revient vers la bande dessinée indépendante et ce titre de science-fiction publié chez Image Comics. Aidé de Dennis « Hopeless » Hallum au scénario et Stephen Green aux dessins, il nous livre un récit si long et ennuyeux qu’il est difficile de lire jusqu’au bout.

© Glogonzoola inc, Denis Hallum, Stephen Green

Perdus dans l’espace

Gil est une sorte de convoyeur de l’espace. Accompagné de son fils Kadyn, il doit amener à l’autre bout de l’univers des éléments d’un musée extraterrestre inconnu. Mais son vaisseau se fait attaquer par une créature spatiale géante, qui brise le vaisseau en deux et propulse Gil et Kadyn dans l’espace. Un évènement magique va alors séparer le père et le fils. Sea of Stars nous propose alors deux récits en parallèle : celui de Kadyn, de ses amis créatures bizarres rencontrées lors de son odyssée et de ses pouvoirs magiques et celui de Gil, prêt à tout pour retrouver son fils dans l’immensité de l’espace. Durant ces très longs onze épisodes, regroupés dans un seul volume, on assistera aux chassés croisés entre Gil et Kadyn ainsi qu’à l’affrontement entre deux forces primaires : le bien et le mal (ou l’ombre et la lumière, c’est au choix).

Aaron déçoit

Décidément, Jason Aaron semble avoir un peu perdu son mojo depuis quelques temps. La preuve en est avec ce Sea of Stars qui, s’il rappelle encore une fois que la marotte du scénariste ce sont les relations père/fils, est totalement inabouti. Il est pourtant aidé de Dennis Hallum qui, s’il n’a jamais vraiment brillé sur les récits Marvel qu’il a scénarisés (Cable notamment), s’en était plutôt bien tiré avec son Avengers Arena qui mettait en scène une sorte de Battle Royale chez les mutants adolescents de Marvel. Ici, cela ne fonctionne pas du tout. Tout d’abord parce que la série manque réellement de contexte. Et que, bizarrement, les deux auteurs n’arrivent pas à faire ressentir de l’empathie pour les personnages. Gil est totalement stéréotypé et coincé dans le rôle du père voulant retrouver son fils à tout prix tandis que Kadyn est totalement imbuvable. Ses dialogues et ses actions sont irritantes et n’incitent pas le lecteur à lui vouloir du bien. De plus, une fois séparés, le récit s’embourbe dans de très nombreuses scènes totalement inutiles. À chaque épisode nous avons droit à un des héros qui combat une armée de monstres. Le procédé est tellement utilisé dans Sea of Stars que cela devient très vite lassant. Un endroit dans l’espace, les personnages sont avalés dans la gueule d’un monstre géant et se battent contre les créatures qui se trouvent à l’intérieur. Les auteurs essayent d’agrémenter leur récit avec de l’humour mais cela ne fonctionne pas non plus. Les deux créatures (un singe et un dauphin de l’espace) qui accompagnent Kadyn deviennent vite très irritantes elles aussi tandis que le seul relief comique accompagnant Gil prend la forme d’un casque qui cherche à l’électrocuter. Rien de bien extraordinaire.

© Glogonzoola inc, Denis Hallum, Stephen Green

Un univers très peu développé

Ce qui manque dans Sea of Stars, c’est bien évidemment l’histoire et une description plus avancée de l’univers dans lequel évoluent nos héros. Aaron et Hallum n’arrivent absolument pas à donner du corps à leurs personnages, mais aussi à toute l’histoire qui les accompagne. Alors que les deux protagonistes se trouvent au beau milieu d’une bataille entre deux divinités, on n’en sait pas vraiment beaucoup sur la civilisation qui les a engendrées. On passe pourtant un temps fou sur cette planète, avec des noms mayas ou incas, mais les auteurs n’arrivent pas à nous y intéresser. Parce que chaque moment un peu plus introspectif ou de présentation est immédiatement coupé par l’apparition d’une grosse bête qui va engloutir les prétendants. De fait la lecture est vraiment très laborieuse. On se prend au bout d’un moment à tourner les pages de manière mécanique, sachant sans aucune difficulté comment l’histoire va tourner. C’est encore un gros problème de Sea of Stars : le manque de surprise. On voit à des kilomètres comment le récit va se terminer et tout se passe comme prévu. Et même les dessins deviennent ennuyeux.

© Glogonzoola inc, Denis Hallum, Stephen Green

Des dessins beaux de loin

En fait, pour ne pas totalement défoncer Sea of Stars, on découvre au fil de la lecture que bon, au moins le dessin compense les fragilités du scénario. Et c’est vrai que Stephen Green a un bon coup de crayon. Assez rond et il adore dessiner des créatures bizarres. Cela fonctionne vraiment bien sur le premier tiers de l’ouvrage. Le problème, c’est que si Stephen Green a des facilités pour nous designer des créatures bizarres et des monstres spatiaux, si ses personnages humains sont vraiment bien croqués, il a en revanche deux points faibles : la composition et les échelles. En effet, souvent, Stephen Green doit proposer des monstres cent fois plus grands que les personnages et le rendu des batailles contre ces derniers sont assez confuses. On ne voit pas tout, on ne comprend pas tout non plus. De fait, dès que l’on rentre dans les batailles ou les confrontations (et c’est plus de la moitié du bouquin), ce n’est pas très lisible. De plus, Stephen Green semble vraiment avoir du mal avec les choix de composition. Les agencements de cases et les brusques passages de l’un des protagonistes à l’autre en plein milieu d’une page créent des problèmes de rythme qui peuvent gêner. Les dessins sont bons, cela ne fait aucun doute, parfaitement mis en couleurs, mais cela manque de fluidité au fil des pages. Peut-être que le dessinateur s’est retrouvé un peu trop pressé sur la fin, ce qui ait qu’il a moins travaillé ses transitions et ses agencements de pages. Cela en donne l’impression toutefois.

De fait, Sea of Stars peut être classé dans le registre des déceptions avec ce récit qui reste très classique, sans aucune surprise et infiniment trop long.

Sea of Stars (Sea of Stars #1-11) est un récit complet publié par Urban Comics.

Sea of Stars, Urban Comics

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