Russ Heath

Les dernières semaines ont été particulières tristes pour les fans de comic-books. Plusieurs grandes et belles figures de ce medium nous ont quittés, comme Russ Heath, le 23 août dernier.

Né le 29 septembre 1926 à New York, Russell Heath Jr. a passé son enfance dans le New Jersey. Un environnement bien loin de ce qu’avait connu son père qui avait été cowboy dans un ranch au début du siècle. Heath se souviendra d’ailleurs de samedi matins passé au cinéma où son père lui pointaient les inexactitudes des serials de western et qui lui donneront sans doute le goût de l’authenticité. Fan de BD, il se passionne pour les histoires paraissant dans les journaux comme Terry & The Pirates, Scorchy Smith, Tarzan ou Flash Gordon. Il voit également l’arrivée du format comic-books avec Famous Funnies. Il apprend le dessin de façon autodidacte. Elève à la Montclair High School, il y sera encore lorsqu’il  produit ses premiers travaux rémunérés,  à l’age de 16 ans. Ce sera des histoires d’« Hammerhead Hawsley » dans Captain Aero Comics (Holyoke Comics). En 1945, il intègre l’Air Force et passe les neuf mois de son incorporation à dessiner pour le journal de son camp. Il revient à Montclair pour son diplôme avant d’intégrer une agence de publicité  à Manhattan, Benton & Bowles.

En 1948, il intègre la rédaction de Timely (futur Marvel Comics). Sa première commande sera une histoire pour Kid Colt #2. Sa familiarité avec le western lui permet de s’imposer dans la gamme de titres dédiée à ce genre. Il remplit ainsi les sommaires de Kid Colt, Two-Gun Kid, Tex Morgan, Wild Western, All Western Winners, Rex Hart, The Arizona Kid. Plus surprenant, il s’attelle à des titres hybrides qui mêlent western et romance: Love Trails, Cowgirl Romance, Rangeland Love. Heath travaillera de toutes façons pour de nombreux magazines de l’éditeur, touchant à tous les genres: la SF et le fantastique (Journey into Unknown Worlds), les aventures dans la jungle (Lorna, the Jungle Girl), les « Crime Comics » (Crime Exposed) ou même les super-héros (Human Torch ou Marvel Boy, qu’il co-créa) durant la courte période de résurrection des super-héros Timely. Il développera cependant une prédilection pour les thèmes réalistes et terre-à-terre.

Malgré son peu d’intérêt pour le genre, Heath n’hésite pas à créer des super-héros, comme ici Marvel Boy (Marvel Comics)

Il n’est cependant  pas exclusif à Timely et travaille pour d’autres éditeurs. Il participe au premier numéro du mythique Frontline Combat chez EC Comics. Ce sera sa seule participation à ce titre, mais cette rencontre avec l’éditeur Harvey Kurtzman le mènera à d’autres travaux par la suite. En 1954, il signe sa première histoire pour DC Comics dans Our Army at War #23. Cela inaugurera une collaboration longue et fructueuse avec l’éditeur. Heath deviendra un des dessinateurs vedette de la gamme des comic-books de guerre de la firme, gamme dirigée par Robert Kanigher. Avec ce dernier, il co-crée la série « Haunted Tank » (qu’il apprécie finalement peu) et succédera à Joe Kubert pour illustrer Sgt. Rock. Il apportera également sa contribution au magazine The Brave And The Bold où il animera Golden Gladiator et Sea Devils. DC lui apportera suffisamment de travail pour qu’il délaisse finalement Timely, devenu Atlas entre-temps.

Le réalisme de ses personnages et le pointillisme dans le détails des objets font de Heath un des tous meilleurs dessinateurs de « War Comics« 

Son travail pour les magazines de guerre lui donnera aussi une notoriété bien particulière. Ses dessins serviront en effet de base pour certains tableaux pop art de l’artiste Roy Lichtenstein comme « Brattata » (1962) ou « Okay, hotshot, okay » (1963). Ses « emprunts » seront faits sans son son accord et sans qu’il touche un cent de la valeur des tableaux.

Tout comme ceux de Jerry Grandenetti, les dessins de Heath ont allègrement servis de « base » au travail de Roy Lichtenstein.

A partir de 1963, il retrouvera Kurtzman pour qui il signera des épisodes de « Little Annie Fanny », une bande dessinée du magazine Playboy. Celle-çi est notmalment illustrée par Will Elder, mais ce dernier prend réguliérement du retard. Heath passera de nombreuses semaines dans la maison de Hugh Heffner, entouré de playmates, d’abord pour travailler, puis pour le plaisir lorsqu’il se rend compte que personne ne songe à le déloger.

Heath prendra beaucoup de plaisir à l’illustration de la pin-up de Playboy.

En plus de DC et de Playboy, il travaillera pour Warren Publishing et des titres comme Blazing Combat, Eerie, Creepy et Vampirella. Il apprécie de pouvoir y travailler en noir et blanc, ce qui donne plus de force à son trait. Au milieu des années 70, ses collaborations avec DC se font plus rares et il recherche de nouveaux débouchés. Il se rapproche du studio Continuity de Neal Adams, ce qui lui permet de travailler sur Ka-Zar dans le Savage Tales de Marvel Comics. Il signe également les dessins de Planet of the Vampires pour Atlas Seaboard. En 1978, il déménage pour Los Angeles où il diversifie son activité: il se met à travailler dans le milieu de l’animation (Godzilla, The Tarzan/Lone Ranger/Zorro Adventure Hour, GI Joe, Karate Kid) et il dessine un strip quotidien, The Lone Ranger, qu’il animera avec le scénariste Cary Bates pendant quatre ans.

La fin des années 80 le verra revenir vers les comic-books, notamment chez Marvel. Pas question pour autant de faire dans le super-héros bariolé. Heath sera bien évidemment plus à l’aise sur des séries plus terre-à-terre comme Punisher (#26-27, 89-92), Marc Spector: Moon Knight (#4) ou G.I. Joe (#24). Il renouera avec les war comics avec The ‘Nam et le roman graphique Hearts and Minds: A Vietnam Love Story avec Doug Murray. Il reviendra également vers DC Comics où il signera entre autres Batman: Legends of the Dark Knight #46-49, Starman #74 et Jonah Hex #25.

Avec Starman, DC Comics fera revenir Heath à ses pemiers amours, le western (DC Comics).

Là encore, les editors n’oublieront pas qu’il est un spécialiste des comics de guerre puisqu’il illustre le second volume d’Enemy Ace: War in Heaven avec Garth Ennis. Il participera au label Wildstorm avec la mini-série Legend avec Howard Chaykin et avec le treizième numéro de Tom Strong. En 2009, il entre dans le Will Eisner Hall of Fame, mais malgré cette reconnaissance, l’année suivante, il a besoin de l’aide de The Hero Initiative pour financer une opération chirurgicale du genou. En remerciement, il n’hésitera pas à produire des dessins pour l’association, dont une page où il n’hésite pas à égratigner Roy Lichtenstein.

Russ Heath a fini par succomber d’un cancer qui le rongeait depuis un trop long moment. Il n’a cependant pas à rougir d’une carrière où il a pu prouver l’ensemble de son talent et surtout où il a pu servir de modèle à toute une génération de dessinateurs, impressionnés par le réalisme et la méticulosité de son travail et où es planches pouvaient avantageusement remplacées toute la documentation du monde.

Une bouteille de vin amère pour Lichtenstein

Sources : The Comics Journal, Lambiek, Comic Box

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