Suite d'une série sur les intervenants MAKMA dans la traduction de Piracy, nous interviewons aujourd'hui Arnold Petit. Ce moussaillon fidèle au studio a travaillé sur la bande-dessinée de pirates de chez Akileos. Son intervention suit celle de la traductrice Lisa Séguélas.

Arnold, comment t’es-tu retrouvé dans ce bateau ?

On est tout simplement venu me proposer de me joindre à l'équipage ! Edmond Tourriol (co-capitaine du studio MAKMA) m'avait précédemment envoyé sur un autre projet estampillé E.C. Comics pour Akileos, à savoir le quatrième volume de Haunt of Fear, la dernière itération des récits d'horreur cultes faisant suite aux fameux Contes de la Crypte. L'épouvante étant mon dada et ayant une certaine connaissance du vintage, j'avais pris un intense plaisir à traduire ces récits que je porte en très haute estime. Quand le projet Piracy a été confié à MAKMA, Edmond est tout simplement venu me proposer de me charger de quelques épisodes – les quatre segments du numéro 34 – et cela s'est fait comme ça. Ne manquait plus qu'à lever les voiles, direction l'aventure.

As-tu éprouvé des difficultés pour retranscrire les dialogues en langage de pirate, ou tu parlais déjà comme un vieux loup de mer ?

Je t'avoue ne pas avoir éprouvé de difficultés particulières sur les dialogues de Piracy. Sans être un loup de mer (j'éprouve même une peur panique de l'eau si tu veux tout savoir), j'ai comme tout grand gamin qui se respecte une passion pour les pirates, les brigands des mers et autres boucaniers dont j'ai conservé un lexique détaillé des expressions les plus fleuries dans ma tête de pioche et sur des petits carnets. Un de mes romans favoris est "Les Pirates Fantômes" de William Hope Hodgson, un auteur et ex-marin ayant entre autres inspiré H.P Lovecraft et dont les histoires d'horreur se déroulent presque exclusivement en mer, sur des navires, avec des personnages évoluant majoritairement dans le monde de la marine, le tout dans une ambiance très XIXe siècle avec laquelle je me sens très à l'aise. Naturellement, certains récits de Piracy sont plus modernes et il a été nécessaire de se fier à des termes nautiques plus précis, faire des recherches, entre autres en ce qui concerne la pêche... Le travail quotidien d'un traducteur, en somme.

Quels caps ont été difficiles à franchir, matelot ?

Comme je le disais, le retro est un monde où je me sens à l'aise et auquel je m'adapte bien. Et je raffole de l'ambiance des E.C. Comics. Pour Haunt of Fear, j'avais déjà traduit un épisode génial à propos d'un marin et j'étais donc déjà assez au fait du style qu'on attendait de nous. L'écueil est avant tout technique, car les bulles de ces BD retro sont presque intouchables au moment du lettrage et il faut prendre extrêmement garde à ne pas surgonfler les dialogues – je compte parfois ma traduction à la lettre près.  Et surtout, dans des récits aussi marqués et authentiques (comme les pirates, en gros), il est primordial de ne jamais trahir le texte, de l'envisager comme si on le traduisait dans son jus, celui des années 50. C'est en tout cas mon approche. Il est d'ailleurs tout aussi important de laisser reposer son travail et d'y revenir avec les idées plus claires par la suite, ce qui permet de tailler par-ci, par-là, d'un coup de sabre affûté pour rendre le texte encore plus fluide. Le recul est une des clés d'une bonne traduction, ça et de bons correcteurs justement, car aucune bonne traduction ne l'est sans bon correcteur qui assurent au gouvernail. C'est un travail à quatre mains, comme dans tout bon équipage.

Les moments qui t’ont fait chavirer ou les étapes de la croisière que tu as préférées ?

Le fait de rempiler sur un projet estampillé E.C. Comics, tout simplement. Je ne connaissais pas du tout Piracy, qui est une œuvre culte mais dont on se souvient bien peu aujourd'hui, et surtout elle bien moins connue que ses consœurs horrifiques comme Les Contes de la Crypte, Vault of Horror ou Haunt of Fear. En travaillant dessus, j'ai tout de suite songé aux comics de pirates que l'on croise au détour des pages du Watchmen d'Alan Moore et cela m'a d'autant plus stimulé ! Je gardais aussi en tête les films de mon enfance comme L'Île au Trésor adaptée de Stevenson, ou Le Fantôme de Barbe-Noire des studios Disney. C'était tout simplement exaltant et avoir l'opportunité de travailler sur ce type de projet ne se présente presque jamais. Akileos font un merveilleux travail d'édition.

Chez MAKMA, vous êtes tous dans le même bateau. Comment vous êtes-vous partagé les tâches dans la traduction ?

Je suis arrivé tardivement sur le projet, il ne restait qu'un numéro à faire, et donc que quatre histoires. J'ai sauté sur l'occasion. L'équipe s'est aussi beaucoup concertée pour échanger des termes techniques et divers mots d'argot. MAKMA est une équipe organisée et soudée, multidisciplinaire. Nous sommes toujours en contact étroit et en collaboration intime hebdomadaire (c'est celui qui n'a qu'une bosse), comme au sein de nos équipes Webtoon par exemple. En tant que traducteur, je suis en première ligne et c'est ensuite au tour du lettreur de passer à l'action; En quelque sorte, et sans gloriole aucune, la traduction serait un butin que le lettreur a la lourde charge de faire entrer dans un solide coffre.

As-tu quelques secrets à nous dévoiler ?

C'est une œuvre typique sur des individus atypiques ! Je dirais même un trésor, vu qu'on parle de Pirates. Elle n'a pas duré longtemps, mais on y retrouve tout l'esprit qui faisait le sel des Contes de la Crypte, avec cet humour noir fabuleux, corrosif, d'immondes crapules qui se trahissent à qui mieux-mieux et surtout une morale très claire disant que le crime ne profite finalement à personne, et ce quelle que soit l'époque. Chez E.C., qu'on soit un vieux pirate ou le capitaine d'un navire moderne, on est tous victime de l'appât du gain. Que voulez-vous ?  Le monde est un océan infesté de requins et en ce sens, malgré ses 70 ans au compteur, je dirais que Piracy est une œuvre très actuelle et qu'elle se découvre sans déplaisir aucun. Trinquons mes jolies ! Yo-ho !

Piracy, 192 pages, 28€, disponible depuis février 2022 aux éditions Akileos.

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