Faut-il que la Bible nous enseigne, ou nous divertisse ?

Si on s’en tient à une série comme Good Omens, la seconde assertion est on ne peut plus possible.

Mais si l’on prend en exemple le film du jour, Le Jeune Messie, on constate que malgré son relatif manque du succès au box-office, le genre du film Biblique continue envers et contre tout à tenter de percer son trou avec autant d’insistance que les romains en ont eu à transpercer les mains du Christ sur la croix. Comme nous l’avait allègrement prouvé le récent Samson (Bruce MacDonald), le manque d’épique et d’objectivité que projettent ces films sur les figures de cette religion monothéiste peinent très souvent en convaincre, partiellement pour leur prosélytisme à peine déguisé et aussi à cause d’un manque de moyens flagrant.

Le Jeune Messie, de Cyrus Nowrasteh, échappe-t-il à ses deux écueils ?

Oui… et non.

Avant d’entrer dans le vif d’un sujet qui peut avoir sa sensibilité, rappelons que nous ne sommes détenteurs d’aucun diplôme de théologie appliquée et que c’est avec athéisme que nous abordons ce projet cinématographique particulier qui n’aura eu droit chez nous qu’à cette sortie DVD de chez Saje Distribution.

Comme son nom l’indique, Le Jeune Messie suit la prime jeunesse de Jésus de Nazareth, entouré de sa famille en Égypte. Le persécuteur du peuple juif, le roi Hérode, vient de mourir et son fils lui succède, bien décidé à continuer de lutter contre une prophétie indiquant que le sauveur du peuple reviendra pour le guider vers la lumière divine et le salut de Dieu. Devant cette aubaine, Joseph, le père de l’enfant, décide de repartir pour Nazareth avec sa famille, tout à fait au courant du grand destin qui attend son fils unique. Mais quelqu’un d’autre attend l’enfant au pays : les légions romaines aux ordres du nouveau roi qui a ordonné que tous les garçons de sept ans correspondant à la prophétie soient retrouvés et tués.

De somptueux décors jalonnent le film.

En plus d’aborder de manière absolument inédite l’histoire de Jésus, dont on découvre ici un pan tout à fait inconnu au cinéma, Le Jeune Messie parvient à adapter plutôt convenablement la source littéraire dont il s’inspire. Non la Bible, mais un roman : Christ The Lord: Out of Egypt, signé en 1998 par… Anne Rice, la reine des vampires en personne à qui l’ont doit Entretien avec un Vampire ou encore La Reine des Damnés. En effet, après s’être penchée sur des personnages de suceurs de sangs au mœurs sexuelles plutôt libres, l’autrice s’est tournée vers Dieu et a consacré une partie de sa plume au mythe probablement moins innocent du “sauveur de l’humanité”. Un cycle qui n’ira pas plus loin que deux livres, tant les tensions autour de cet essai de fiction littéraire et biblique semblaient grandes.

Rien qui n’empêche les producteurs d’investir dans ce projet, dont 1492 Productions, la boîte de de Chris Colombus (les deux premiers Harry Potter) qui, fort de son expérience avec les jeunes comédiens, prête son aide à cette très minime aventure qu’est Le Jeune Messie. Lors de ce voyage initiatique, Jésus (très convaincant Adam-Greaves Neil) découvrira l’entendue de ses pouvoirs, les origines secrètes de sa venue au monde et la puissance du mal en la figure désincarnée du malin (joué par un Rory Keenan à la chevelure ridiculement peroxydée). Mais il va aussi découvrir l’espoir en la personne du centurion Severus, bras armé du roi Hérode, incarné par un Sean Bean puissant et moralement troublé – probable choix de casting visant à attirer les fans d’épées dans le giron d’un film qui manque très largement de poids lourds dans sa distribution.

– Winter is coming! –…Kuwa ?

Du réalisateur aux comédiens, en passant par le compositeur John Debney et sa très belle partition, chacun fait au mieux avec le peu de moyens mis à disposition. Toutefois, les costumes minimalistes et les superbes décors de Cinecitta font magnifiquement illusion et l’ont se croirait authentiquement plongé aux temps bibliques. Si le film tient la route d’un point de vue plastique, reste que Le Jeune Messie ne parvient jamais à se détacher de son étiquette de film modeste ayant la grande ambition d’élever son propos au plus haut, sans aucune vraie notion de divertissement. D’autant qu’il est complexe de surprendre et de créer le moindre suspense autour d’un personnage d’enfant dont on sait pertinemment qu’il ne mourra pas avant l’âge de trente-trois ans.

Difficile de ne pas penser que le film cherche vainement à convertir son auditoire à tout prix et en dépit d’une séquence de crucifixion vite expédiée, la crasse totale qu’a pu représenter Mel Gibson dans sa Passion du Christ est ici passée totalement sous silence. En ressort un film lisse, lent et peu passionnant, et à moins que vous ne soyez hautement intéressé par le mythe de la Bible (un matériau comme un autre) ou intensément curieux, il y a fort à parier que Le Jeune Messie, tout aussi bien plié qu’il soit, ne sera pas encore le métrage qui vous poussera à cracher au bassinet de la quête de sitôt. Certaines séquences ne sont pourtant pas désagréables, comme cette scène onirique où Satan et Jésus s’opposent l’un à l’autre dans une joute verbale face aux ruines en feu de Jérusalem. Le genre d’audace visuelle et de combat moral dont le film manque par ailleurs cruellement.

Au rang des bonus, en dehors de bandes-annonces, on retrouve un making-of d’une dizaine de minutes, plutôt éclairant sur les intentions du film et son manque de moyens. Si les interviews des producteurs légèrement zélotes, en train de pleurer devant le miracle divin que représente le fait d’avoir amassé le budget nécessaire pour produire ce film prêtent à sourire (on ne va pas se mentir, c’est même un peu ridicule), les interventions de Chris Colombus et du réalisateur sont plus mesurées et appréciables. Dommage que celles des comédiens soient plus expédiées, en dehors de la comédienne Sara Lazzaro qui parle à merveille du rôle complexe qu’est celui de la Vierge Marie à laquelle elle offre une nuance de chaleur et de bonté très inspirée.

Petit péplum sans prétention, Le Jeune Messie reste malgré tout une curiosité passagère, partiellement pour son héritage littéraire mais aussi pour quelques uns de ses intervenants. D’autres livres sur la vie de l’enfant béni existent mais la saga ne s’achèvera jamais et la réputation bien trop modeste de ce volet-ci fera qu’ils ne verront probablement jamais le jour.

 

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LE JEUNE MESSIE Bande Annonce VF (2020) Sean Bean

Faut-il que la Bible nous enseigne, ou nous divertisse ? Si on s’en tient à une série comme Good Omens, la seconde assertion est on ne peut plus possible. Mais si l’on prend en exemple le film du jour, Le Jeune Messie, on constate que malgré son relatif manque du succès au box-office, le genre du fi

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