La Doom Patrol est une de ses équipes trop méconnues du grand public, bien qu’elle ait fait l’objet de plusieurs tentatives de résurrection. Aujourd’hui, on va se pencher sur la série de comic-books qui a probablement été le mieux menée ; et pour cause, elle a été scénarisée par un grand nom du comic-book contemporain : Grant Morrison.

À savoir, avant tout, que ce premier volume démarre au numéro 19 d’une seconde série commencée par Alan Kupperberg, au moment où Grant Morrison, qui fait alors des heureux avec la série Animal Man, est chargé de donner un second souffle à l’équipe. La Patrouille Z (comme elle a parfois été traduite par chez nous) a donc un passé déjà bien inscrit dans la continuité de la maison d’édition et tous les anciens membres sont morts (excepté Robotman). Mais si vous voulez tout connaître de leur histoire, je vous conseille de jeter un œil à l’article que mon collègue Archer Vert a écrit il y a quelques jours.

Après un rapide récap de la situation (scénarisé par Kupperberg et dessiné par le grand John Byrne), la première mission de l’auteur écossais consiste à créer de nouveaux personnages pour remplacer les précédents, des héros (?) humains mais suffisamment spéciaux pour mériter leur intégration au groupe. Car c’est là la force narrative de la Doom Patrol : les tragédies qui frappent ses membres (parfois au faîte de leur carrière) et qui en font des rebus de la société, des personnages névrosés. Ici, c’est d’abord le cas de Rebis, une fusion de Larry Trainor et du Docteur Eleanor Poole qui permet à Negative Man de revenir dans le feu de l’action sous la guise d’une personne transgenre et transraciale (et ça vaut le coup d’être souligné, vu l’époque). Puis vient Kay Charris, alias Crazy Jane ou la femme aux 64 personnalités, un élément de l’équipe que Grant Morrison manœuvre à la perfection, auquel un épisode entier est consacré et qui, à mes yeux, est un des plus grands points forts de cette nouvelle formation. Ceux-ci sont ensuite rejoints par Dorothy Spinner, la jeune fille capable de matérialiser ses amis imaginaires créée par Alan Kuperberg dans le numéro 14.

Les antagonistes ont aussi la part belle, chez Morrison, qui conçoit des individus aussi aberrants et extravagants que leurs homologues bienfaiteurs. La Doom Patrol enchaîne ainsi les affrontements absurdes contre les hommes-ciseaux, Red Jack (qui se prend à la fois pour Jack l’éventreur et Dieu) ou encore la Confrérie Dada, qui faute de bouteille, fait rentrer tout Paris dans un tableau. Puis, la Secte du livre inachevé menace de libérer le Décréateur – et ainsi détricoter le monde –, et un semblant de Confrérie du mal fait son grand retour au cours d’un chapitre final.

[…] se disent les lecteurs de Doom Patrol.

Vous aurez probablement perçu quelques clins d’œil à l’art, notamment amenés par la confrérie Dada, ce groupe d’anarchistes antiréalité et antiraison faisant écho au courant artistique du même nom. On peut également faire quelques parallèles avec Watchmen, l’œuvre d’Alan Moore sortie quelques années plus tôt – et qu’un jeune Morrison portait probablement encore dans son cœur, avant que les mots blessants de son auteur ne soient sortis de sa bouche.

En somme, il y aurait beaucoup de choses à voir et à dire du le texte de Grant Morrison, et certainement toutes plus insensées les unes que les autres, si bien que cela en fait un scénario parfait pour la Doom Patrol. Celui-ci est (dans une grande majorité) porté au dessin par Richard Case, qui fait dans l’efficacité et livre un travail précis (contrastant avec l’écriture de Morrison, qui part un peu dans tous les sens).

Il convient enfin de souligner l’énorme travail de traduction effectué par Maxime Le Dain, qui gère avec brio la folle écriture de Grant Morrison. Et si, en tournant la dernière page de ce premier volume, on se demande « qu’est-ce que je viens de lire », la deuxième pensée qui traversera votre esprit sera probablement « vivement la suite ! ».

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