Skizz par Jim Baikie et Alan Moore

L’année 2017 s’est achevée avec la triste annonce du décès de Jim Baikie, dessinateur britannique qui a travaillé des deux côtés de l’Atlantique et qui fut un fidèle collaborateur d’Alan Moore.

Jim Baikie

James G. Baikie était né le 28 février 1940, sur l’archipel des Orcades, au nord de l’Ecosse. Dans un endroit aussi retiré, et sans télévision, le jeune Baikie s’était abreuvé de la seule distraction disponible, la BD. Notamment les Tarzan de Burne Hogarth. À 14 ans, il vend son premier travail au Vargo Statten Science Fiction Magazine, un magazine à la courte durée de vie qui ne lui offrira aucun débouché. Dépité, il s’engage dans la Royal Air Force à 16 ans. Durant une partie de son temps dans l’armée, il sera stationné sur l’île de Chypre. « Je dois dire que [cela] a été bon pour moi« , s’est-il rappelé pour Comic Book Artist (1). »J’avais un boulot à temps partiel dans un journal local grec et le soir, j’étais payer pour jouer de la basse dans un groupe de rock. J’ai ramasser assez d’argent pour rentrer à la maison, me marier avec Wendy et la ramener avec moi à Chypre. » À la fin de son service, en 1964, il revient au Royaume-Uni où il trouve du travail au studio Morgan-Grampian et au National Savings Comittee. En 1966, il perce enfin dans la BD et se spécialise dans les strips pour jeune fille dans des magazine comme Valentine, Lady Penelope, Go Girl, June and Schoolfriends ou Star Love Stories. Il élargira son champ d’action en abordant la S.F, avec un court passage sur le strip Star Trek (dans TV21 & Joe 90 #24-31) et sur Dr Who ou l’aventure, en adaptant des séries télé à succès comme Drôles de Dames ou Chips pour le magazine Look-In. Preuve de son importance sur la scène locale, c’est lui qui signera la couverture du livret de la première convention anglaise de BD en 1968, à Birmingham. En parallèle, il s’adonnera toujours à son autre passion, la musique, en jouant dans divers groupes, dont notamment Jaymes  Fenda and The Vulcans, qui arriveront demi-finalistes d’une émission de télé-crochet. En 1970, il part de nouveau vivre sur ses Orcades natales qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort.

TV21 & Joe 90 #31, 2 avril 1970 (City Magazine, Ltd)

TV21 & Joe 90 #31, 2 avril 1970 (City Magazine, Ltd)

Au début des années 80, il embarque dans la mouvance S.F punk anglaise. Il produit The Twilight World et des épisodes de Laser Eraser and Pressbutton pour le magazine de Dez Skinn, Warrior, qui publie à la même époque V for Vendetta et Miracleman d’Alan Moore. Avec ce dernier, il commettra  la série Skizz dans 2000AD, qu’il reprendra ensuite seul pour deux nouveau volume, en 1991 et 1992. Et en tant que collaborateur régulier de 2000AD, il apposera bien sûr sa griffe sur Judge Dredd. Ces travaux lui vaudront un SSI (Society of Strip Illustrators) Award du meilleur illustrateur anglais d’aventures en 1983 et de faire partie de la fameuse vague british qui déferlera sur les USA durant les heigties. Il signe un diptyque fameux sur la série Vigilante (#17-18) avec Alan Moore avant de s’essayer à divers autres séries de DC Comics, comme Detective Comics (#580-581), The Spectre (Annual #1) ou New Teen Titans (Annual #2). À cette époque, son plus gros travail américain reste la série Electric Warrior qu’il anime avec le scénariste Doug Moench durant 18 numéros.

Electric Warrior, mai 1986 (DC Comics)

Electric Warrior, mai 1986 (DC Comics)

Baikie fera ainsi régulièrement la navette entre travaux locaux (Judge Dredd, Skizz, New Statemen) et projets américains (Clive Barker’s Nightbreed, Star Wars: Empires End, Black Mask). Toujours fidèle en amitié artistique, Alan Moore le recrutera lorsqu’il fera son retour dans le comic-book super-héroïque à la fin des années 90. Il lui fera dessiner Deathblow Byblows #1-3, mais surtout le segment First American dans la série Tomorrow Stories (#1-12), qui gagnera le Eisner Award de la meilleure série anthologique. Il s’est ensuite, petit à petit, retiré de la scène BD, ne sortant de sa réserve que pour des projets ponctuels.

Deathblow Byblows #1, novembre 1999 (Wildstorm/DC Comics)

Deathblow Byblows #1, novembre 1999 (Wildstorm/DC Comics)

Jim Baikie est donc décédé le 29 décembre 2017, à l’age de 77 ans, alors que sa santé était déclinante depuis de nombreuses années. Il laisse derrière lui sa femme Wendy, ses cinq enfants, Jacqueline, Jane, Vanessa, Caitrian et Ellen, douze petits-enfants et deux arrières-petits-enfants. Ainsi qu’une oeuvre remarquable,  marquée par la grâce de ses personnages féminins et par la rudesse de son encrage acéré.

Source: Downthetubes

(1) Comic Book Artist #25, avril 2003, Twomorrows Publishing.