Depuis l’année dernière,  le groupe AT&T était lancé dans une campagne de recherche à la succession de Randall Stephenson, PDG – contesté – de l’entreprise depuis treize ans. C’est John Stankey qui a été choisi et qui va reprendre les rênes de façon un peu anticipée d’une entreprise qui cherche encore sa voie.

American Telephon and Telegraph (AT&T) a été l’opérateur téléphonique historique des États-Unis pendant presque cent ans, de 1885 à 1982. Afin de casser son monopole, AT&T a dû alors se fragmenter en plusieurs petites entreprises régionales dont la Southwestern Bell Telephone. C’est dans cette société couvrant les communications des états du Texas, de l’Oklohama, du Kansas, du Missouri et de d’Arkansas, que Randall Stephenson commença sa carrière et gravit les échelons jusqu’à en devenir le directeur d’exploitation en 2004. L’année suivante, SBT (devenue SBC Communications entre-temps) retrouve ses racines  et acquiert son ancienne maison-mère AT&T dont elle reprend le nom. Stephenson s’occupe alors de l’exploitation des lignes fixes et sans fils jusqu’en 2007, date à laquelle il devient le PDG de la firme.

Randall Stephenson (B. Humphreys)

Pour Stephenson, les télécoms ne pouvaient plus être la seule occupation de la firme. Avec l’expansion des smartphones et leur utilisation intensive de la vidéo,  il n’est plus seulement nécessaire de contrôler les canaux, il faut également avoir la main sur les contenus. S’ensuivit deux acquisitions d’importance, l’opérateur de télévision par câble et satellite DirecTV pour 67 milliards de dollars et surtout le géant du divertissement Time Warner (et ses affiliés CNN, HBO, TNT, Cartoon Network, DC Comics) pour la modique somme de 109 milliards.

L’opération fait d’AT&T l’entreprise non financière américaine la plus endettée. Une stratégie qui n’a été du goût ni du département de la justice américaine (qui y voyait une violation de la loi antitrust), ni du fond d’investissement Elliott Management. Bien que ne possédant qu’un pour cent d’AT&T, Elliott Management s’est fendu d’une lettre assassine l’été dernier, étrillant la direction de Stephenson et se demandant s’il y avait une justification suffisante au fait de posséder Time Warner. Une attaque qui, dès le lendemain, avait fait perdre 12 milliards de dollars de valeur à l’entreprise en Bourse.

John Stankey en 2018 (A. Harrer/Bloomberg)

On comprend dès lors l’urgence pour le conseil d’administration de trouver un successeur à Stephenson. Ce sera finalement John Stankey. Ce californien de 57 ans a commencé sa carrière dans les télécoms au sein de Pacific Bell, un autre rejeton du AT&T historique qui sera récupéré ensuite par SBC Communications. Stankey y occupera plusieurs postes de direction avant de devenir, en 2005, dans le nouvel AT&T reconfiguré, directeur de l’information. Il occupera ensuite successivement les postes de directeur technique (2008) et directeur de la stratégie (2012). À ce dernier titre, il sera l’exécutant de Stephenson dans ses plans d’acquisitions et sera d’ailleurs le maître d’œuvre de la fusion avec Time Warner. Il finira d’ailleurs par obtenir la direction de la nouvelle unité Warner Medias qui en résulte.

C’est sous son autorité qu’est mise en chantier la création d’HBO  Max,  la plate-forme de streaming censée concurrencer Netflix et Disney+. Son lancement, maintes fois reporté, est maintenant prévu pour le 27 mai prochain aux USA – et l’année prochaine en France. Fin 2019, Stankey était nommé directeur d’exploitation d’AT&T, devenant de fait le dauphin de Stephenson, tout en continuant d’assumer la présidence de Warner Medias. Début avril 2020, il laissait finalement cette dernière fonction à Jason Kilar, avant donc de se voir élire nouveau PDG d’AT&T à partir du 1er juillet prochain.

Si le conseil d’administration s’est donc empressé d’évacuer Stephenson pour faire amende honorable aux yeux des marchés, ils ont tout de même conforté sa stratégie en nommant une des chevilles ouvrières de cette intégration verticale. La très bonne connaissance des rouages de la société par Stankey a été un atout majeur qu’Elliott Management a bien dû reconnaître. Pour faciliter la passation de pouvoir, Stephenson  reste président du conseil d’administration jusqu’au 1er janvier 2021.

AT&T n’est pas le seul grand groupe de mass media à connaître un changement de direction puisqu’en début d’année, c’est Disney qui a vu Bob Iger laisser la place à Bob Chapek, même si Iger a repris les rênes pour affronter la crise du COVID-19.

Source : Wikipedia, Fortune

 

 

 

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