C'est un grand monsieur de la BD populaire qui vient de nous quitter. Le papa graphique de Rahan a rejoint le pays des ombres.

André Chéret est né le 27 juin 1937, à  Paris, rue Montorgueil. En 1942, l'Occupation pousse la famille à placer André et ses sœurs dans une petit village de l'Allier. Il ne sait ni lire, ni écrire, mais il dessine. Les gens, la nature, les animaux... Une passion qui ne le quittera plus. De retour à Paris, il se trouve exposé aux illustrés de l'époque (Tarzan, Fillette...) et à leurs dessinateurs (Burne Hogarth, René Pellos...). À 15 ans, il trouve du travail dans une imprimerie, puis exerce ses talents d'illustrateurs dans une société de publicité pour le cinéma et pour diverses revues féminines comme Nous Deux ou Intimités. Il frappe à la porte des Éditions Vaillants où travaille comme rédacteur Roger Lécureux. Celui-ci lui montre des planches de Poïvet (avec qui il anime les Pionners de l'Espérance) et lui demande de revenir quand il aura le même niveau.

En 1958, il part faire son service militaire à Baden-Baden où il livre des dessins pour la Revue des Forces  Françaises. À cette occasion, il croise Pierre Koerning et Jean Giraud (futur Moebius). Les trois compères profitent de leurs permissions pour démarcher du travail auprès des maisons d'éditions parisiennes. Koerning et Chéret placent des bandes chez Fleurus, notamment pour les revues Fripounet et Cœurs Vaillants. Dans cette dernière revue, qui devient J2 Jeunes en cours de route, il anime la série d'aviation "Karl". En 1961, Chéret revient à la vie civile et parvient à entrer chez Vaillant. Il hérite d'une autre série de pilote, "Bob Mallard", publié dans le journal éponyme de l'éditeur. Chéret travaille également pour L'Avant-Garde, une autre revue affiliée au Mouvement des Jeunes Communistes de France.

Bob Mallard (Pif Gadget #9, 1969)

Il travaille également pour le magazine de faits divers Radar où il rencontre Angelo DiMarco, illustrateur vedette du genre. DiMarco pensera à son ami Chéret lorsqu'il s'agira de reprendre derrière lui "Monica, hôtesse de l'air" dans le journal féminin Mireille des éditions Mondiales ou encore "Rock l'invincible" (Wulf the Briton), la continuation d'une bande d'origine anglaise publiée aussi dans Mireille. La collaboration avec Mondiales tournera cependant court lorsque Chéret donne à un brigand l'apparence – sans l'avoir jamais vu – de Cino Del Duca, le patron de la maison d'édition, qui le prend assez mal. Par le biais de Mondial Presse, une succursale de Del Duca, il a tout de même le temps de réaliser des bandes pour la presse quotidienne, dont notamment un "Sherlock Holmes" pour le journal La Voix du Nord. En 1966, il signe la centaine de pages d'une adaptation BD du feuilleton "Vidocq" dans le n°1 de Télé  feuilleton, un poche de la SFPI.

En février 1969 sort le premier numéro de Pif Gadget, qui remplace Vaillant. Dans ce numéro inaugural, les lecteurs découvrent les débuts de "Rahan", personnage préhistorique mais humaniste que Lécureux et Chéret ont créé ensemble. Chéret a dû abandonner "Bob Mallard", mais il ne le regrettera pas tant le succès est immédiat. Rahan devient la star du journal, amenant même la création d'une revue à son nom à partir de 1972. La demande est telle qu'aux yeux de Vaillant, Chéret ne fournit pas suffisamment de planches. L'éditeur en confie au dessinateur Guido Zamperoni dans le dos de Chéret. Alors que Chéret tente de monter un studio pour pallier à la forte demande, bis repetita avec le dessinateur espagnol Romero. Chéret n'apprécie définitivement pas la manœuvre et encore moins lorsqu'on lui refuse une avance sur ses droits d'auteurs sous le prétexte qu'il n'est qu'un exécutant et pas le véritable créateur de Rahan. Le dessinateur se lance alors dans des poursuites judiciaires contre Vaillant pour faire reconnaître – avec succès – ses droits.

Malgré la réussite de Rahan, Chéret cherche à se diversifier. En 1973, il lance ainsi une autre série, dans le magazine Tintin cette fois. Avec "Domino", il s'attaque à la période de la Régence en collaboration avec le scénariste Greg d'abord, puis Jean Van Hamme. En 1974, il rencontre Chantal, qui deviendra son épouse et sa coloriste attitrée. Ils auront une fille, Corinne.

Viendront également d'autres projets ponctuels en complément de Rahan. Il produisit ainsi "Anaël aux yeux d'or" pour l'éphémère magazine Les Visiteurs du mercredi (avec Sacha), les aventures de "Michel Brazier" pour le Journal de Spirou (avec Jean-Michel Charlier), un album consacré à Gavroche (avec Jean Ollivier), des planches pour L'Encyclopédie en Bandes Dessinées chez Philippe Auzou et une biographie de Yannick Noah (avec Claude Gendrot).

À la fin des années 80, Rahan est adapté en série d'animation. Mais en 1993, Pif Gadget s'arrête, laissant Rahan orphelin de son support périodique. Néanmoins, il peut compter sur Soleil qui publie une collection intégrale. En 1999, le fils de Roger Lécureux, Jean-François, monte les Éditions Lécureux afin de publier du matériel inédit. Son père meurt cependant la même année. Malgré tout, Chéret et Lécureux fils continueront la série à raison d'un album par an jusqu'en 2010.

En parallèle,  il fut un collaborateur régulier de Judo Magazine où il signa le strip "Kyu !".  Il publia également chez Joker deux albums de Ly Noock, un personnage composé avec le scénariste Michel Rodrigue. Chez Bamboo, il adapte en BD le documentaire de Jacques Malaterre, Le Sacre de l'Homme, avant d'illustrer pour la collection Grand Angle du même éditeur, Le dernier des Mohégans, sur scénario de Pierre-François Mourier. Alors que le scénariste Christian Godard écrit une suite aux aventures de Michel Brazier, Chéret abandonne le projet et met un terme à sa carrière, rattrapé par la maladie.

En 2017, Chantal décède. Il quitte son village de La- Ferté-Saint-Cyr qu'il habitait depuis trente ans pour la région parisienne. Il y est décédé le 5 mars 2020. Ces cendres rejoindront cependant celles de son épouse à La-Ferté dont il fut un temps conseiller municipal et dont l'école porte le nom de Rahan.

Chantal et André Chéret

Avec Rahan, André Chéret a montré l'étendue de son immense talent. Il est un de ces dessinateurs français qui a parfaitement su intégré les techniques des dessinateurs américains : le dynamisme des anatomies, la science des cadrages... Les lecteurs ne s'y sont pas trompés et, au fil des générations, le fils des âges farouches a conquis des milliers de fans.  Au début de l'année,  les éditions Hachette ont d'ailleurs commencé une collection intégrale,  prouvant que le personnage est encore particulièrement populaire. À raison.

 

 

Sources : WikipediaBD Zoom, Fantasleria

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