American Gods

Après plus d’un an d’attente, l’adaptation en comic book d’American Gods, chef d’œuvre de littérature britannique signé Neil Gaiman, sort en France. Ce premier tome regroupe donc les huit numéros de l’arc publié aux États-Unis sous le titre « Shadow », sachant que les deux autres « My Ainsel » et « The Moment of the Storm » n’ont pas encore été annoncés.

L’histoire avait déjà trouvé son chemin jusqu’au petit écran chez Amazon l’année dernière, mais après une première saison assez déconcertante et égarée, l’émission a pris du retard, si bien qu’on ne sait toujours pas avec précision quand la saison 2 démarrera. Heureusement, en attendant, les inconditionnels de cette œuvre littéraire vont pouvoir se pencher sur la version illustrée.

Si vous l’ignorez encore, l’histoire va vous paraître déroutante, puisqu’il s’agit d’une guerre entre les anciennes divinités (soit les dieux tels qu’on les connaît tous) et les « nouvelles », celles qui ont su, au fil des ans, accaparer l’esprit des hommes : la télévision, les médias, internet, etc. Si le pitch est assez farfelu, force est de reconnaître qu’il fonctionne du feu de dieu (pardonnez-moi l’expression). À sa sortie de prison, le personnage principal, Ombre, fait ainsi la rencontre de Voyageur, un homme des plus mystérieux qui lui offre un travail. Si les négociations sont dures, les chemins des deux personnages vont rapidement se rejoindre et emmener Ombre dans un voyage initiatique délirant.

Porté au scénario par P. Craig Russel (qui a déjà adapté plusieurs œuvres de Neil Gaiman telles que Coraline, L’étrange vie de Nobody Owens ou Les Mystères du Meurtre), les comics se rapprochent nettement plus de l’œuvre originale que la série télé (au grand plaisir des fans). Neil Gaiman se trouve tout de même derrière toutes les étapes de création de cette adaptation et assure un travail de qualité. On redécouvre ainsi l’œuvre de Gaiman au détail près (selon mes souvenirs déjà trop lointains), et c’est un véritable plaisir. Il faut cependant s’attendre à un livre très verbeux, à des années lumières de la définition péjorative et malheureusement trop souvent répandue selon laquelle les comics sont des « livres à images » destinés aux petits et grands enfants.

American Gods

Bien que très réalistes et tout à fait correct, ce n’est pas pour les dessins de Scott Hampton que vous ferez cet achat. On y décèle parfois quelques faiblesses, et c’est bien dommage. Et si les couleurs sont tout à fait correctes, l’utilisation trop importante d’encre noire a des effets néfastes sur l’impression et aura le malheur de ruiner quelques pages (en tout cas, celle-ci a eu le malheur d’en ruiner sur mon édition).

Mais ce qu’il faut retenir de cette édition, en tout cas, c’est le plaisir qu’on a de retrouver les personnages mythologiques de Gaiman : Czernobog, Zorya et ses deux sœurs (je ne vais même pas me risquer à écrire leurs noms), Jaquel, Ibis et al. Ce n’est pas un comics que l’on dévore pour l’action puisqu’il n’y en a pour ainsi dire pas du tout (en tout cas dans ce tome) mais plus pour sa narration très adulte (qui rappelle un peu les écrits de Stephen King), le sens caché derrière chaque scène et sa critique de la société actuelle. C’est une œuvre très cultivée qui s’est déjà imposée comme un classique en 2001 et qui, je l’espère, ne manquera pas de marquer les esprits dans sa version illustrée.

American Gods

Pour l’occasion, Urban Comics a mis les petits plats dans les grands en l’intégrant à sa nouvelle collection Urban Graphic (qui compte déjà plusieurs titres tels que le fameux A.D. After Death, Petrograd ou C’est un oiseau) qui en fait un véritable livre de luxe, et en le dotant d’une couverture signée de main de maître par le grand David Mack. La traduction de l’ouvrage est assurée par Michel Pagel et le lettrage par Moscow * Eye.

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