Une maison hantée, un groupe de punk rock et des adolescents dans la Californie des années 90 ! Avec Home Sick Pilots, on aurait pu penser que Dan Watters et Caspar Wijngaard nous proposeraient une histoire d’horreur assez classique. C’était sans compter sur l’imagination du duo, qui transforme rapidement le récit en une improbable histoire de mechas contrôlés par des fantômes.

Surprenant et original aussi bien dans son intrigue que dans ses dessins, Home Sick Pilots est en tout cas beaucoup plus malin qu’il n’en a l’air.

Sommaire

Bienvenue dans les années 90

En toute honnêteté, je partais plutôt confiant : Home Sick Pilots réunit en effet deux de mes petits chouchous du moment : le scénariste Dan Watters (que j’avais beaucoup aimé sur Batman: Dark Patterns) et le dessinateur Caspar Wijngaard, dont j’adore le travail sur The Power Fantasy. Autant dire que les retrouver ensemble sur une série complète de quinze numéros avait largement de quoi attirer mon attention.

Initialement publiée chez Image Comics entre 2020 et 2022, Home Sick Pilots nous ramène en 1994 et s’intéresse à Ami, Buzz et Rip, trois adolescents membres d’un groupe de punk rock. Alors qu’ils cherchent un endroit original pour organiser un concert, Ami décide d’explorer une maison soi-disant hantée. Et c’est plutôt une mauvaise idée. La maison est de fait habitée par des fantômes et la petite virée va rapidement tourner au carnage. Surtout lorsqu’un autre groupe de rock concurrent vient chercher la bagarre.

Ami se retrouve alors prisonnière de la demeure et découvre que plusieurs esprits liés à celle-ci ont disparu. Au fil des pages, la jeune fille devient ainsi une sorte de bras armé de la maison et part à la recherche de ces derniers.

On aurait pu penser à une sorte de House of Secrets, un comics Vertigo des années 90 parlant lui aussi de maison hantée, et pourtant, une fois les fantômes ramenés dans la maison au bout de cinq numéros, Home Sick Pilots prend une autre tournure, très originale. Et c’est probablement l’une des principales qualités de Home Sick Pilots. Dan Watters et Caspar Wijngaard prennent un malin plaisir à faire exploser les attentes du lecteur en faisant évoluer ce récit fantastique d’une manière plutôt inattendue. Au sixième numéro, Ami prend en effet le contrôle de la maison. Et ce n’est pas une métaphore : la demeure se transforme littéralement en une gigantesque structure animée par les esprits. Bienvenue dans un monde de mechas !

Première page de Home Sick Pilots, éditée chez Urban Comics.

Evangelion avec des fantômes

À partir de là, le récit part complètement ailleurs. Ami doit apprendre à contrôler cette gigantesque maison hantée tandis que l’armée américaine comprend rapidement tout l’intérêt d’une technologie permettant à des fantômes d’animer d’immenses structures. Et nous voilà donc en quelques pages avec des adolescents qui pilotent des sortes de mechas alimentés par les morts et qui doivent apprendre à maîtriser leurs pouvoirs avant de s’affronter. Ça pourrait limite faire penser à Evangelion, qui est une influence que Caspar Wijngaard reconnaît lui-même en interview !

C’est complètement inattendu, parfois assez délirant, mais ça fonctionne plutôt bien. Surtout parce que Home Sick Pilots ne se contente jamais d’empiler les idées pour le plaisir d’en mettre plein la vue.

Seconde page de Home Sick Pilots, dessinée par Caspar Wijngaard.

Un récit à plusieurs niveaux de lecture

On connaît bien Dan Watters, et c’est sans surprise que ce dernier ne peut s’empêcher de glisser dans Home Sick Pilots un véritable discours social et politique. Par exemple, lorsque l’armée cherche des esprits suffisamment puissants pour alimenter ses propres armes, elle va notamment exploiter les fantômes des victimes des essais nucléaires américains dans le désert du Nevada. Derrière les maisons géantes qui se mettent des coups de poing se dessine donc progressivement une réflexion sur les traumatismes de l’histoire américaine, l’armée et la manière dont le pouvoir récupère jusqu’aux morts pour fabriquer de nouvelles armes.

Mais on peut y voir aussi un autre discours, qui serait quasiment l’antithèse du comic book Deadly Class de Rick Remender et Wes Craig. En effet, dans Home Sick Pilots, Watters s’intéresse également à la musique et au mouvement punk et à ce qu’il représente encore trente ans plus tard. Que reste-t-il de la rébellion lorsque ceux qui incarnaient autrefois la contestation ont vieilli, réussi et se sont eux-mêmes embourgeoisés ? Que signifie encore être punk lorsque la rébellion devient à son tour une posture ou un produit ? C’est vraiment une parabole très intéressante sur le fait que l’argent ou le pouvoir prennent systématiquement le pas sur l’esprit rebelle, qui ne dure qu’un temps. Ici, celui de l’adolescence.

Graphiquement impeccable

Graphiquement, Caspar Wijngaard livre une prestation de haute volée. Ce n’est probablement pas le dessinateur le plus détaillé de l’histoire des comics, mais il fait largement le travail. Et surtout, il cherche constamment des manières intéressantes de raconter son histoire. Certaines pages sont presque entièrement noires et trouvent pourtant parfaitement leur place dans le récit. Wijngaard privilégie l’originalité de la narration dès qu’il le peut ! On peut notamment penser à cette double page autour de deux groupes qui pénètrent simultanément dans la même maison par des directions opposées. Plutôt que de proposer une progression linéaire, Wijngaard joue avec la disposition des cases de la maison afin de raconter les deux progressions en parallèle. C’est tout simplement brillant ! L’univers de Home Sick Pilots possède une véritable identité visuelle et l’on ne peut que s’en réjouir !

Fantômes et mecha dans cette planche extraite de Home Sick Pilots chez Urban Comics.

Les quinze numéros de Home Sick Pilots constituent ainsi une histoire cohérente et surtout beaucoup plus originale que ce que son point de départ pouvait laisser imaginer. Un récit complet réussi et qui devrait hanter les étagères de votre bibliothèque durant un bon moment !

Où se procurer Home Sick Pilots ?

Home Sick Pilots, de Dan Watters et Caspar Wijngaard, est publié en France chez Urban Comics dans la collection Urban Indies. Cette édition complète de 408 pages réunit les quinze numéros de la série initialement publiée chez Image Comics.

L’album est proposé au prix de 36,50 €. Vous pouvez le commander via le lien ci-dessous ou le retrouver chez votre libraire.

Couverture de Home Sick Pilots de Dan Watters et Caspar Wijngaard chez Urban Comics.
Découvrir Home Sick Pilots chez Urban Comics

Ce qu’il faut retenir (FAQ)

De quoi parle Home Sick Pilots ?
Le comics suit Ami, Buzz et Rip, trois adolescents membres d’un groupe de punk rock dans la Californie de 1994. Une maison hantée, des fantômes et, rapidement, d’immenses mechas viennent sérieusement compliquer les choses.

Home Sick Pilots est-il un récit complet ?
Oui. L’édition française réunit les quinze numéros de la série publiée à l’origine par Image Comics entre 2020 et 2022.

Qui sont les auteurs de Home Sick Pilots ?
Le scénario est signé Dan Watters et les dessins sont réalisés par Caspar Wijngaard, qui avaient déjà travaillé ensemble sur Limbo.

Quelle édition de Home Sick Pilots est disponible en France ?
Le récit complet est publié en France par Urban Comics dans la collection Urban Indies. L’album compte 408 pages et est proposé au prix de 36,50 €.

 

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