Steven Spielberg a-t-il encore des choses à dire ? C’est ce que l’on pourrait se demander avec la sortie de Disclosure Day, son nouveau film consacré à la vie extraterrestre. Un sujet qu’il a largement poncé au cours de sa carrière, que ce soit au travers de Rencontres du troisième type, d’E.T. l’extra-terrestre ou encore de La Guerre des mondes. Mais si le Spielberg actuel semble vouloir revisiter sa filmographie, et son enfance par la même occasion, par un jeu d’autocitation, il reste malgré tout un cinéaste de son temps, et peut-être bien plus vénère qu’il n’y paraît.
Attention, cette critique revient sur plusieurs éléments de l’intrigue de Disclosure Day.
Sommaire
- Les OVNI, une obsession enfantine chez Steven Spielberg
- Un feel good movie caché sous un blockbuster estival ?
- La vérité n’est pas ailleurs
- Où trouver les informations officielles sur Disclosure Day ?
- Ce qu’il faut retenir de Disclosure Day
Les OVNI, une obsession enfantine chez Steven Spielberg
Lorsque le jeune adolescent Steven Spielberg décide de réaliser son premier long-métrage avec l’argent de sa famille et l’aide de ses voisins et camarades d’école, il met en boîte Firelight (1964), un film de plus de deux heures sur des phénomènes lumineux dans le ciel qui s’avéreront être des vaisseaux spatiaux. Dire que les OVNI et la vie extraterrestre sont de grandes obsessions de Spielberg est donc un doux euphémisme. On l’a dit, il a traité le sujet de manière frontale dans des films devenus cultes (Rencontres du troisième type, E.T. l’extra-terrestre et La Guerre des mondes), mais aussi, on l’oublie parfois, dans la mini-série télévisée de 2002 qu’il a produite, Disparition (Taken) et, de manière détournée, dans le final d’A.I. Intelligence artificielle (2001).
Avec Disclosure Day, il revient à nouveau sur cette passion pour l’ufologie, l’étude de ce que l’on appelle communément les OVNI, et la possibilité d’une vie extraterrestre intelligente qui viendrait nous visiter. Le film débute avec Daniel Kellner (Josh O’Connor), informaticien de génie, qui tente de récupérer sa petite amie, Jane (Eve Hewson), kidnappée par les hommes de Wardex, une agence de sécurité privée dirigée par Noah Scanlon (Colin Firth). Ceux-ci veulent récupérer toutes les données – et un mystérieux artefact – que Kellner leur a dérobés. Celui-ci parvient à libérer sa petite amie et à échapper à ses poursuivants, mais il doit expliquer à Jane ce qui se passe. Il a volé soixante-dix ans d’archives concernant la découverte, puis la capture et l’exploitation d’extraterrestres par le gouvernement américain via Wardex.
Daniel lui explique qu’il a volé toutes ces informations avec la ferme intention de les dévoiler au public. Jane, qui a failli entrer dans les ordres, prend ce projet comme une attaque contre la foi, alors que le monde est plongé dans une nouvelle crise internationale de grande ampleur. En parallèle, nous suivons Margaret Fairchild (Emily Blunt, absolument géniale), une présentatrice météo d’une station télé locale, qui se met à baragouiner un dialecte étrange en plein direct. Elle se rend bientôt compte qu’elle peut lire les pensées des gens et qu’elle doit absolument rejoindre Kellner. Elle devient ainsi la cible de Scanlon, mais aussi l’objet de l’intérêt d’Hugo Wakefield (Colman Domingo). Celui-ci semble beaucoup en savoir et tente d’aider à la fois Kellner et Fairchild.

Au fil de l’intrigue et de la course-poursuite qui s’engage, Spielberg ne nous épargnera que peu des tropes qu’il a lui-même contribué à forger au travers de Rencontres du troisième type ou bien d’E.T. l’extra-terrestre : langue étrange, fusion télépathique, cercle de culture, abduction/enlèvement…
Il met en scène tout un folklore très moderne, dont la série X-Files est sans doute le syncrétisme le plus connu, et prend finalement le mot “folklore” au pied de la lettre puisqu’au fur et à mesure que l’on apprend ce qui est arrivé aux personnages dans leur enfance, c’est littéralement aux contes de fées qu’il fait appel. La Belle au bois dormant, Hansel & Gretel surgissent au détour d’un souvenir de Margaret Fairchild. OVNI, conte de fées, Spielberg renvoie finalement deux traditions fictionnelles dos à dos, mais toujours à travers le prisme de l’enfance, si chère à son cœur.
Tout cela fait bien évidemment penser à Rencontres… et E.T. pour les OVNIs et à Hook ou A.I. pour les contes de fées. Et qu’une scène d’action mette en scène un train et une voiture ne surprendra aucun des spectateurs ayant vu The Fabelmans. Spielberg s’autorise donc un jeu de références assez réjouissant pour qui suit son cinéma. Mais qui pose une question lancinante : ce jeu d’autocitation est-il volontaire ? Sachant que Spielberg est quand même indépassable quand il s’agit de compréhension de l’image, la seule réponse possible est bien sûr oui. Mais alors, que veut-il nous dire ?

Un feel good movie caché sous un blockbuster estival ?
Comme à son habitude, Spielberg signe un film quasiment non violent et pétri de bonnes intentions. Mais attention. Pour Spielberg, il ne s’agit pas d’une certaine bonne conscience hypocrite et cucul-la-praline comme on en a l’habitude à Hollywood, mais bien d’une démarche militante. Spielberg s’efforce de mettre cinématographiquement en œuvre et en scène sa philosophie de vie fondée sur le respect et la compréhension de l’autre. Cela passe d’abord par une féminisation de son cinéma. The Fabelmans l’avait laissé deviner avec le personnage solaire de la mère, Disclosure Day vient enfoncer le clou : Spielberg tourne le dos à un cinéma qui avait été essentiellement masculin pendant une grande majorité de sa carrière pour mettre en avant des personnages féminins porteurs d’émotions, mais aussi de ce petit grain de folie qui permet à l’imaginaire de faire sa place.
Plus traditionnelle, l’utilisation des armes à feu est aussi extrêmement limitée, réservée aux personnages les plus antipathiques qui eux-mêmes ne meurent pas puisqu’on prend soin de les sauver des roues d’un camion de pompier. Les héros, eux, vont s’efforcer de s’en sortir par la ruse, la bonne volonté et l’empathie.
C’est là que se situe sans doute le point le plus problématique du film. Si la volonté de Spielberg de contourner les figures violentes du cinéma hollywoodien est absolument louable, et même nécessaire, l’écriture des scènes d’action s’avère absolument catastrophique. Les personnages agissent de façon complètement crétine dans 70% des cas, les autres 30% étant dus à une bonne étoile particulièrement active. Et heureusement pour ces héros qui agissent en dépit du bon sens, les méchants agents de la sécurité, censés protéger la plus occulte des organisations, sont eux aussi de parfaits incompétents, laissant filer leurs cibles par leur manque de précision au tir, leur naïveté confondante ou en laissant des trous comme ça dans les dispositifs d’encerclement. Bref, avec un tel niveau de nullité, on se demande comment le plus grand secret de tous les temps a pu tenir depuis 1947.

La vérité n’est pas ailleurs
Et c’est bien dommage, car ce manque de crédibilité – et le côté magique de la technologie alien, avec cet artefact/commande qui sert de baguette magique à tout faire sans que rien ne soit vraiment expliqué – nuit gravement à l’objectif premier du film, celui de dépeindre ce que pourrait être une véritable révélation de la vie extraterrestre. Dans cette optique, reconnaissons que le film est plutôt bien foutu dans sa première et sa dernière demi-heure. Quand, en fait, Spielberg nous épargne la course-poursuite entre les deux ! Dans ces moments-là, la façon que Spielberg a de décrire la fonction des journalistes et des médias est toujours aussi efficace. Là aussi, les spectateurs connaisseurs seront en terrain connu et reconnaîtront la patte du réalisateur de Pentagon Papers.
Quel dommage aussi qu’il faille qu’on nous tartine de la spiritualité et de la religion dans l’affaire. Même s’il est évident que la foi est un pan essentiel de l’humanité, et une part intrinsèque de la façon de faire du cinéma, ce qui ne peut que parler à Spielberg, la bondieuserie du personnage de Jane est parfaitement crispante. D’autant qu’elle est renversée et évacuée par une simple discussion d’une grande platitude avec une bonne sœur.

Finalement, Spielberg n’essaie, au contraire, que de nous donner foi en nous-mêmes, en livrant un message humaniste qui s’oppose au discours conservateur du personnage de Colin Firth. Sa confrontation avec Hugo Wakefield est d’ailleurs le nœud du film, celui où Spielberg raccroche son conte de fées enfantin à la réalité contemporaine. Au désir de croire, de ressentir, de savoir que défend Wakefield, Scanlon oppose une certaine vision du monde, faite de méfiance, d’opposition, mais surtout de conservatisme, d’envie de garder ses intérêts et le monde tels qu’ils sont.
Pour Spielberg, il n’y a pas d’ambiguïté. La vérité est une richesse qui appartient à tous et non pas à une petite élite appointée, trop heureuse de son sort et prête à toutes les bassesses et les manipulations pour conserver sa supériorité. Et le gentil Spielberg de se transformer d’un coup en véritable anticapitaliste ! Et dans un monde post-vérité où tout, et même le pire, peut paraître véridique et logique pour peu que les hommes de pouvoir tirent les bonnes ficelles de la communication, le réalisateur veut continuer à croire que l’être humain est toujours prêt à discerner le vrai du faux, le bien du mal. Un vrai anarcho-punk, ce Stevie !

Disclosure Day est à la fois un thriller parano et un conte de fées fantastique où Spielberg démontre qu’il est toujours l’un des meilleurs metteurs en scène et narrateurs de la place, mais derrière le formidable conteur se cache aussi un réalisateur engagé qui se livre ni plus ni moins à une critique acerbe de notre monde moderne capitaliste, ultra-libéral et ultra-technologique.
Où trouver les informations officielles sur Disclosure Day ?
Les informations officielles sur le film, les bandes-annonces et les séances sont disponibles sur la page dédiée de Universal Pictures France.
Ce qu’il faut retenir de Disclosure Day
Disclosure Day est-il un bon film de Steven Spielberg ?
Oui, mais pas sans réserves. Le film confirme que Steven Spielberg reste un formidable metteur en scène et un conteur d’une efficacité redoutable, mais ses scènes d’action souffrent d’une écriture beaucoup trop approximative.
De quoi parle Disclosure Day ?
Disclosure Day raconte la fuite en avant de Daniel Kellner, un informaticien qui veut révéler au monde des décennies de secrets liés à la vie extraterrestre, tandis que Margaret Fairchild, une présentatrice météo, découvre qu’elle est liée à ces événements d’une manière beaucoup plus intime.
Disclosure Day est-il lié à Rencontres du troisième type ou E.T. ?
Non, il ne s’agit pas d’une suite officielle. En revanche, le film dialogue clairement avec plusieurs obsessions de Spielberg, notamment les OVNI, l’enfance, le merveilleux, la communication avec l’inconnu et la possibilité d’une rencontre avec une intelligence extraterrestre.
Le film est-il violent ?
Très peu. Spielberg contourne largement la violence frontale et réserve les armes aux personnages les plus antipathiques. Les héros, eux, s’en sortent davantage par la ruse, l’empathie et la bonne volonté.
Quel est le principal défaut de Disclosure Day ?
Le plus gros problème du film vient de ses scènes d’action, souvent peu crédibles. Les personnages prennent régulièrement de mauvaises décisions et les agents censés protéger le plus grand secret de l’histoire se montrent étonnamment incompétents.
Quel est le vrai sujet de Disclosure Day ?
Derrière le thriller extraterrestre, le film parle surtout de vérité, de pouvoir, de manipulation et de confiance collective. Spielberg oppose une vision conservatrice et verrouillée du monde à une croyance presque punk dans le droit de chacun à connaître la vérité.




