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Nous avons posé trois questions à Denis Bajram, célèbre auteur d’Universal War One, qui vient juste d’illustrer l’affiche du festival Geekorama.

Denis, peux-tu nous raconter la genèse de cette affiche pour Geekorama ? C’était une commande avec un demande précise, ou tu avais carte blanche ?

Geekorama est un tout nouveau festival, mais organisé par une équipe qui a déjà acquis une sérieuse expérience avec une manifestation geek qu’ils organisent dans une petite commune du coin. Je les ai rencontrés via mon excellent confrère Mathieu Bablet qui se rendait là-bas. Bref, quand ils ont pensé faire quelque chose de plus gros à Bayeux, ils ont naturellement été chercher le local de l’étape. J’ai beaucoup aimé leur autre manifestation, je leur ai donc dit oui tout de suite. Je leur ai même offert de faire gratuitement ce travail sur l’affiche, car je sais à quel point c’est difficile de financer un nouveau festival. Mais que mes collègues se rassurent, je leur aussi bien précisé qu’ils devraient payer leurs affiches dans l’avenir !

Il n’y avait donc pas d’impératif, je pense qu’ils n’auraient pas osé se montrer trop exigeants après ça. Mais il me paraissait évident qu’il fallait pour cette première édition travailler au corps en premier le public local. Nous avons la chance d’avoir ici une des plus vieille bande dessinée du monde avec la Tapisserie de Bayeux. Cette grande geste médiévale en image raconte la conquête du royaume d’Angleterre par les Normands en 1066. L’idée de la mettre en confrontation avec une invasion geek d’aujourd’hui m’a tout de suite paru la bonne idée. Et puis on a la chance que la Tapisserie de Bayeux, parfaite en terme de communication locale, soit aussi connue dans le monde entier. Donc parler au gens d’ici c’était finalement parler au monde. Urbi et orbi, rien que ça !

Geekorama, affiche de Denis Bajram

De tous les personnages présents sur cette illustration, lequel t’a le plus marqué ?

Ça a été difficile de choisir quels personnages “geek” allaient incarner cet esprit. Surtout qu’il fallait un peu représenter toutes les pratiques et pays de la culture geek.

J’ai adoré m’attaquer à Goldorak, c’est un fétiche pour moi, car les premières bandes dessinées de vingt pages que j’ai dessinées dans mon coin à dix ans étaient des histoires de Goldorak. Monsieur Gō Nagai, si vous nous lisez, je vous dessine un album de Goldorak dès que vous voulez !

Le Mario paraissait indispensable, c’est le clin d’œil obligatoire à mon Universal War One. Le Lapin Crétin, ce fut du pur bonheur, c’est aussi drôle à dessiner qu’à regarder. Et Dark Vador, ça marche à tous les coups.

J’en ai plus bavé sur Pikachu, pas facile de le transposer dans une représentation plus réaliste que de coutume. Spider-Man, lui, est un personnage qui ne m’a jamais beaucoup plu parmi les super-héros, mais le fait qu’il se balance au bout de sa toile en haut de l’image m’aidait bien pour la composition. En fait j’ai pris plus de plaisir à le dessiner que je ne l’aurais imaginé, malgré ce costume à toile d’araignée noire pénible à faire.

La vraie inquiétude, c’était le nain Gimli. Je n’aime pas trop les représentations visuelles classiques du Seigneur des anneaux, mais en plus je sais que pas mal de fans d’héroic fantasy ont une petite tendance à couper les runes elfiques en quatre, donc il fallait que je respecte le costume et la hache à la lettre. À l’arrivée, il est plus dynamique que je ne l’aurais imaginé, et après avoir bien râlé, j’avoue que j’ai bien aimé le dessiner.

Qu’est-ce qui est le plus marrant à dessiner : une affiche de festival ou une couverture d’album BD ?

Les deux sont des exercices très différents de ce que je fais habituellement, c’est-à-dire de la bande dessinée, de la narration séquentielle en images. Déjà c’est une image isolée, unique. Mais en plus, la couverture d’un album de BD doit à la fois totalement respecter ce qu’on y raconte et assumer qu’elle en est le packaging ainsi que la principale publicité sur le lieu de vente et dans les médias. Comment être évident sans tomber dans le cliché ? Comme séduire sans vendre n’importe comment des salades ? Comment être direct sans trahir toute la finesse qu’on a essayée de mettre dans ses albums ? C’est un exercice très complexe que j’adore, pour mes propres albums, mais aussi en tant que directeur artistique pour mes confrères.

Une affiche de festival, c’est par beaucoup de côté plus facile. Je me mets totalement au service de la manifestation qui me la demande. C’est un pur exercice de communication. Quand c’est pour un festival aussi important que les Utopiales à Nantes, je pense communication nationale, visibilité globale, recrutement de nouveaux publics etc. Quand c’est pour un petit festival local, je pense à aller chercher les gens du coin, à bien leur montrer que c’est chez eux que ça se passe. Être au service du client, réfléchir en terme de communication, c’est des choses que j’ai apprises à faire aux Arts déco de Paris. On pourrait penser que c’est chiant, mais c’est au contraire stimulant. De ces contraintes de communication, à moi d’en faire de belles images. “Kalos kagathos” comme disait l’idéal grec : essayer de faire à la fois beau et bon. Ce n’est pas à moi de dire si je réussis, mais au moins c’est très excitant d’essayer !

Merci pour tes réponses, Denis !

Pour en savoir plus :
Le site de Geekorama.
Le site de Denis Bajram.

Le festival Geekorama se déroule les 18 et 19 novembre 2017 à Bayeux (comme l’indique la tapisserie).