C’est l’heure. Trente-trois ans après la publication du comic-book culte d’Alan Moore et Dave Gibbons, la diffusion de la série Watchmen écrite et produite par Damon Lindelof a enfin démarré (sur HBO aux USA, et OCS en France). L’attente était presque aussi immense que la pression sur le créateur de The Leftovers ; pourtant, à en juger par le pilote, la série semble bien partie pour réussir ce pari.

 

Réappropriation du futur de l’univers Watchmen

Même si c’était annoncé comme tel, les premières minutes confirment qu’il ne s’agit pas du tout d’une adaptation. Plus tard, on comprend qu’il ne s’agit pas non plus d’une suite directe. Damon Lindelof a été suffisamment intelligent pour ne pas toucher au matériau de base. Il a plutôt choisi d’en faire une extension à partir de sa propre lecture de l’œuvre.

Comme le comic-book de Moore, Lindelof a choisi de se servir de moments sombres du passé des États-Unis que le pays de l’oncle Sam assume difficilement. Mais plutôt que la guerre du Vietnam, il est parti d’un autre terrible événement, bien moins connu, même par les Américains eux-mêmes : l’émeute raciale de Tusla, en Oklahoma en 1921. Puis, toujours comme le comic-book, la narration joue à révéler les conséquences dans le présent, un présent dans le monde de Watchmen. Évidemment, nous ne sommes plus en 1985, et cela donne à la série bien plus de marge de manœuvre encore.

Écho du passé, miroir d’aujourd’hui

Comme le comic-book, la série Watchmen est le miroir de notre société. Lindelof ne se contente pas de montrer du doigt la présidence américaine actuelle, mais pointe les dérives et excès de chacun. Les démocrates sont au gouvernement depuis près de trente ans, avec Robert Redford comme président qui enchaîne les mandats. Les forces de l’ordre sont extrêmement encadrées, au point de devoir demander une autorisation par radio pour pouvoir débloquer leur arme. En face, des suprémacistes blanc nommés la 7e Kavalerie terrorisent la population noire. Ils sont masqués – inspirés par ce qu’était… Rorschach – et s’en prennent également aux agents de police, obligeant ces derniers à porter eux aussi des masques, afin d’assurer à leur famille et eux-mêmes un minimum de sécurité via leur anonymat.

Un pari réussi

Intense, créatif, efficace, intelligent, plein de références sans que ce soit nécessaire pour comprendre l’intrigue, difficile de ne pas être conquis par ce pilote. On saluera également les prestations de Regina King en botteuse de fondement de fachos, et un Jeremy Iron prestigieux, ainsi que la musique du duo de The Social Network, Trent Reznor/Atticus Ross.

Nos attentes étaient hautes, on en attendait beaucoup. On a eu plus encore.

La première saison de Watchmen est actuellement diffusée sur HBO aux États-Unis et OCS en US+24 en France.

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