Le dessinateur Tom Lyle est décédé le 19 novembre dernier des suites d’un anévrisme. Il avait 66 ans. Il était connu pour son travail sur Robin et Spider-Man.

Né le 02 novembre 1953 à Jacksonville, en Floride, Thomas Jefferson Lyle découvre les comic-books à l’adolescence où il se passionne pour Marvel dont il collectionne les numéros d’X-Men, de Daredevil ou Spider-Man. Il lui faudra pourtant attendre l’âge  de 32 ans pour réellement percer dans le domaine, travaillant, en attendant, dans le dessin publicitaire. Il commencera sur de petits projets indépendants, créant Women from Outer Space Patrol dans l’unique numéro de Starmasters chez Americomics (partageant le sommaire avec un autre artiste appelé à faire une belle carrière, Paul Ryan). Il débarquera ensuite dans les publications d’Eclipse où il illustrera Sky Wolf et Strike!, souvent avec Chuck Dixon au scénario.

La série Strike ! parue chez Eclipse Comics (totaleclipse.blog)

Il intégrera ensuite DC Comics pour dessiner les 25 premiers épisodes de la série Starman, écrite par Roger Stern, ainsi que l’adaptation BD du film de Paul Verhoeven, Total Recall. Il s’essaiera aussi à l’écriture en plottant la série The Comet du label Impact. Accompagnant  Chuck Dixon, il fait un passage par le bureau éditorial de Batman, surtout dans Detective Comics où il co-créera Stephanie Brown, alias Spoiler. Surtout, il imprimera sa marque sur le nouveau Robin, Tim Drake, dont il signera les trois mini-séries, toujours avec Dixon, qui précéderont le lancement de sa série régulière solo. Ces mini-series aux multiples couvertures gadgets seront symptomatiques du marché de l’époque, mais lui assureront une notoriété qui le fera passer à la concurrence.

Extrait de Detective Comics #648 par Dixon, Lyle & Smith (DC Comics). Spoiler rentre dans la vie du troisième Robin.

Chez Marvel Comics, il prendra en charge les dessins de la série Spider-Man avec le scénariste Howard Mackie. Il arrive au moment où les séries Spider-Man se lancent dans la longue saga du Clone, qui le verra désigné le costume de Ben Reilly, le Scarlet Spider. Après une quinzaine d’épisodes, Lyle est poussé vers la sortie. On lui propose alors Punisher avec le scénariste John Ostrander, série qu’il apprécie peu, mais qu’il accepte dans l’espoir de se voir confier Daredevil, ce qui n’arrivera finalement pas. Il retouchera au scénario avec la mini-série Warlock. Il finira sur la série Mutant X, où il retrouve son compère Howard Mackie.

Extrait de Spider-Man Collectors’ Preview (Marvel Comics). Entre les différentes propositions de Mark Bagley et Tom Lyle, c’est celle de Lyle avec le t-shirt à capuche qui marquera finalement les lecteurs de l’époque.

Les offres d’emploi commencent alors à se faire rare. Son style propre et classique ne séduit plus le marché, hormis pour une mini-série indépendante sur le peuple indien des Chickasaw et quelques apparitions sporadiques sur Star Wars chez Dark Horse ou sur les BD numériques de DC Comics (Legends of the Dark Knight et Sensation Comics).

En 2005, Lyle débute finalement une nouvelle carrière comme enseignant au Savannah College of Art & Design, où il dispense des cours d’art séquentiel. Ce nouveau poste lui permet de voyager et de découvrir le sud de la France. Il développera d’ailleurs un fort lien avec notre pays, y venant régulièrement en festival et signant même un album, Black Box, chez l’éditeur Atlantic BD avec le scénariste Fabrice Sapolsky. En parallèle, il travaillait sur un projet plus personnel de roman graphique autour de la famille et des relations fraternelles.

Couverture de Black Box t.1 par Tom Lyle (Atlantic BD). Une incursion dans le franco-belge qui a tourné court. Un seul tome est paru, sur les deux prévus.

Hélas, fin septembre 2019, il est hospitalisé pour un anévrisme qui oblige les médecins à le plonger dans un coma artificiel dont il ne sortira pas. Il décède le 19 novembre 2019. Il laisse derrière lui son épouse Susan qui doit maintenant régler la note des frais médicaux, l’assurance maladie américaine étant ce qu’elle est. Une cagnotte a d’ailleurs été mise en place pour l’aider.

Couverture de Spider-Man vol.1 #44 par Tom Lyle (Marvel Comics). Une des couvertures préférées de Tom.

Avec Tim Drake et Scarlet-Spider, Lyle aura finalement laissé sa marque sur les comic-books des années 90, en étant pourtant à contre-courant de l’époque, se focalisant plus sur la narration que sur l’esbrouffe du style. Malheureusement,  cela ne lui permettra pas de survivre aux années 2000 dans l’industrie. Heureusement, il trouva une seconde vie dans l’enseignement, où ses qualités humaines ont pu s’épanouir.

Tom Lyle en 2016 – Photo de Hadley Stambaugh

Source : Tom Lyle’s blog, Man without Fear

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