Six ans après avoir commis un meurtre, Cody, sort de prison, transformé dans sa tête et dans son corps. Ayant payé sa dette à la société, il retourne à Redfork, sa petite ville natale minière de Virginie Occidentale pour y retrouver sa famille. Il y trouvera finalement encore plus de misère et de malheur. Redfork est déjà ébranlée par la pauvreté et l'abus d'opioïdes lorsqu'un accident dans la mine portera le coup de grâce à une ville ébranlée et une famille déchirée, en panne d'espoir.

Redfork, l'horreur n'est pas que dans la mine

L’histoire est structurée sur trois niveaux d’horreur, et encore autant de niveaux de lecture différents.

En premier, le drame social et économique qui dépeint la situation critique et malheureusement classique de toutes ces petites villes des Etats-Unis en plein déclin économique, dépendantes de leur mine et de leur employeur, et dont la grandeur est bien loin derrière elle. Les habitants s’en sortent à peine et la société qui exploite la mine aspire tout ce qu'il reste de vie en eux et en ce lieu.

Le second est le drame familial et humain, puisqu’il s’agit de l’histoire plus personnelle de Noah McGlade, qui revient à Redfork dès sa sortie de prison, pour tenter de renouer des liens et retrouver sa place au sein d’une famille déchirée. Son père est mourant, sa femme et sa fille sont partis et son frère va se retrouver dans un accident à la mine. Il va finalement rencontrer beaucoup de rancœur et sera traité comme un étranger alors que lui ne cherche que le pardon et la rédemption.

Enfin en troisième c’est l’histoire d’horreur pure. Quelque chose de maléfique est enterré profondément dans les montagnes de Redfork, que les mineurs d'Amcore vont libérer. Un messie qui arrive en ville pour sauver ceux qui vont l’aider mais qui va s’avérer être diabolique et prouver que tout a un prix, même la vie humaine.

C’est une histoire au background solide, qui fait froid dans le dos, accompagnée d’un dessin très dynamique dont les couleurs impriment parfaitement cette ambiance, l’horreur de la situation, imprégnée de crasse et de saleté. C’en est presque effrayant. Les personnages sont authentiques et très humains, sans caricatures. Toutes ces histoires sont fascinantes, grâce à leurs portées émotionnelles, on ressent la misère et la détresse qui transpirent de la ville, de la mine et des personnages. C’est un récit horrifique qui nous plonge aux tréfonds de la mine et de l’âme humaine. La rédemption est ce que cherche Noah, auprès de sa famille, de sa femme et sa fille. Les moments tendres sont présents et forment une sorte de respiration dans le récit. Puis il y a ce personnage de Gallowglass, qui n’est pas sans faire penser au Randall Flagg du Fléau de Stephen King, que l’on découvre, avec effroi, au fur et à mesure qu'il s'immisce dans la petite ville.

Redfork est finalement une bande dessinée étonnante. C’est une histoire d'horreur terrifiante classique pour la réalité qu'elle dépeint, et pas seulement pour les terreurs surnaturelles. C’est aussi une histoire terriblement humaine, très intime finalement, qui va au plus profond de l’âme de ces pauvres gens qui survivent leur histoire autour de la mine, personnage à part entière du récit. Le récit d'horreur, utilise le cadre d'une petite communauté minière appauvrie pour raconter non seulement une histoire véritablement effrayante, mais traiter aussi les horreurs réelles de l'exploitation et de l'oppression de classe. Redfork nous offre une histoire qui s'intéresse moins à la peur qu'aux personnes que ces horreurs touchent, ce qui conduit à un examen plus large et plus effrayant des problèmes sociaux et des questions d'humanité au-delà des métaphores d'horreur standard. Misère et désespoir d’une population perdue, qui n’a plus de repères, prête à s’accrocher à n’importe quoi, voire au premier messie qui passe. Une oeuvre sombre, effrayante mais passionnante de bout en bout.

Redfork, Panini Comics, 152 pages, 21,99€. Sortie le 23 mars 2022. Scénario : Alex Paknadel. Dessin : Nil Vendrell.

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