Planète Lazarus est le nouvel événement DC qui, potentiellement, peut relancer, encore une fois, une nouvelle phase pour les super-héros de cet univers. Et à sa tête, on trouve Mark Waid, un des meilleurs scénaristes de ces dernières décennies. Tout semblait réuni pour un récit sympathique, ce que Planète Lazarus nous offre dans sa première partie. Malheureusement, le livre est plombé par tous les récits tie-ins qui sont au mieux oubliables, au pire totalement indigents.  

Batman par Asrar : Ca fonctionne ! (© DC Comics)

La magie est totalement déréglée

Le démon Nezha, introduit dans les épisodes de World’s Finest est de retour ! Et il n’est pas content ! Sa cible prioritaire : Batman ! Il va donc, avec l’aide de la mère de Ra’s Al Ghul, posséder l’esprit de Damian Wayne et préparer un affrontement fatal entre le justicier chauve-souris et son fils. Affrontement qui va amener à une explosion de la source des puits de Lazare et un incident planétaire qui aura pour conséquence de dérégler totalement la magie de tout l’univers DC.

Le recueil Urban est donc constitué de la mini-série racontant l’affrontement Batman/Damian puis d’un épisode spécial Lazarus Planet Alpha qui s’intéresse aux conséquences de l’explosion des puits et le combat entre les superhéros DC  et le démon Nezha. La suite : des numéros spéciaux, racontant des histoires random d’une dizaine de pages sur des personnages qui n’ont rien en commun avec l’histoire de départ et parfois même totalement inconnus des lecteurs car non publiés en France.

Des dessins qui ne donnent pas envie (© DC Comics)

Une première partie assez réussie

Sans être totalement originale, la mini-série Batman vs Robin est assez sympathique à suivre. Car Mark Waid est avant tout un scénariste compétent et affirmé. Il a parfois raté ses histoires (on pense à sa reprise de Flash dans les années 2010 ou encore l'anecdotique World’s Finest) mais cela reste toujours très cohérent, bien écrit et bien raconté. Et c’est le cas avec cette mini-série Batman vs Robin, qui est véritablement le cœur de ce premier recueil. Encore une fois, le lecteur n’aura pas en face de lui une histoire exceptionnelle, mais un récit plutôt agréable, parsemé d’idées intéressantes et dont l’objectif est surtout de remettre non seulement la relation Bruce/Damian sur le devant de la scène, mais aussi les liens qui unissent Bruce à tous les autres Robin.

C’est plutôt bien fait, même si l’installation de l’histoire semble au premier abord assez abrupte. En effet, pour avoir tous les tenants et les aboutissants qui mènent à cette mini-série, il aura fallu non seulement lire les épisodes de World’s Finest sur le démon Nehza, mais aussi la récente série Robin, celle où il se bat à mort sur une île. Après, si vous êtes passés à côté, Waid se charge de vous récapituler les évènements, mais l’entrée en scène peut paraître abrupte. La deuxième idée de cette mini-série, c’est de confronter Batman à la magie ! Et là aussi, ce n’est pas très original, puisque cela a déjà été abordé durant la période Grant Morrison, mais surtout dans la série Injustice. Mais c’est toujours un angle d’attaque.

Reste toutefois le point faible de l’histoire : le démon Nehza, un monstre générique sans grand intérêt et dont le développement est, à mon sens, extrêmement laborieux. C’est dommage que l’intrigue soit centrée sur lui car il n’a absolument aucun charisme. C’est encore pire lorsque l’on nous introduit son fils, lui aussi méchant…parce que.

Mais cela reste lisible, surtout par la très bonne tenue des dessins de Mahmud Asrar, qui prouve encore une fois qu’il est désormais un artiste de premier plan, capable de présider au destin des plus grandes séries. Son travail est impeccable et ce que j’aime beaucoup, c’est qu’il possède un style très personnel et très dessiné ! Il serait temps qu’on comprenne que le photo-réalisme des années 2000/2020 devient désormais désuet. Cela fait plaisir de voir ici un vrai dessinateur, non pas quelqu’un qui recopie des photos. Donc ces quatre premiers épisodes de Batman vs Robin sont d’une très bonne facture et lancent de manière réussie l’event Planète Lazarus.

Riccardo Federici à la ramasse. Pour info, le personnage de dos en bas est ... Cyborg ! (© DC Comics)

Et ça se gâte très vite

On enchaîne ensuite avec Planète Lazarus Alpha, qui est la suite directe des évènements de Batman vs Robin. Waid continue de dérouler son histoire, en réunissant une pelletée de super-héros dont les objectifs sont de gérer les conséquences du dérèglement de la magie et surtout de confronter de manière finale le démon Nehza. Et là, nous avons plusieurs problèmes qui vont se retrouver de manière récurrente dans le recueil VF. En effet, chaque titre Planet Lazarus n’est pas une histoire, mais la succession de plusieurs histoires courtes. Et pourtant, Urban Comics ne crédite que le premier duo d’artistes. Par exemple, Planet Lazarus Alpha contient deux histoires, l’une par Mark Waid et Riccardo Federici, l’autre par Gene Luen Yang et Philip Tan. Pourtant, seuls les deux premiers artistes sont crédités. Ce qui ajoute à la confusion du titre. On voit bien que le style du dessin et l’histoire change d’une page à l’autre, mais cela n’est explicité nulle part. Je comprends que les éditeurs puissent parfois se planter et, en soi, ce n’est pas grave, mais clairement cette fois-ci, cela ajoute de l’incompréhension. En tout cas, il m’a fallu quelques minutes pour me demander ce qui se passait ici.

La première histoire de Waid est classique, dans la continuité de la mini-série même si, encore une fois, il s’agit de regrouper des super-héros choisis de manière aléatoire pour qu’ils puissent s’unir contre le méchant. Mais cette première partie est handicapée par les dessins de Riccardo Federici qui clairement, n’est pas adapté à ce genre de titre très super-héros. C’est sombre, très statique, on n’y voit pas grand-chose et cela gène la lecture, ce qui est toujours problématique dans un comics. Et puis il y a cette deuxième histoire, totalement déconnectée des évènements précédents et qui met en avant … le prince des singes !  Vous ne connaissez pas ce personnage ? Eh bien moi non plus ! IL s’agit d’un héros créé il y a deux ou trois ans lors d’un numéro spécial célébrant les personnages d’origine asiatique de la compagnie. Il a eu droit à une mini-série dont l’un des épisodes est un morceau de Planète Lazarus, publié dans ce recueil. Et ce n’est même pas que c’est mauvais, c’est juste que c’est en dehors du sujet. Un personnage inconnu, des artistes non crédités, une césure dans le récit jamais mentionnée. Bref, autant vous dire qu’on se moque totalement du personnage et de son histoire, tout comme de l’épisode du Prince des Singes publié juste après. Et tout le reste sera à l’avenant.

Un comics gratuit à la personne qui peut me trouver un rapport entre cette histoire et Planète Lazarus (© DC Comics)

Une moitié de recueil inutile

Nous en sommes aux deux-tiers du bouquin et tout ce qui suit n’est qu’une succession d’histoires de dix pages, mettant en scène des personnages DC qui n’ont aucun lien avec l’histoire principale, réalisées par des auteurs et des dessinateurs totalement inconnus, même pas crédités par Urban. La qualité est plus que médiocre et l’intérêt nul.

Un exemple ? Des inconnus sont attaqués sur une plage par des atlantes zombies et sauvés par Aquaman qui fait un discours moralisateur. Quel intérêt ? Aucun. Quel rapport avec l’intrigue : on ne sait pas. Un impact pour la suite ? Non. Nous voici dans ce que les éditeurs de comics savent faire de pire : créer artificiellement des titres sans intérêt pour un event, juste pour attiser la soif des complétistes.

Le dernier tiers du bouquin est donc une purge absolue, avec des personnages aléatoires qui évoluent au sein d’histoires sans aucun sens et avec une équipe artistique indéterminée. Je pense qu’un recueil avec la mini-série Batman vs Robin et les deux épisodes Lazarus Planet Alpha et Omega auraient été largement suffisants. Car l’ajout de tous ces tie-ins pourris, cette fois-ci, dénature totalement la qualité de l’histoire de départ. Exhaustivité n’est pas toujours signe de qualité. Dommage !

Planète Lazarus, disponible en VF chez Urban Comics en Juin 2023. Traduction : Benjamin Viette et Sarah Grassart (Studio MAKMA).

Planète Lazarus T1 : Batman vs Robin, Urban Comics

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