Les éditions Sarbacane ont récemment proposé en version française le nouveau titre de Matt Fraction et Elsa Charretier publié sous la bannière Image : November. Et autant dire que c’est une réussite narrative, à tous les niveaux. Un récit intriguant, complexe qui mérite largement la lecture mais qui ne donne pas encore toutes les clés. November lorgne vers les classiques du genre, à mi-chemin entre le Richard Stark de Darwyn Cooke et le 100 Bullets de Brian Azzarello et Eduardo Risso.

© Milkfed Criminal Mastermminds, inc & Big head Little Arms SAS

Trois femmes, trois destins

November nous propose, derrière une façade de roman noir, de complots et de policiers véreux, de découvrir avant tout trois portraits de femmes lors de petits chapitres qui s’entrecroisent et se chevauchent. Tout d’abord nous avons Dee. Dee est une junkie, une fille perdue qui a été accidentée par la vie. Elle se rend tous les jours à l’aube dans son café préféré afin de faire les mots croisés du journal local. Un jour, un mystérieux inconnu va lui proposer de faire ces mots croisés pour 500 $ par jour. À condition qu’elle décrypte un code situé dans la grille et qu’elle le transmette via une radio située sur le toit de son immeuble. Sauf qu’un jour, il n’y a pas de grille ! Si Dee est la protagoniste principale des premiers chapitres de November, elle n’est en revanche pas seule. Au fil des pages, nous découvrons Kay, une officier de police qui s’occupe de répondre aux appels d’urgence. Kay est une passionnée, qui décide d’enquêter de manière informelle sur certains agissements louches de collègues. Il faut dire qu’elle est en pleine séparation et qu’elle doit aussi s’occuper l’esprit. C’est elle qui prendra d’ailleurs au téléphone le témoignage de notre troisième protagoniste, Emma-Rose, qui vient de trouver un révolver sur un trottoir. Tous ces parcours se rejoignent finalement la même nuit alors qu’une série d’explosions s’abat sur la ville. Quels sont les liens entre ces trois femmes ? Vous le saurez en lisant attentivement November !

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Des dessins époustouflants

Pour une fois, on va commencer une critique par les dessins. Car ici, sans être chauvin, on ne peut pas ne pas être impressionné devant la virtuosité d’Elsa Charretier ! Son travail sur la narration, la fluidité de lecture et l’accroche visuelle sont absolument remarquables. Son trait assez rond, sa ligne claire et sa volonté de rendre reconnaissable ses personnages la rapproche au premier coup d’œil d’un artiste comme Darwyn Cooke. Mais je pense qu’on peut aller plus loin en disant que certainement, Elsa Charretier a étudié les travaux de David Mazzuchelli tellement certains aspects de sa narration graphique me font penser à celle du maître ! Peut-être que ce sentiment est aussi renforcé par travail sur les couleurs de Matt Hollinsworth. Lorsque l’on ouvre les pages de November la filiation entre l’artiste et le créateur d’Asterios Polyp me semble évidente. Peut-être y a-t-il encore moyen pour Elsa Charretier de progresser encore, en tout cas elle semble prendre une direction extrêmement intéressante. November se distingue donc tout d’abord par son graphisme, qui ne peut que ravir la majorité des lecteurs. Et qui rajoute forcément une couche de narration en plus. D’ailleurs, intéressons-nous à l’histoire.

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Une narration compliquée mais efficace

Matt Fraction est arrivé comme un boulet de canon dans les comics mainstream et indépendants. Connu pour ses Iron Fist, The Order mais aussi pour Casanova, il s’est rapidement créé une place de choix chez Marvel. On peut même défendre sa vision des Uncanny X-Men. Toutefois, l’auteur s’est un peu diversifié et perdu depuis quelques années, notamment avec ses suites de Casanova loin d’être au niveau mais aussi Sex Criminals ou Jimmy Olsen, qui ont laissé plusieurs lecteurs sur le côté. Dans November, il est en pleine forme et arrive à donner un poids à une intrigue en la restructurant. Plutôt que de suivre une narration linéaire, il multiplie les aller-retours, il change de temporalité afin de donner une profondeur plus importante à son intrigue. Dans November on peut suivre une partie du récit où un personnage est déjà mort avant que ce dernier ne soit présenté quelques dizaines de pages plus loin. Cela permet au lecteur de faire des connexions plus intéressantes. Le lecteur devient de fait actif, et ne se contente pas de suivre une intrigue. On peut être agacé par ce genre de procédé de plus en plus utilisé dans les comics ou les séries (les fameux « flashbacks ») mais ici ce n’est pas un moyen de donner une profondeur superficielle à l’histoire. Ici, la structure narrative est réellement un élément important, qui apporte autant au niveau suspense qu’au niveau de la profondeur des personnages. C’est parfaitement réussi !

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Une qualité qui dépendra de la conclusion

Vous l’aurez compris, November est un récit qui vaut nettement le coup d’œil. En revanche, c’est aussi typiquement le type de comics dont la qualité va aussi dépendre de sa conclusion. C’est le seul défaut d’ailleurs que l'on peut faire à cette édition. Pour le moment, toutes les pistes sont lancées mais l’on ne peut pas encore donner d’explications claires, si la conclusion est ratée, c’est toute l’histoire qui en pâtira. On reste donc encore un peu dans le flou. Mais si le prochain volume est au niveau de celui-ci, nul doute que l’on tient avec November une sacrée pépite !

November Vol. 1 : La fille sur le toit (VO November Vol. 1-4) est un comics publié par Sarbacane

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