USA, 1952. À Union City, Matt Sinkage est journaliste au Sentinel. Il se passionne pour les OVNI depuis qu’il a été victime de ce qui lui a semblé être un enlèvement par des extraterrestres. Pourtant, c’est son étrange voisin, M. Kalashnikov et son assistante Gloria, qui vont le propulser au cœur d’un complot gouvernementale, mêlant espionnage communiste et aliens.

L’invasion silencieuse parvient ainsi à recréer l’ambiance particulière des fifties, entre la paranoïa anti-communiste et la psychose des OVNI. Une ambiance renforcé par le trait particulier de Michael Cherkas qui reprend l’esthétique de la ligne claire à la Hergé. Ou plutôt sa version moderniste, le style atome, représenté par Yves Chaland, Olivier Schwartz ou encore Paul Grist, pour rester dans le N&B anglo-saxon, et qui vise justement  à retrouver l’esprit de la BD belge des années 50.

Un style peu courant donc pour un auteur canadien. Né à Oshawa dans l’Ontario,  Michael Cherkas est un dessinateur et designer qui travaille à la fois pour la BD et l’animation.  En 1986, ce réel passionné d’ovnis co-crée, avec son compère le scénariste Larry Hancock, The Silent Invasion. Douze épisodes paraîtront chez le petit éditeur Renegade Press. En 1998, un roman graphique publié par Caliber et intitulé Abductions, servira de continuation à cette maxi-série.

Depuis 2018, NBM Publishing a entamé la réédition de la série sous forme de volumes.  Les deux premiers regroupent les douze épisodes de la série originale, le troisième reprend Abductions et un quatrième, inédit, devrait conclure l’aventure. Les éditions Delcourt, en bons défricheurs qu’ils sont, nous proposent la traduction française du premier tome (assuré par l’excellent Jean-Marc Lainé), regroupant les six premiers numéros.

La série aura gagné au fil des ans son public, grâce à un scénario prenant qui rend hommage à une période riche et complexe de l’histoire américaine, mais avec un œil ironique. Des soucoupes se promènent ainsi régulièrement à l’arrière plan sans que les personnages les remarquent. Malgré l’humour, tous les personnages sont cependant solidement caractérisés et on prend plaisir à suivre les pérégrinations paranoïaques de Matt Sinkage.

L’invasion silencieuse est un peu l’ancêtre BD de la série TV The X-Files. Certains seront peut-être refroidis par le style visuel particulier de Cherkas qui, il faut l’avouer, se cherche encore un peu et peut parfois paraître un peu brouillon. Néanmoins,  son noir et blanc touffu, mâtiné de trames grises, permet une immersion étouffante et particulièrement adaptée à l’ambiance parano de ce titre, qui mélange graphisme européen et thématiques très nord-américaine.

Bravo donc aux éditions Delcourt d’avoir déterrer cet Objet BD Non Identifié. Et n’oubliez pas que, pour la plupart, vos libraires pratiquent le « click and collect », alors n’hésitez pas à tester cette série qui sort des sentiers battus.

L’invasion silencieuse, tome 1 (The Silent Invasion #1-6, Renegade Press), Editions Delcourt, coll. Contrebande, 160 pages, 13,50 €. Sortie le 26 août 2020.  Traduction de Jean-Marc Lainé,  lettrage de Moscow Eye.

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