Les Maîtres de l’univers rencontrent les Cosmocats ! Personnages de votre enfance, vous aviez probablement jusque-là seulement rêvé de leur rencontre : DC Comics (disons plutôt Lloyd Goldfine et David Rob) l’a scénarisée.

Le titre est évidemment empreint de nostalgie pour les trente/quarantenaires qui ont grandi entourés des jouets de la marque Mattel (commercialisés en 1981) ou devant la série télévisée (arrivée un peu plus tard, en 1984) au retour de l’école, mais il s’agit également là d’un très bon point d’entrée pour qui ne connaît les personnages que des grossières adaptations qui ont vu le jour depuis, des reboots animés (2002 pour les Maîtres de l’univers et 2011 pour Cosmocats) ou de cette fameuse vidéo (vous nous remercierez plus tard) qui a fait le buzz sur internet il y a quinze ans déjà.

Si l’union de ces deux bandes de héros venues de votre enfance vous paraît aujourd’hui comme une évidence, elle implique un concept exploité encore et encore dans les grandes maisons d’édition de la bande dessinée américaine : l’existence d’un multivers. Ainsi, les aventures des guerriers d’Eternia et de Thundera se poursuivraient-elles dans le monde des héros que l’on ne connaît aujourd’hui que trop bien (comme Marvel l’a fait avec Conan) ? Il suffit de jeter un œil à la programmation du mois de novembre chez Urban Comics, pour se rendre compte que oui, d’une certaine manière. Maintenant, savoir si c’est l’idée du siècle…

Une fois passé ce sentiment de nostalgie, cependant, on se rend compte que le scénario présente quelques lourdeurs. Si le pitch est assez banal – bien qu’on n’en demande pas plus –, rassemblant les deux mondes (au sens littéral comme allégorique) pour affronter leurs deux pires ennemis (Skeletor et Mumm-Ra, pour ceux qui ne suivaient pas) dans une bataille qui décidera de leur avenir, les dialogues, eux, sont parfois trop puérils, et ont de quoi faire fuir les fans de la première heure.

Enfin, vous en conviendrez sûrement après votre propre lecture, mais six numéros, c’est un peu léger pour expliquer la fusion de ces deux univers. Au moins quelques pages de plus auraient aidé à approfondir certaines réactions et à donner à cette rencontre hors du commun un caractère plus épique et marquant.

La partie graphique est assurée par Freddie E. Williams II, et on n’aurait pas pu rêver mieux (d’autant que l’artiste est habitué des crossovers du genre, ayant illustré Batman & les Tortues Ninja, disponible chez Urban Comics en VF). Les croquis (disponibles en bonus en fin de volume) sont de toute beauté, et les couleurs vives de Jeremy Colwell rappellent les personnages du dessin animé plus que le portage beaucoup plus sombre des Maîtres de l’Univers au cinéma. Certaines doubles pages sont remplies de personnages et de monstres en tout genre et de chocs énergétiques et le tout est exécuté avec une cohérence impressionnante, ce qui facilite énormément la lecture des planches.

En somme, les circonstances font des Maîtres de l’Univers/Cosmocats un tome bien ancré dans l’univers DC, qui marque notamment son territoire en régalant le lecteur d’une sorte de caméo/clin d’œil à son personnage phare : Superman. On peut en dire ce qu’on veut, mais ce livre reste un must-have pour les fans du dessin animé, les grands enfants qui ont joué avec les figurines de Musclor et des Thundercats tout au long de leur enfance. Les univers y sont rapidement décrits, ce qui, comme nous disions, en fait une porte d’entrée pour tout néophyte. Le tout s’accompagne d’une préface écrite par Jérôme Wicky, traducteur (entre autres) de Batman chez Urban Comics et auteur, notamment de Go Nagai : Mangaka de légende. Il y fait preuve de précision et d’une documentation impressionnante pour dresser l’historique des deux licences et expliquer le succès qu’elles ont rencontré à l’époque.

Le tout est magnifiquement traduit par Xavier Hanart, et vous aurez probablement le plaisir de relire sa prose en novembre dans Injustice vs les Maîtres de l’Univers. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà filer chez votre libraire vous procurer le crossover Les Maîtres de l’Univers/Cosmocats, paru chez Urban pour la somme de 17€50. La suite, s’il y en aura une, n’a pas encore été annoncée (sachant que la parution de cette série date de 2016 aux États-Unis), mais une chose est sûre : après ce volume de leurs aventures, plus rien ne sera comme avant, pour les habitants d’Eternia.

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