Gertrude était une petite fille comme les autres (à l’exception de ses cheveux verts). Enjouée et rieuse, elle vivait une enfance paisible, rêvant de conte de fées, lorsque son univers s’effondra, ou plutôt lorsqu’un trou apparut dans la moquette de sa chambre et qui l’aspira à Fairyland. Fairyland est un monde merveilleux, rempli de créatures charmantes et délicieuses. Pour Gertrude, le voyage doit être court et plein de rêves. Une journée, au plus, pour retrouver la clé qui lui permettra de rentrer chez elle. Avec Larry la mouche qui parle comme guide, qu’est-ce qui pourrait bien tourner mal ?


Vingt-sept ans plus tard, Gert est toujours coincée à Fairyland, toujours coincée dans un corps de petite fille et flutin, elle en a ras le carafon ! Bloquée dans un monde perpétuellement coloré, où tout est mièvre, où n’importe quel objet peut parler sur un ton mielleux, la petite Gert est devenue une psychopathe qui muffine à la ronde, désespérément à la recherche d’un moyen de se casser d’ici. Elle y parviendra, mais son caractère mal embouché lui fera commettre une petite boulette, oh trois fois rien, juste demouler cette flûte de Reine Cloudia avant de se barrer. Hélas, les lois de Fairyland sont strictes, celui qui tue le souverain de Fairyland devient le souverain de Fairyland. Un poste particulièrement ennuyeux pour Gert qui s’en bat les profiterolles et repartira rapidement en quête d’un nouveau moyen de s’enfuir.

Pourtant, en cours de route, elle se rendra compte qu’elle a peut-être fait fausse route justement. Gert décide donc de s’amender et de faire le bien, une bonne résolution pas toujours couronné de succès, mais hé, au moins , elle tente. Et puis, ça a presque failli marcher. Elle était à deux doigts de rentrer chez elle lorsque son chemin à croisé une sucette fatale qui l’envoie directement en enfer où elle retrouve sa vieille ennemie, Happy.

C’est ainsi que s’ouvre ce quatrième et dernier tome de la série de Skottie Young On ne vous dévoilera pas les tenants et les aboutissants de l’intrigue, ni si Gert parviendra à rentrer ou non, mais on peut toujours vous dire que vous y retrouverez l’humour et le ton irrévérencieux de la série. Young s’amuse à détourner tous les poncifs de contes de fées et toutes les attentes de lecteurs, dans un joyeux bordel punk, ou rien n’est sacré, mais où tout prête à rire. Surtout la violence la plus débridée. Skottie Young profite de son graphisme mignon pour en rajouter côté massacre. Une façon sans doute de prendre le contre-pied de ses travaux précédents ou ils donnaient des versions kawai des personnages de Marvel et où il a illustré les adaptations du Magicien d’Oz avec le scénariste Eric Shanower (disponible chez Panini).

Il profite même pour tacler les collègues dans un numéro spécial où Gert s’amuse à massacrer à la hache les séries Images de ses collègues: Walking Dead, Saga, Southern Bastards, Bitch Planet, Spawn, tout le monde y passe dans un joyeux délire méta où on croisera Dash Aaron (le fils de Jason Aaron), Rob Liefeld, Jeff Lemire ou bien encore Chip Zdarsky dans le plus simple appareil. Bref, amateurs de comics drôles et délirants, les quatres tomes de I Hate Fairyland sont faits pour vous, d’autant qu’ils bénéficient de l’excellente traduction de Julien Di Giacomo qui retranscrit parfaitement le vocabulaire très imagé de Fairyland.

I Hate Fairyland, tome 4 : La pire contre-attaque  (Urban Indies, 168 pages, 15,50 €). Sortie le 18 janvier 2019. Traduction de Julien Di Giacomo, lettrage de Moscow Eye.