L’arrivée de John Constantine dans la ligne Black Label de DC Comics avec en plus deux auteurs habitués au gore et à l’horreur, pouvait laisser présager d’un retour en grâce du John Constantine originel. Et en dépit de tous leurs efforts, Hellblazer Rise and Fall ne fait malheureusement qu’effleurer cet aspect qui nous manque depuis l’arrêt de sa série Vertigo.

hellblazer rise and fall

(image : © DC Comics)

Back to Black ?

Depuis sa réentrée dans l’univers DC Classique, force est de reconnaître que l’on a énormément aseptisé le personnage de John Constantine. Il faut dire que le point de vue cynique, politique et dérangeant qu’avaient adopté des auteurs comme Garth Ennis, Jaimie Delano, Brian Azzarello ou encore Peter Milligan dans la série originale n’est plus au goût du jour. Depuis cette horreur de New 52, toute la partie vicieuse et dangereuse du personnage a donc été sacrifiée sur l’autel de l’adaptation télévisée pour un gentil  bad boy que les lecteurs les plus novices adorent détester. L’annonce d’un projet réalisé par Tom Taylor et Darick Robertson (The Boys, Transmetropolitan) dans le cadre du Black Label de DC Comics, à savoir sa ligne pseudo-adulte pouvait laisser présager de bonnes choses. Parce que Tom Taylor est le scénariste DC du moment. Après avoir surpris tout le monde avec son excellent Injustice et DCeased, il a d’ailleurs été catapulté sur de nombreux titres premium de l’éditeur (Nightwing, Superman) dont on reparlera bientôt. Et s’il ne livre pas toujours des récits extraordinaires, il apporte souvent une touche de nouveauté dans les personnages qu’il écrit sans toutefois les dénaturer. Avec une petite réserve toutefois : on a du mal à le voir écrire du « vrai » John Constantine. S’il a déjà proposé des récits horrifiques par ailleurs, cela n’a jamais franchi la limite de la bienséance contrairement à certains comics dudit personnage.  Et ça se voit un peu ici.

hellblazer rise and fall

(image : © DC Comics)

You know I’m no good

Et pourtant, ce Hellblazer Rise and Fall se veut assez ambitieux dans la mesure où il nous propose tout un pan de la jeunesse de John Constantine que l’on n’avait jamais vu. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur la naissance de John, ce qu’il ne me semble pas avoir été décrit jusque-là. On découvre les évènements qui ont conduit à la première mort reliée à John, lorsqu’il était tout jeune adolescent et on introduit un personnage qui aurait pu être important, Aisha Bukhari, une amie d’enfance qui a vécu avec lui le drame et qui est devenue inspecteur. Vous l’aurez compris, c’est cet évènement situé dans le passé de John qui va refaire surface et dont le premier signe annonciateur est la découverte de corps de certains notables non seulement empalés sur des piques ou écrasés au sol, mais surtout affublés de véritables ailes d’ange. Et quand on parle d’anges, le diable n’est jamais très loin. Pour résoudre le problème, il faudra en passer par une alliance avec le démon en personne.

hellblazer rise and fall

(image : © DC Comics)

Rehab

On pourrait voir dans cette histoire une réelle volonté de réhabiliter le véritable John Constantine, et Hellblazer Rise and Fall coche finalement toutes les cases. On a de la dénonciation politique, de la négociation avec le diable, des enfants morts qui reviennent à la vie et des scènes un peu gore. Et on se prend à rêver à la même histoire dans les mains d’un Jaimie Delano ou d’un Peter Milligan. Parce que si Tom Taylor essaye de faire l’effort de proposer un Hellblazer un peu plus adulte que ses versions New 52, il n’arrive pas à retranscrire, à notre sens, ce qui fait le charme du John Constantine de Vertigo : ce branleur pervers et à la moralité douteuse. Mais ce n’est pas non plus une surprise étant donné que ce « Black Label » n’a d’adulte que le nom et semble plus un piège à gogos en mal de « glauque mais pas trop » qu’une ligne désirant véritablement bousculer les codes. On a donc ici une version encore un peu light du personnage, très dans l’air du temps finalement. Et même les dessins de Darick Robertson, pourtant habitué au gore et crade de The Boys ou Transmetropolitan, semblent un peu plus sages. Est-ce dû au grand format de l’album proposé par Urban ? Peut-être, mais quand on voit la tête de son Lucifer, on se dit que c’est finalement très gentillet. C’est d’ailleurs toujours étonnant : DC Comics n’a aucun problème à proposer dans son histoire des scènes gores, des cadavres empalés, des exécutions en gros plan. En revanche, à aucun moment l’un des protagonistes de l’histoire, que ce soit John, Lucifer ou les autres, ne se risquera à un choix moral un peu douteux. Et c’est dommage car c’est tout le sens de Hellblazer. Après, ce comics est loin d’être raté. L’histoire est solide, il y a de bons moments, des retournements de situation et une réelle volonté de proposer un Hellblazer renouant avec ses racines. Darick Robertson est toujours très lisible et propose des planches en parfaite adéquation avec l’histoire. Mais on attendait tellement plus ! Avec Hellblazer Rise and Fall, on tente de nous redonner le véritable goût du personnage, mais si l’emballage ressemble à une vraie bouteille de whisky frelaté et fabriqué par le démon du coin, l’intérieur ressemble, en dépit de tous les efforts de Tom Taylor, à une bière sans alcool. Du Miley Cyrus à la place d'Amy Whinehouse.

Hellblazer Rise and Fall (Hellblazer Rise and Fall #1-3), Urban Comics, DC Black Label 152 pages, 16 €. Sortie le 10 septembre 2021. Traduction de Philippe Touboul.

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Urban Comics

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