HBO Max va consacrer une partie de ses investissements obligatoires dans la création française au documentaire et à l’animation. La plateforme de Warner Bros. Discovery vient de signer ses premiers accords interprofessionnels avec plusieurs organisations françaises, qui encadreront ses engagements pour 2026 et 2027.

L’annonce intervient dans un contexte assez particulier. Une nouvelle réglementation française impose désormais aux plateformes de réserver progressivement une partie de leurs investissements audiovisuels à l’animation, au documentaire de création et au spectacle vivant. Netflix, Disney+ et Prime Video ont saisi le Conseil d’État pour contester cette mesure. HBO Max a choisi une autre voie et vient de trouver un accord avec les professionnels du secteur.

Sommaire

Que prévoit l’accord signé par HBO Max en France ?

HBO Max a annoncé le 15 septembre 2026 la signature d’accords avec AnimFrance, l’Union syndicale de la production audiovisuelle (USPA), le Syndicat des producteurs indépendants (SPI), le Syndicat des agences de presse audiovisuelles (SATEV), le Syndicat des entreprises de distribution de programmes audiovisuels (SEDPA), la SACD et LaScam.

Ces accords couvrent les exercices 2026 et 2027 et doivent désormais être intégrés à la convention conclue entre HBO Max et l’Arcom. Ils encadrent une partie des investissements de la plateforme dans la création audiovisuelle française, avec un engagement particulier en faveur du documentaire et de l’animation.

HBO Max s’inscrit ainsi dans le système français qui oblige les principales plateformes de streaming à réinvestir une partie de leur chiffre d’affaires réalisé en France dans la création européenne et française. La plateforme, lancée dans l’Hexagone en juin 2024 sous le nom de Max, est désormais suffisamment installée sur le marché français pour être directement concernée par ces obligations.

La Fiancée dans la série d'animation du DCU, Creature Commandos, disponible sur HBO Max.

Combien HBO Max va-t-elle investir dans l’animation et le documentaire ?

Pour 2026, HBO Max doit consacrer 12 % de sa contribution à la production audiovisuelle aux genres concernés par le nouveau sous-quota français. Selon les informations rapportées par Variety et Satellifacts, la plateforme a choisi de répartir cette enveloppe à hauteur de 75 % pour le documentaire et 25 % pour l’animation.

Il ne s’agit donc pas de consacrer 25 % de l’ensemble des investissements français de HBO Max à l’animation. Cette proportion s’applique uniquement à l’enveloppe correspondant au sous-quota de diversité pour 2026.

Le documentaire devrait logiquement en profiter davantage. HBO Max prévoit actuellement de développer quatre à six séries documentaires françaises par an. L’accord garantit néanmoins pour la première fois une place spécifique à l’animation dans les investissements de la plateforme.

Warner Bros. Discovery travaille d’ailleurs déjà régulièrement avec des talents et des studios installés en France. Creature Commandos, première série du DCU de James Gunn, a été en grande partie conçue avec Bobbypills, studio basé à Paris et Angoulême, sous la direction artistique du Français Yves « Balak » Bigerel. Bobbypills a également participé aux génériques de My Adventures with Superman, tandis que la future série Mister Miracle mobilise notamment l’équipe parisienne du studio Titmouse.

La France a déjà montré qu’elle pouvait occuper une place considérable dans les grosses productions animées destinées aux plateformes internationales. Chez Netflix, Arcane a ainsi été produite avec le studio français Fortiche. Le nouvel accord de HBO Max pourrait multiplier ce type de collaborations, même si la plateforme n’a pour le moment annoncé aucun nouveau projet précis directement lié à ses engagements.

Pour AnimFrance, c’est précisément l’un des enjeux du texte. Son président Samuel Kaminka estime que l’accord représente « un signal fort » pour l’animation française et souligne les nouvelles opportunités qu’il doit apporter aux producteurs, aux studios et aux talents du secteur.

Affiche de Mr Miracle, mini-série du DC Studios pour HBO Max.

Quelle est cette nouvelle règle imposée aux plateformes ?

L’accord ne sort pas de nulle part. Il accompagne la modification du décret relatif aux services de médias audiovisuels à la demande, généralement appelé décret SMAD, entrée en vigueur le 1er janvier 2026.

Le texte impose à terme qu’au moins 20 % de la contribution des plateformes à la production audiovisuelle soient consacrés à trois catégories : l’animation, le documentaire de création et les captations ou recréations de spectacles vivants.

L’application est progressive. Pour les services concernés dès 2026, le seuil est fixé à 12 % cette année, 16 % en 2027 puis 20 % à partir de 2028.

Une autre disposition concerne les plateformes réalisant plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel net. Pour chacun des genres concernés, 75 % des investissements doivent alors porter sur des œuvres inédites.

L’objectif de cette réforme est notamment de mieux répartir les investissements des plateformes, jusqu’ici très concentrés sur la fiction. L’animation française traverse en particulier une période difficile, avec une baisse des commandes et plusieurs studios fragilisés ces dernières années.

Clarke combat ses ennemis dans le ciel de Metropolis dans la saison 3 de My Adventures with Superman, sur la plateforme HBO Max.

Pourquoi Netflix, Disney+ et Prime Video contestent-ils cette règle ?

C’est là que la position de HBO Max devient intéressante. Netflix, Disney+ et Prime Video ont chacune déposé en juillet 2026 un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État contre les nouvelles dispositions du décret SMAD.

Les trois plateformes ne contestent pas le principe général de leur participation au financement de la création française, auquel elles sont déjà soumises. Leur recours vise le nouveau sous-quota et la manière dont une partie de leurs investissements doit désormais être répartie entre certains genres.

Elles estiment notamment que cette contrainte a été introduite sans concertation suffisante et qu’elle leur impose des obligations qui ne s’appliquent pas de la même manière aux diffuseurs traditionnels. Netflix a également défendu l’idée que ce fléchage réduisait sa liberté éditoriale en l’obligeant à investir davantage dans certains types de programmes indépendamment des choix de sa programmation.

HBO Max ne rejoint donc pas ses concurrents sur ce terrain. Son accord avec les organisations professionnelles françaises organise au contraire l’application de ces nouvelles obligations pour 2026 et 2027. Ça ne signifie pas pour autant que Warner Bros. Discovery approuve nécessairement chaque aspect de la réglementation française : l’accord établit simplement que la plateforme a choisi, à ce stade, de négocier les modalités de son application plutôt que de contester le nouveau dispositif devant le Conseil d’État.

Pour l’animation française, la différence est loin d’être théorique. Le sous-quota doit progressivement atteindre 20 % en 2028 et pourrait donc amener une part plus importante de l’argent investi par les plateformes vers des productions qui avaient jusqu’ici beaucoup moins profité de leur arrivée sur le marché français.

Ilana et Gorilla Grodd dans la série animée Creature Commandos.

Ce qu’il faut retenir (FAQ)

Quel accord HBO Max vient-elle de signer en France ?
HBO Max a conclu des accords interprofessionnels avec AnimFrance, l’USPA, le SPI, le SATEV, le SEDPA, la SACD et LaScam afin d’encadrer ses investissements dans la création audiovisuelle française en 2026 et 2027.

HBO Max va-t-elle investir dans l’animation française ?
Oui. Pour 2026, 25 % de l’enveloppe correspondant au nouveau sous-quota de diversité de HBO Max doit être consacrée à l’animation, contre 75 % au documentaire.

Que prévoit le nouveau décret SMAD ?
Les plateformes concernées doivent progressivement consacrer au moins 20 % de leur contribution à la production audiovisuelle à l’animation, au documentaire de création et au spectacle vivant. Le seuil est de 12 % en 2026, 16 % en 2027 puis 20 % à partir de 2028.

Netflix, Disney+ et Prime Video refusent-elles d’investir dans la création française ?
Non. Les trois plateformes sont déjà soumises à des obligations d’investissement en France. Elles contestent devant le Conseil d’État le nouveau sous-quota qui impose d’en flécher une partie vers certains genres.

HBO Max conteste-t-elle également cette nouvelle règle ?
À ce stade, non. HBO Max a au contraire conclu un accord avec les organisations professionnelles françaises pour encadrer l’application de ses obligations en 2026 et 2027.

Sources : Variety, SACD, Légifrance

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