Beasts of Burden (ou Bêtes de somme par chez nous) est une série d’Evan Dorkin et Jill Thompson particulièrement discrète qui existe chez Dark Horse depuis 2003. Discrète car se composant essentiellement d’histoires courtes, de numéros spéciaux et de brèves séries limitées, au rythme de parution particulièrement élastique.

À ce sujet, en 2014, Dorkin répondait : « Basiquement, nous travaillons sur la série quand Jill est disponible pour travailler sur la série. J’ai actuellement trois cahiers remplis de notes, l’intrigue principale est pratiquement établie, avec des possibilités de diversions et de pas sur le côté. Si ça ne tenait qu’à moi, je travaillerais sur Beasts à plein temps. C’est mon projet favori et j’y pense en permanence. C’est un titre qui demande beaucoup de travail et Jill est très sollicitée, ça nous prend donc du temps pour sortir nos histoires. J’aimerais que nous soyons plus réguliers, mais malheureusement,  je pense que ça ne sera jamais le cas ».

Le premier tome français datait de 2012. Il aura donc fallu plus de huit ans pour voir arriver un deuxième opus et la suite des aventures des animaux de Sommers Hills. Dans ce tome 2, nous continuons de suivre les chiens Dobey, Carl, Terry, Bégueule, Cador et les chats Sans famille et Dymphna dans leurs enquêtes surnaturelles pour protéger leur petite communauté.

Et qui dit « enquêtes surnaturelles », dit forcément Hellboy. La rencontre avec le héros de Mike Mignola ouvre ce recueil. Assez anecdotique, l’histoire permet surtout de voir Hellboy sous le trait coloré de Jill Thompson et d’apprécier la confrontation entre le cynique Hellboy et Carl, le carlin mal embouché. Une rencontre qui se termine de façon inattendue et émouvante.

Suivent ensuite trois histoires courtes, initialement parues dans les numéros du second volume de l’anthologie Dark Horse Presents et réunies plus tard dans le numéro spécial  Beasts of Burden: Neighborhood Watch. Dans la première,  on assiste à une course-poursuite entre un gobelin qui s’attaque à un poulailler et certains des membres du groupe. Dans la suivante, un récit fait à trois jeunes chiots permet d’aborder une vieille figure médiévale, tandis que la troisième met le groupe face à un troupeau de moutons très particuliers. Comique, mythique ou horrifique, ces trois histoires représentent bien la palette de genres que Dorkin et Thompson arrivent à maîtriser au sein de cette série atypique.

Dans le numéro spécial Hunters and Gatherers (« Les chasseurs-cueilleurs« ), le groupe organise un piège pour se débarrasser d’un monstrueux lézard, mais le plan ne se déroulera pas sans difficultés. Dans What the Cat Dragged In (« Hors de portée« ), on en apprend un peu plus sur Dymphna, la chatte-sorcière. Il s’agit là sans doute de l’épisode le plus représentatif de la série qui arrive à la fois à mélanger l’aspect merveilleux et drôle du titre avec une pointe d’horreur et de tragédie. Sans conteste le chapitre le plus réussi du livre.

Le recueil se termine par la mini-série en deux épisodes Presence of the Others (« La présence des autres »). Les animaux font la connaissance d’une famille d’enquêteurs du paranormal alors que leur ennemi juré semble vouloir reprendre vie. Si le premier épisode est signé Jill Thompson aux dessins, le second est illustré par Ben Dewey, nouveau venu dans la bande. Dewey s’est déjà essayé à la série avec Beasts of Burden: Wise Dogs and Eldritch Men, consacré au conseil des sages chiens et encore inédite en France. Moins joli que celui de Jill Thompson, le style de Dewey rapproche plus le titre de son côté horrifique que de son côté chronique champêtre.

L’atout principal de Bêtes de somme reste, de toutes façons, les superbes planches à l’aquarelle de Jill Thompson, qui donne vie et corps aux animaux,  rendant parfaitement leurs mimiques et leurs façons de bouger. Le tome en lui-même est dans un entre-deux où l’on évoque les menaces passées et celles à venir, mais où l’intrigue principale n’avance guère. Paradoxalement,  ce flottement fait de ce volume un bon moment pour découvrir les personnages et l’ambiance de la série.

Bêtes de somme, tome 2 : Surveillance de quartier (Hellboy/Beasts of Burden: Sacrifice ;  Beasts of Burden: Neighborhood Watch ; Beasts of Burden: Hunters and Gatherers; Beasts of Burden: What the Cat Dragged In ; Beasts of Burden: The Presence of Others #1-2), coll. Contrebande, 184 pages, 19,99 €. Sortie le 1er juillet 2020. Traduction de Jérôme Wicky, lettrage de Moscow Eye.

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