Afin de préparer dignement les fêtes qui s’approchent à grand pas, la rédaction de Superpouvoir vous propose son calendrier de l’avent comics. Chaque jour, une petite pépite, un coup de cœur, une œuvre injustement ignorée vous sera dévoilée pour, pourquoi pas, l’ajouter au pied du sapin et surtout, étoffer votre culture comics.

Et c’est encore un chef d’œuvre qu’on vous propose aujourd’hui : ASTERIOS POLYP par David Mazzuchelli !

asterios polyp

(image : © David Mazzuchelli)

On the road again

Sorti en 2009, Asterios Polyp est un gros pavé de presque 400 pages, publié en un seul volume. Asterios Polyp nous raconte l’histoire d’un architecte vieillissant, arrogant et sûr de lui. Malheureusement, son appartement prend feu lors d’un orage et tous ses souvenirs partent en fumée. N’ayant plus aucune attache avec son passé, Asterios (puisque c’est le nom de l’architecte), décide donc de repartir de zéro et de traverser les États-Unis pour finalement terminer comme garagiste dans un trou paumé. Ce voyage initiatique va permettre à Asterios de changer, au fil de ses rencontres, de point de vue sur la vie. Il faut dire que la vie d’Asterios a mal débuté, puisque son frère jumeau est décédé à sa naissance. Il ne doit donc finalement sa vie qu’à la chance et voit depuis toujours le destin et les évènements qui lui arrivent en noir et blanc uniquement. Lors de son périple, Asterios va pouvoir apprendre enfin le sens de la nuance et faire la paix avec lui-même.

Le retour du maître

Pour ceux qui n’auraient plus eu de nouvelles de David Mazzuchelli depuis son Daredevil Born Again ou son Batman Year One, le graphiste d’exception s’est plutôt orienté vers l’enseignement et les comics indépendants avec par exemple son adaptation de la Cité de Verre de Paul Auster. Et on peut dire que son style a drastiquement changé. S’il a toujours été un grand partisan de la ligne claire, on peut dire que depuis trente ans, son style a grandement évolué pour devenir de plus en plus épuré. Son travail sur la simplification, la narration et l’ellipse est devenu tout simplement magistral ! Il n’y a plus aucune fioriture, plus d’esbrouffe graphique. Chaque trait compte, chaque positionnement est important. Pour ceux qui seraient tentés de choisir ce livre parce qu’ils ont apprécié le style de Mazzuchelli il y a trente ans, autant vous prévenir : vous ne le reconnaitrez pas !

Magistral

L’histoire peut sembler classique. Et c’est vrai qu’un road-trip de ce genre n’est pas rarissime dans le cadre d’un comics indépendant. Toutefois, ce qui tranche vraiment, c’est en fait le génie de Mazzuchelli. Parce que chaque case est un véritable bijou de composition et d’inventivité. Utilisant très peu de couleurs, Mazzuchelli joue avec les formes, les contrastes, les contraintes physiques liées à ce medium. On ne se situe plus dans le cadre d’un comics, mais tout simplement dans celui d’une œuvre d’art, d’un bouquin qui a été pensé et réfléchi par un artiste au summum de son talent. En effet, avec cet Asterios Polyp, David Mazzuchelli atteint son acmé en termes de puissance artistique et architecturale. Car bien évidemment, l’auteur se débrouille pour insérer des tonnes de références architecturales dans son histoire. Ce qui pourrait causer un problème quand, comme beaucoup de lecteurs, on n’y connaît rien. Sauf que la force de Mazzuchelli, c’est toujours de donner la priorité à son histoire et à en donner l’accès le plus simple et le plus facile à ses lecteurs.

Artistique plutôt qu’intellectuel

Asterios Polyp ne se veut pas une œuvre trop intellectuelle. C’est avant tout un tour de force artistique. Tout est placé, pensé et dessiné pour nous faire ressentir l’évolution intérieure d’Asterios. Le dialogue n’est pas trop présent, c’est avant tout la force évocatrice des dessins qui fait avancer le récit et permet au lecteur de ressentir les choses. David Mazzuchelli n’hésite pas à modifier son style pour éclairer un angle particulier, un moment de la vie d’Asterios et c’est tout simplement parfait. Si l’on devait s’attarder sur chaque innovation de l’artiste, on pourrait y passer des pages entières. Ce qu’il faut retenir c’est que David Mazzuchelli a réussi ici le tour de force de nous livrer une histoire plutôt intérieure en la rendant accessible à tous, même aux lecteurs qui seraient peu fan du ton indépendant. L’accessibilité et l’émotion sont donc les maîtres mots de ce chef d’œuvre, qui mérite bien de se retrouver sous le sapin !

Asterios Polyp est une bande dessinée de David Mazzuchelli publiée par Pantheon Books en VO et par Casterman en VF.

asterios polyp

(image : © David Mazzuchelli, Casterman)

 sur Superpouvoir.com
Partager : Partager sur Facebook Partager sur Twitter