Une simple image publiée à l’occasion du Batman Day vient finalement de nous apprendre quelque chose de beaucoup plus intéressant sur The Batman: Part II. En répondant aux questions d’internautes sur X, Matt Reeves a donné quelques détails sur la manière dont lui et son équipe fabriquent l’image du film, avec une méthode assez inhabituelle qu’il avait déjà employée sur le premier The Batman.

Le plus amusant, c’est que cette recherche visuelle crée un lien assez inattendu avec Dune, mais aussi, par un autre aspect technique, avec les films Kaamelott d’Alexandre Astier. Trois univers qui n’ont pas grand-chose à voir en apparence, mais dont les équipes ont fait des choix de fabrication étonnamment proches.

Sommaire

L’image du Batman Day qui a déclenché la discussion

Pour célébrer le Batman Day du 19 septembre 2026, Matt Reeves a publié depuis Londres une nouvelle image de Robert Pattinson sous le costume du Chevalier Noir. Le cliché lui-même reste volontairement avare en informations : Batman apparaît dans un environnement très sombre et Reeves ne donne aucun détail supplémentaire sur la scène ou son contexte.

La discussion est devenue beaucoup plus intéressante dans les réponses. Un internaute a demandé au réalisateur si The Batman: Part II utiliserait de nouveau le procédé de film-out employé sur le premier film. Reeves a confirmé que oui.

Un autre lui a alors posé la question assez logique qui en découle : pourquoi ne pas tourner directement sur pellicule plutôt que de filmer en numérique avant d’y transférer l’image ?

La réponse résume assez bien toute la philosophie visuelle du réalisateur. Matt Reeves explique que le numérique lui apporte un niveau de précision et de contrôle qu’il juge indispensable, puisqu’il sait exactement ce qu’il obtient au moment de la prise de vues. Le passage sur pellicule et le choix des objectifs permettent ensuite de réintroduire une qualité plus organique et analogique dans cette image parfaitement maîtrisée.

Il décrit le résultat comme « une belle imperfection soigneusement développée ».

Pourquoi tourner en numérique pour passer ensuite sur pellicule ?

Le procédé paraît paradoxal parce qu’on oppose souvent cinéma numérique et cinéma argentique comme deux choix incompatibles. Ici, l’idée consiste justement à profiter des qualités des deux.

Une caméra numérique moderne permet à l’équipe de contrôler très précisément l’exposition, les couleurs et l’ensemble des informations enregistrées. Le réalisateur et le directeur de la photographie peuvent également surveiller beaucoup plus facilement ce que produit réellement la caméra pendant le tournage. Avec un négatif argentique, une partie du résultat ne se révèle qu’après développement et dépend davantage des caractéristiques physiques de la pellicule.

Mais cette précision peut aussi produire une image extrêmement propre. En enregistrant ensuite le master numérique sur une véritable pellicule avant de le numériser à nouveau, le film récupère des caractéristiques physiques propres au support : grain, légère perte de définition, comportement particulier des hautes lumières, petites variations de texture ou halo autour des sources lumineuses.

L’objectif n’est donc pas de faire croire artificiellement qu’un film numérique a été tourné en argentique. Reeves cherche plutôt à introduire volontairement dans une image très contrôlée certaines imperfections qu’une chaîne entièrement numérique tendrait justement à éliminer.

Robert Pattinson dans le costume de Batman pour The Batman: part 2

Dune utilisait déjà cette étonnante méthode

Le procédé avait déjà été expérimenté quelques années plus tôt sur Dune : Première Partie. Denis Villeneuve et son directeur de la photographie Greig Fraser avaient testé de nombreux formats avant le tournage, parmi lesquels du 35 mm, du 65 mm et plusieurs caméras numériques.

Ils préféraient finalement la précision de l’image numérique, mais trouvaient qu’il lui manquait une partie du caractère organique de la pellicule. Dune a donc été principalement tourné avec des ARRI ALEXA LF et Mini LF, puis son master numérique a été enregistré sur une pellicule Kodak avant d’être rescanné.

Selon Fraser, ce mélange apportait à l’image une profondeur et une matière difficiles à obtenir autrement. Le film conservait la souplesse et le contrôle du numérique au tournage, tandis que l’étape photochimique venait légèrement modifier sa texture.

Le lien avec Batman est d’autant moins anecdotique que Greig Fraser est justement devenu le directeur de la photographie du premier The Batman immédiatement après avoir travaillé avec Denis Villeneuve.

Paul Atréides (Timothée Chalamet), Empereur à la tête rasée et aux yeux bleus dans Dune : Troisième Partie.

The Batman avait encore poussé le procédé plus loin

Pour The Batman, Matt Reeves et Greig Fraser ne se sont pas contentés de reproduire exactement la méthode employée sur Dune.

L’image numérique était d’abord enregistrée sur un négatif Kodak. Celui-ci servait ensuite à produire un positif, et les deux éléments étaient séparément rescannés en numérique. L’équipe pouvait alors choisir, plan par plan, quelle version correspondait le mieux au résultat recherché.

Le positif produisait davantage de texture et une image plus dégradée, tandis que le négatif conservait davantage de définition. Fraser pouvait donc pousser l’effet argentique sur un gros plan, puis choisir une version plus précise lorsqu’un plan large risquait de perdre trop de détails.

Le traitement photochimique servait également à produire la fameuse halation, ce léger halo qui peut apparaître autour des zones très lumineuses sur une pellicule. Associée aux objectifs anamorphiques volontairement imparfaits utilisés durant le tournage, cette méthode participe largement à l’aspect sale, humide et presque palpable de Gotham dans le film de 2022.

Greig Fraser ne rempile pourtant pas sur The Batman: Part II, dont la photographie est désormais confiée à Erik Messerschmidt, collaborateur régulier de David Fincher et oscarisé pour Mank. Le fait que Matt Reeves conserve malgré tout ce procédé montre qu’il ne s’agissait pas seulement d’une méthode propre à Fraser : elle appartient désormais pleinement à l’identité visuelle de son Batman.

Voir aussi :
The Batman 2 : tout ce que l’on sait sur la suite avec Robert Pattinson
The Batman 2 repoussé à 2028 : nouvelle date de sortie et première vidéo de Robert Pattinson

Première image du film The Batman 2, avec la Batmobile en trombe sous la neige de Gotham.

De The Batman 2 à Kaamelott, une même famille de caméras

Le rapprochement avec Kaamelott passe par un autre aspect de la fabrication du film. Les informations techniques disponibles et le matériel aperçu sur le tournage de The Batman: Part II indiquent l’utilisation d’une ARRI ALEXA 265, associée à des objectifs anamorphiques Panavision Ultra Panatar II. Warner Bros. n’ayant pas encore publié la fiche technique définitive du film, cette information reste toutefois à considérer comme provisoire.

Le nom de la caméra n’est pas très éloigné de celui d’une machine bien connue d’Alexandre Astier. Kaamelott – Premier Volet a été tourné par Jean-Marie Dreujou avec une ARRI ALEXA 65, et les deux films suivants ont prolongé cette recherche autour du très grand format.

L’ALEXA 265 n’est pas exactement la même caméra. ARRI l’a conçue comme la nouvelle génération, beaucoup plus compacte, de son système ALEXA 65. Elle conserve notamment son très grand capteur 65 mm et une définition de 6,5K, tout en réduisant considérablement la taille et le poids du boîtier.

Le lien entre The Batman: Part II, Dune et Kaamelott ne tient donc pas à une mystérieuse recette commune appliquée à l’identique. Il passe par plusieurs choix techniques qui se croisent : la recherche d’une image numérique très maîtrisée, l’utilisation de grands capteurs et, dans le cas de Batman et Dune, la volonté de réintroduire ensuite les imperfections physiques de la pellicule.

C’est aussi ce qui rend la méthode de Matt Reeves assez fascinante. Son équipe utilise des outils numériques parmi les plus sophistiqués disponibles pour capturer le maximum d’informations, choisit des objectifs pour leur personnalité et leurs imperfections, puis fait volontairement passer l’image par un support argentique afin qu’elle perde un peu de sa perfection. La technologie la plus récente sert finalement à retrouver quelque chose de beaucoup plus ancien.

Arthur (Alexandre Astier) en fuite dans Kaamelott : Premier Volet.

Ce qu’il faut retenir (FAQ)

The Batman: Part II est-il tourné sur pellicule ?
Non. Le film est tourné en numérique, avant que les images ne soient transférées sur pellicule lors de la postproduction puis numérisées à nouveau.

Pourquoi Matt Reeves fait-il passer l’image sur pellicule ?
Le réalisateur veut conserver le contrôle et la précision du tournage numérique tout en ajoutant ensuite une texture plus organique, du grain et certaines imperfections caractéristiques de l’argentique.

Dune utilisait-il la même technique ?
Oui. Dune : Première Partie a été tourné numériquement avant d’être transféré sur pellicule puis rescanné. Son directeur de la photographie, Greig Fraser, a ensuite développé une version plus élaborée du procédé sur The Batman.

Greig Fraser travaille-t-il sur The Batman: Part II ?
Non. Erik Messerschmidt assure cette fois la direction de la photographie. Matt Reeves a néanmoins confirmé que le procédé de film-out du premier film serait conservé.

The Batman 2 utilise-t-il la même caméra que Kaamelott ?
Pas exactement. Les informations disponibles indiquent une ARRI ALEXA 265 pour The Batman: Part II, tandis que Kaamelott – Premier Volet utilisait l’ALEXA 65. La 265 est la nouvelle génération compacte du système 65 mm d’ARRI.

Quand sort The Batman: Part II ?
Le film est actuellement prévu pour le 18 février 2028 aux États-Unis. Sa date française exacte reste à confirmer.

Sources : Matt Reeves sur X, American Cinematographer – Dune, American Cinematographer – The Batman

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