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Le film le plus cher de l’histoire du cinéma français avec plus de 180 millions d’euros de budget. Les Américains l’ont détesté, les critiques l’ont massacré. Luc Besson a confessé que c’était le film qu’il avait rêvé de réaliser depuis toujours. Alors que Valérian et la Cité des Mille Planètes est à l’affiche depuis le 26 juillet, il est temps de faire le point à tête reposée, loin des polémiques et des chiffres.

Valerian

Bien entendu, nous devrions sans doute évoquer en premier l’élément capitale de n’importe quel bon film : l’histoire. Nous préférerons donc parler plutôt de la scène d’ouverture du film. Séquence visuelle absolument magnifique, sur fond de Space Oddity de David Bowie, où on assiste à la création de la station orbitale et à son évolution au fil des siècles, jusqu’à ce qu’elle devienne Alpha, l’impressionnante Cité des Mille Planètes.

En à peine plus de trois minutes, Luc Besson pose ce que sera le film durant les deux prochaines heures : généreux et créatif visuellement, avec une réelle volonté de créer un univers vivant et varié, mais où les protagonistes défilent et restent en arrière-plan, quel que soit leur rôle.

Généreux, il l’est, assurément. Alors que le reproche le plus souvent fait aux blockbusters actuels est l’utilisation de filtres, rendant les images ternes, grisâtres, sans contraste ni relief, ce n’est pas du tout le cas de Valérian, où la palette chromatique explose littéralement.

Alors que les paysages des exoplanètes d’Interstellar ressemblent à nos océans et nos montagnes, que ceux de Star Wars rappellent nos déserts, les décors de Valérian n’ont pas d’équivalent. Si les nuages de couleurs et les designs évoquent parfois ceux de Moebius et de Mézières, ils nous évoquent aussi parfois des cinématiques de jeux vidéo. Mais s’il y a un rendu synthétique trop présent, Besson sait jouer avec, en créant par exemple un immense marché virtuel en plein désert, que les personnages ne pourront voir qu’avec des lunettes spéciales. Ce qui ne les empêche pas de faire les transactions en main propre grâce à un système sophistiqué.

Valerian

Car oui, généreux, il l’est aussi au niveau des idées. Et des idées, il y en a quinze mille par plan. Chaque espèce extraterrestre dans la Cité des Mille Planètes a sa fonction, ses particularités. Et des espèces, il y en a tellement ! De toutes les formes, de toutes les tailles, des gazeux, des lumineux, des aquatiques, des robotiques, des ridicules et d’autres plus effrayantes. La foule dans la scène du marché citée plus haut en est un bon exemple : pas un figurant non-humain ne ressemble à un autre.

Parmi les nombreuses critiques qui ont été faites au film, on a pu lire « le pillage d’Avatar et de Star Wars ». Le film puise pourtant son inspiration dans L’Ambassadeur des Ombres et L’Empire des Mille Planètes, deux albums de Valérian & Lauréline publiés entre 1971 et 1975. Luc Besson raconte que cela faisait des années qu’il avait acheté les droits, mais que c’est précisément en regardant Avatar qu’il a eu le déclic, et comprit que c’était le moment pour adapter la BD. On comprend qu’il a voulu montrer que Christin & Mézières avaient créé tout ça avant tout le monde, mais est-ce une raison suffisante pour ne pas plutôt aller piocher dans les albums de la série, des sujets ou des thèmes inédits, ou au au moins peu utilisés dans les derniers films de science-fiction au cinéma ?

Valerian - L'ambassadeur des Ombres

Reste l’écriture : le réalisateur tient à écrire lui-même ses scénarios. Et une fois de plus, le plus gros handicap de Luc Besson est clairement Besson. Si visuellement, c’est très généreux, pour le reste c’est absolument l’inverse. Chaque promesse se dégonfle aussitôt. Chaque petite et légère  envolée d’espérance s’écrase littéralement sur le champ, rhabillées d’une chape de plomb de clichés.

À l’image de cette perle, décrite comme extrêmement puissante, mais qui sera aussitôt rangée et pratiquement oubliée. Ou de Valérian, présenté depuis le départ comme un macho ringard collectionnant les conquêtes parmi ses collègues de travail, un casse-cou arrogant et antipathique n’en faisant toujours qu’à sa tête, mais qui annonce bien plus tard son attachement pour le règlement. Et nous n’évoquerons pas toutes les actions de Lauréline qui font d’elle un personnage féminin fort, quasiment toujours bousculées par les dialogues et l’attitude de son gros lourd de collègue.

C’est bien cette exaspération qui sera l’une des rares émotions se dégageant du film. Difficile de ressentir quoi que ce soit devant ce véritable défilé d’images de synthèses. Le numéro de cabaret de Rihanna — qui aurait pu être l’équivalent de la scène du récital de la Diva dans le Cinquième Élément est particulièrement représentatif de cet écueil.

Notons enfin l’excellent travail de composition d’Alexandre Desplat, dont il aura tout de même fallu — une fois n’est pas coutume avec les films actuels — une seconde écoute de la BO sans le film pour l’apprécier à sa juste valeur, et ressentir la palette d’émotions auxquelles on aurait dû avoir droit. Si l’on reconnait son lyrisme habituel, sa maîtrise des cordes et de l’appui des cuivres pour les moments plus dramatiques, on peut être surpris par l’ajout d’instruments acoustiques plutôt exotiques mêlés à des sons électro, comme l’aime faire le compositeur habituel de Luc Besson, Éric Serra.

Si le film a des faiblesses encore plus énormes que son budget, il ne mérite absolument pas le traitement qu’il a subi, notamment aux USA. Car si on a beaucoup de mal à s’attacher à tout ce qui se passe au premier plan, on se surprend à s’extasier sur tout ce qui se passe autour, derrière ou au fond. Ça grouille de vie, c’est souvent étonnant et intéressant. Ce que très peu de films de science-fiction ont su faire ces dernières années.

 

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Valérian et la Cité des Mille Planètes, en salles depuis le 26 juillet 2017.

Réalisé par Luc Besson, avec Cara Delavigne (Lauréline), Dane DeHaan (Valérian), Clive Owen (Commandant Arün Filitt), Sam Spruell (Général Okto-Bar), Kris Wu (Capitaine Neza), Ethan Hawke (Jolly le Maquereau), Rihanna (Bubble), Alain Chabat (Bob le Pirate), John Goodman (Igon Siruss)