Justice League, la critique
La BO de Justice League par Danny Elfman, la critique
Hellshock de Jae Lee publié chez Alayone Comics
Hellshock (Jae Lee, Alayone Comics), la preview
Black Panther : la nouvelle bande-annonce
Thor: Ragnarok

Depuis l’avènement des Gardiens de la Galaxie, il apparaît assez clairement qu’une note de production circule activement au sein des équipes de Marvel Studios.

« Soyez marrants ».

Une consigne qui transparaît à chaque minute du dernier volet consacré au dieu d’Asgard et dont la réalisation a été confiée à Taika Waititi.

Non, ce monsieur n’a pas tenu une marque de vêtements branchés dans les années 90 avant de tenir une caméra et cela se voit assez vite. Issu de la télévision, le néo-zélandais avait impressionné le petit monde des festivals de genre grâce à sa comédie Vampires En Toute Intimité qui lui aura probablement valu les faveurs du studio super-héroïque pour diriger cette nouvelle aventure de Thor.

C’est dans une cage que débute l’intrigue de Thor: Ragnarok avec un Chris Hemsworth soliloquant comme pour nous raconter une histoire. Après avoir mystérieusement échoué dans la geôle du démon Surtur (doublé par Clancy Brown), Thor retourne sur Asgard pour apprendre que Loki dirige le royaume d’Odin et que ce dernier est introuvable. L’absence du père de toute chose fragilise la prison de la déesse Hela, première née d’Odin, revenue prendre le pouvoir à sa place, bannissant Thor sur la planète Sakaar où il devra combattre comme un gladiateur. Ses événements marquent le début du Ragnarok, la fin des temps telle qu’elle fût prophétisée à l’aube du monde.

Un sujet à priori grave, un troisième film en forme de fin de périple pour son héros et l’adaptation d’un arc culte de la bande dessinée chapeautée par Oeming et Di Vito. Tout pointait vers une épique conclusion et tragédie potentielle et, pourtant, les premières bandes-annonces ont annoncé par avance le ton décomplexé et franchement comique qu’allait prendre ce troisième opus. Après un Monde des Ténèbres prévisible, il était de bon ton d’offrir à la saga Thor un nouveau souffle dont Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn ont fatalement amorcé la couleur : vannes, musique rock, esthétique années 80 et dédramatisation systématique des enjeux ne sont que quelques unes des composantes (souvent réjouissantes) de ce Ragnarok gentiment fêlé.

Tout d’abord, on note que la galerie de personnages ressort grandie des choix d’écriture ici privilégiés. Bien amorcé lors du film précédent, le duo Thor / Loki (toujours interprété par un Tom Hiddleston magistral) forme un tandem de buddy movie fort appréciable et dont les échanges font systématiquement mouche. Hemsworth avait déjà su faire montre de ses talents pour la comédie et le second degré dans la version 2016 des Ghostbusters et on sent qu’il s’en donne à nouveau à cœur joie en réinterprétant le roi d’Asgard sous cet angle nouveau. L’arrivée de la taciturne Valkyrie (Tessa Thompson) apporte un côté bad-ass à la distribution qui voit le retour d’Idris Elba dans le rôle d’un Heimdall plus actif (on se rappelle de certains propos désobligeants de l’acteur à l’encontre des studios Marvel juste après la sortie d’Avengers 2) et de l’arrivée de Karl Urban dans celui de Skurge l’Exécuteur, personnage bien connu des fans de la bande-dessinée.

Au niveau des ajouts de poids, saluons la performance impériale de Cate Blanchett, dans le rôle d’Hela, déesse de la mort, principale opposante du film – qui comporte pas moins de quatre méchants. Doucereuse, sexy et nimbée de ténèbres, la première méchante de l’univers Marvel au cinéma à beau être très unidimensionnelle, elle n’en demeure pas moins attachante dans sa toute puissance, capable de maintenir une armée en respect et de briser Mjolnir, le marteau mythique de Thor, à main nue. A n’en point douter, son design aguichant et son côté so dark vont séduire les cosplayeuses qui ne vont plus tarder à squatter les conventions de fans dans des défroques vertes et noires à son effigie – c’est dire si nous n’avons pas hâte.

Toujours en termes de poids et de vert, Thor: Ragnarok marque le retour de l’incroyable Hulk, égaré sur la planète Sakaar dont il est devenu le gladiateur star. Plus bavard que d’ordinaire, le géant de jade incarné par un Mark Ruffalo astreint lui aussi au régime de la déconne est le nerf comique et bas de plafond le plus présent du film et chacune de ses piques à l’encontre de Thor – seul personnage des Avengers à pouvoir physiquement lui tenir tête – est souvent l’occasion d’irrésistibles concours de bites à répétitions – ce qui, sorti de son contexte, est potentiellement dégueulasse, je vous l’accorde. Quant à Jeff Goldblum, il joue un Grand Maître grandiloquent et déconnecté, plus amusant que menaçant mais dont les apparitions à l’écran fonctionnent systématiquement.

Certes donc, le film est drôle. Tout le temps. Et c’est un des soucis majeurs du film de Waititi. Car à trop vouloir faire de chacun de ses personnages des one-liners en puissance, le déroulement du scénario perd en équilibre, ne sachant parfois pas sur quel pied danser. Certaines idées, comme le monologue de Thor au début ou même le final emprunt d’une certaine tragédie – sans parler des séquences où Anthony Hopkins revient dans le rôle d’un Odin en fin de vie – ne vont jamais vers aucune conclusion réelle et les changements de tons se font parfois un peu brusques. L’apparition de Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) est d’ailleurs d’une gratuité déconcertante, tout comme l’élimination pure et simple en deux plans des compagnons de Thor, comme si Waititi avait décidé que, non, il n’a pas le temps d’accorder plus de vannes à des seconds couteaux qui sont pourtant là depuis le début de la saga. A ce titre, l’absence de Dame Sif dans le film n’est expliquée à aucun moment et Thor n’aura jamais vent de la disparition de ses amis, manifestement trop occupé à balancer des fions à un colosse de jade bourré aux stéroïdes.

On ne sent l’urgence du drame que lors des séquences se déroulant sur Asgard, où le peuple est enfin filmé comme une vraie entité pour qui on peut s’inquiéter et prendre parti – une chose qu’Alan Taylor et Kenneth Brannagh avaient trop volontairement laissés de côté.

Au cœur de toute cette cool-attitude exacerbée et de ce second degré constant, difficile de ne pas voir dans certains choix artistiques une certaine forme d’opportunisme. L’aspect comédie du film, aussi appréciable soit-il, ne semble obéir qu’à une tendance actuelle, de même que la bande-son de Mark Mothersbaugh, très orientée synthétiseurs. Cela change agréablement des compositions épiques un brin répétitives de Brian Taylor mais cela reste assez décalé avec le reste – sauf si l’on exempt l’usage de la chanson The Immigrant Song de Led Zeppelin (déjà présente dans le premier trailer) qui s’exploite à merveille lors de deux séquences de combats.

Les combats, parlons-en, justement. Bien filmées et amenées, les échauffourées musclées de Thor: Ragnarok se laissent très largement apprécier, en particulier au milieu du film – tout le segment sur Sakaar est un vrai plaisir, aussi bien au niveau de la comédie que de l’action et des décors de science-fiction qui n’auraient rien à envier à ceux du 5ème Élément ou de Valerian (c’est Luc Besson qui ne va pas être content, lui qui reprochait encore récemment à Marvel d’avoir squatter son turf de divertissement). La direction artistique de ce film est la plus belle des trois Thor, riche, bardée de détails fourmillants sur l’écran et mettant en lumière chaque plan étudié par Waititi, dont certains font carrément office de tableaux – la chevauchée des Valkyries face à Hela ou l’affrontement entre Hulk et Thor dans un stade de jeux intergalactique.

Mais où ça nous mène tout ça ? Eh bien, potentiellement toujours nul part, car il reste encore beaucoup d’attente avant de pouvoir profiter d’Avengers: Infinity War qui marquera le retour de Thor dans la grande équation du MCU. Sorte de passage obligé pour en arriver à cet épique rassemblement d’équipe, Thor: Ragnarok a tout juste un peu modifié la formule de base du bon divertissement Marvel histoire de glisser avec plus ou moins de finesse un blockbuster supplémentaire dans son calendrier déjà bien chargé. Quant aux fans des comics qui auraient encore voulu croire à une adaptation fidèle de leur héros fétiche, nul doute que Ragnarok n’est pas fait pour eux et qu’il y en aura plus d’un pour rager.

Thor: Ragnarok

Encore une fois, le film n’a rien de honteux (il est même probable d’avancer qu’il s’agisse là du plus réjouissant des trois films Thor) mais à bien des égards et toute proportion gardée, Thor: Ragnarok est à la trilogie Thor ce que Rise of the Machines est à la saga Terminator. C’est l’opus qui distord (dix Thor, uh,uh) les codes et les gimmicks de son univers en comptant fortement sur l’affect qu’a développé le public pour ces personnages au détriment d’une maîtrise totale, quitte à faire appel à un peu de meta, là aussi, un procédé qui sent à des kilomètres l’effet de mode moribond (encore qu’une certaine pièce de théâtre dans le film est l’occasion d’un triple caméo pas piqué des vers qui en profite pour légèrement tacler Thor : Le Monde Des Ténèbres au passage.)

Bien joué, bien écrit et plutôt bien interprété, Thor: Ragnarok compense son manque de surprises et de sincérité par l’étiquette du pur divertissement décomplexé, en sus d’une image plutôt chiadée et aux visuels subtilement travaillés. L’odyssée de Thor sur écran aura été pour le moins bancale et si Waititi a bien emballé son job, il n’en reste pas moins que les gros sabots de Marvel ne pourront plus pédaler à ce rythme bien longtemps.

Mais si Asgard doit périr, autant que ça soit avec un peu de panache.

Comme le dirait Bruno Salomone, « toujours partir sur une vanne. »

 

Video Thumbnail

Thor: Ragnarok, au cinéma le 25 octobre 2017.
Réalisé par Taika Waititi, avec Chris Hemsworth (Thor), Mark Ruffalo (Bruce Banner/Hulk), Tom Hiddleston (Loki), Tessa Thompson (Valkyrie), Cate Blanchett (Hela), Benedict Cumberbatch (Doctor Strange), Karl Urban (Skurge) et Jeff Goldblum (le Grand Maître).