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C’est le film le plus attendu de l’année et nul doute qu’il sera aussi le plus consommé.

C’est aussi la saga la plus surveillée, adulée, conspuée – insérer le terme adéquat – au monde. Star Wars déchaîne les passions et l’acidité des fans lorsque ceux-ci ont eu le malheur de ne pas être satisfaits par le dernier opus pondu. Ainsi, après un Réveil de La Force sur lequel tout le monde s’est allègrement – souvent abusivement – défoulé et un Rogue One plutôt positivement surprenant, le poids exercé sur les épaules du réalisateur Rian Johnson (Looper) promettait d’être assez conséquent, d’autant qu’une horde de fans déçus et un peu trop gâtés risquaient de lui tomber dessus à bras raccourcis au moindre faux raccord.

À moins d’avoir vécu dans une galaxie très très lointaine, vous savez déjà tout de l’épisode précédent. The Last Jedi reprend donc quasiment à la seconde près les événements tels qu’ils ont été laissés la dernière fois. Le Premier Ordre a perdu une bataille, mais pas la guerre. Très vite remis de la destruction de la station Starkiller, l’armée despotique du Suprême Leader Snoke poursuit inlassablement les poches de résistance de la République, commandée par la Générale Leia Organa. Pendant que cette dernière tente de repousser les assauts de leurs destroyers avec l’aide du Capitaine Poe Dameron, Finn, ex-Stormtrooper déserteur, part dans une périlleuse mission alors que son amie Rey tente envers et contre tout de convaincre un Luke Skywalker vieilli et rongé par la culpabilité de venir leur prêter main forte. Mais ce dernier vit en ermite à l’autre bout de la galaxie et ne semble guère plus intéressé par les conflits du monde extérieur.

Pour beaucoup de cinéphiles comme de profanes, Star Wars est synonyme même du mot cinéma. Il en est l’une des expériences les plus marquantes de ces quarante dernières années. Sa mythologie, son univers, ses personnages et ses thèmes musicaux légendaires : tout dans cette saga à contribuer à nourrir l’amour d’un tel ou d’un tel pour le grand écran. Que nous ayons grandi avec ou que nous l’ayons découvert sur le tard, cette série de films aura fait vibrer tout un panel d’émotions chez les spectateurs, souvent les plus extrêmes. En a résulté un rejet plutôt violent de l’épisode précédent, accusé d’être un simple remake, pourtant tourné de main de maître par J.J Abrams qui, au contraire d’un George Lucas (à qui l’on doit tout, ne l’oublions jamais) sait diriger des acteurs et tenir une caméra. En un mot comme en cent, il sait « envisager » un film et il est d’autant plus difficile aujourd’hui avec une saga aussi codifiée que celle de Star Wars (détenue par le géant Disney) d’imposer des choix et d’élever son sujet au-delà de ce que les règles en vigueur du divertissement imposent avec fort opportunisme.

C’est là que Rian Johnson entre en jeu et fait passer la saga en vitesse lumière.

« L’échec est le meilleur des maîtres ». C’est à peu de mots près ce que prononce l’un des personnages de The Last Jedi. Un credo que semble avoir suivi les équipes du film en quête d’une audace nouvelle, tant les passions contraires suscitées par Le Réveil de La Force a fait des émules, poussant même les décideurs à confier à Johnson l’écriture exclusive du scénario. En découle un volet de Star Wars complètement conscient de lui-même, parfois à la limite de l’humour parodique et du metatextuel qui désamorce pour le meilleur comme pour le pire les attentes des uns comme des autres. Et c’est probablement ce qui rend le film génial.

Fans, soyez prévenus : The Last Jedi est unique parmi les autres films Star Wars. Il s’adresse ouvertement à nous, à vous et à tout ce monde hyper-connecté qu’est le nôtre, toujours trop prompt à penser tout savoir et que le divertissement est affaire de parvenus et de prévisibilité. Ainsi, la bande-annonce que vous avez vu en amont ne vous raconte absolument pas ce que vous penserez voir. Dans ses thématiques, sa photo ou sa notion d’appartenance à une saga, The Last Jedi ose certaines choses sans jamais perdre son sens de l’épique – le film est d’ailleurs le plus long de la saga avec pas moins de 02H30 au compteur.

Or, ce principe constant de l’attente désamorcée pourrait par moment tenir du troll pur et simple pour la plupart des spectateurs. Difficile d’entrer dans les détails sans avoir recours au spoiler, mais il est probable que les fans qui espéraient des réponses claires et nettes aux questions soulevées dans l’opus précédent soient très déçus des choix privilégiés pour The Last Jedi qui, d’un point de vue purement artistique, prend quelques gros risques avec sa franchise (entre autres en ce qui concerne les personnages de Rey ou Snoke, quand il ne s’agit pas tout simplement de la Force tout entière.) Des choix qui pourraient tout simplement être des trous volontairement creusés pour nourrir l’univers étendu de la saga (qui poursuit un cheminement multiple via des livres, des bandes-dessinées et des jeux vidéos). Ce qui serait un souci majeur, car un film en tant que tel ne saurait être considéré comme complet autrement que par lui-même. Un défaut que l’on pouvait reprocher à la genèse même des événements du Réveil de La Force.

Comme son prédécesseur, le film va donc diviser, mais pas pour les mêmes raisons. Tout comme dans L’Empire Contre-Attaque (auquel le film est déjà comparé par anticipation), l’intrigue prend la forme d’un récit chorale où les protagonistes sont séparés les uns des autres afin de présenter divers enjeux dans un vaste monde. En revanche, s’il est une chose sur laquelle les deux premiers volets de cette trilogie s’accordent, c’est le côté gentiment figé de sa galerie de personnages. Pourtant très attachant, le petit trio formé par Daisy Ridley, Oscar Isaac et John Boyega semble faire du sur place moral et ne pas tirer de réels enseignements de leurs parcours personnels. Si Poe (Isaac) a bien plus droit de citer ici, il demeure cette incorrigible tête brûlée, meneur d’escadron pour lequel on ne s’inquiète jamais beaucoup et encore trop unidimensionnel. Rey (Ridley) est toujours investie d’un grand pouvoir qu’elle tâchera de développer auprès de Luke mais qui dans le grand ordre des choses paraît illogiquement accessoire au cœur des intrigues de guerre qui font le cœur de cette histoire de survie. Quant à Finn (Boyega), s’il était clairement le personnage le plus intéressant et attachant de l’épisode VII, sa quête dans ce film n’aboutit strictement à rien et permet au mieux de nous présenter un nouveau personnage, l’ingénieur ingénue Rose (Kelly Marie Tran). La vraie nouveauté venant avant tout de deux vétérans aux motivations parfois douteuses, incarnés par Laura Dern (la vice-amirale Holdo) et un Benicio Del Toro en plein trip de composition jouissive (le voleur DJ).

En revanche, on sera plus tendre avec Kylo Ren (Adam Driver). Le fils de Han Solo, qu’on devinait déjà bourré de contradictions et de complexes dans le volet précédent, prend ici une ampleur nouvelle, revêtant les atours d’un personnage double, troublé et en proie à lui-même. Ben Solo est le protagoniste clé de The Last Jedi, le pivot essentiel qui a littéralement le pouvoir de tout faire basculer dans l’ombre ou dans la lumière, deux notions toujours présentées comme parfaitement immuables et essentielles l’une à l’autre. Un protagoniste plus fouillé que les simples méchants secondaires (l’hystérique Général Hux joué par Domhnall Gleeson) dont nous n’aurons probablement un portrait complet qu’une fois l’épisode IX sorti.

Toutefois, la promotion l’a bien prouvé, ce sont les frère et sœur Skywalker les vraies stars de cet épisode, les fameux « derniers jedi » du titre. Ce sont eux qui portent la charge émotionnelle et les thèmes les plus forts. Une émotion d’autant plus grande que la comédienne Carrie Fisher (qui incarne une Leia magnifique) est subitement décédée l’an dernier durant la phase de post-production du film, laissant derrière elle une galaxie de fans en deuil. Dédié à la mémoire de l’actrice qui a été le modèle de tant de gens, cet épisode VIII est aussi et surtout l’occasion de revoir Luke et d’offrir à Mark Hamill un rôle en or, celui d’un jedi solitaire, fatigué, souvent cynique et perdu, devant prendre sur lui la responsabilité du partage ou de la destruction.

Car tel est le vrai thème de cette histoire : la transmission nécessaire du savoir à une époque de grand obscurantisme. Très proche de nous, en somme. En ce sens, le script ne prend pas de gants, pointant même du doigt les nouvelles technologies et les classes riches de la galaxie comme les vrais responsables de la montée des extrêmes – en effet, d’où le Premier Ordre tire-t-il sont armement ? De la cupidité des uns qui se laveront les mains du sang versé par les autres. Un message aussi fort que subtil dans une production mainstream et qui replace la saga Star Wars dans un contexte éminemment moderne et conscient, à l’image de certains grands films de science-fiction.

Certes, le film est loin d’être parfait. Certains hasards sont un peu malheureux, certaines séquences (l’arc de Finn, par exemple) sont purement gratuites et le film peine un peu à démarrer. Si l’humour et les choix de scénario resteront probablement à l’appréciation de chacun, il est agréable de noter que les effets spéciaux demeurent de belle facture (les créatures en animatroniques sont toujours là et les créatures pas aussi abusivement présentes qu’on aurait pu le craindre). De même, la caméra de Johnson raconte réellement son histoire, forte de plans symboliques et d’une photo presque inédite en fonction de certains décors – comme le repaire de Luke, ou la planète où se déroule la bataille finale, emprunte de rouge et de blanc, qui sature les affiches promotionnelles, du jamais vu jusque là dans un Star Wars. Sans oublier le retour en grandes pompes de John Williams sur la bande-originale et de l’intégralité du bestiaire qui a toujours fait la joie des fans.

Reste qu’après une demie-heure finale chargée de tension, de combats épiques au sabre-laser et d’échauffourées entre fighters, l’avenir de la franchise se dessine très étrangement. A la lumière des événements de cet épisode, difficile de savoir vers quoi va bien pouvoir se diriger J.J Abrams, de retour pour la future conclusion de cette trilogie. Les surprises pourront donc être de taille, car en sus d’une fin de trilogie annoncée, la naissance d’une nouvelle a été tout récemment confiée à Rian Johnson. Une trilogie qui n’aurait, d’après l’intéressé, aucun lien avec les Skywalker.

Les Derniers Jedi pourrait faire office de véritable renouveau après un essai jugé comme trop timoré. Sans fan service ni pathos à outrance, Johnson à offert à la franchise une approche du mythe originale et sincère qui, à défaut de grands personnages, soulève de merveilleux thèmes, amène des concepts neufs dans la saga, filme une grande aventure épique et tisse des dialogues à même de figurer sur des t-shirts.

Car ne l’oublions pas, Star Wars, c’est aussi une économie qui vend un paquet de trucs et pour ça, pour le meilleur et surtout pour le pire, il n’y a pas de changement.