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Spider-Man: Homecoming

Parler de Spider-Man: Homecoming est un exercice paradoxal. Car aussi simple soit le film, il est très complexe à aborder. En cause, une sombre histoire de partage de droits entre Sony – qui jusqu’ici exploitait le catalogue du personnage – et Marvel, la maison mère créatrice de la dite araignée, qui depuis bientôt dix ans squatte nos écrans une fois tout les six mois avec un film consacré à l’un de leurs surhommes en collants.

Des considérations dont le public lambda n’aura cure, possiblement dérouté par une troisième allitération de Peter Parker à l’écran – et comme nous les comprenons. Spider-Man est un cas d’école dans le désordre sans fin des productions à grand spectacle. En moins de quinze ans, sa saga aura connu pas moins de deux reboots. Le premier, sous l’égide du yes-man Marc Webb, s’était peu ou prou empêtré dans le marasme laissé par le statut intouchable de la trilogie qu’avait consacré Sam Riami (Evil Dead) au super-héros arachnéen et auquel il semble encore aujourd’hui avoir donné sa version définitive.

Cette nouvelle version, première donc à s’intégrer totalement dans l’univers étendu de Marvel et des Avengers, a été confié à John Watts (réalisateur du film d’horreur à petit budget Clown), faiseur tout à fait malléable à qui le studio confie une lourde tâche : faire en sorte que le public ne baille pas d’ennui devant les aventures d’un personnage culte dont nous savons déjà presque tout.

Or l’objectif – et on le sent très vite – c’est de ménager le public. Ainsi, les origines des pouvoirs de Peter Parker (joué ici par Tom Holland) ne sont qu’à peine mentionnées. De fait, on se souviendra que le personnage nous avait été brièvement présenté dans le film Captain America:Civil War. Pas de morsure, pas d’oncle Ben, pas de pouvoirs, pas de responsabilités ! Spider-Man: Homecoming nous montre le quotidien d’un adolescent de 15 ans qui s’avère être doté de super pouvoirs, propos initial qui justifie l’existence même du personnage.

L’une des références avouées de John Watts pour le film est celle des teenage movies, en particulier ceux de John Hugues, auquel il fera d’ailleurs un clin d’œil appuyé lors d’une séquence de pool party où est projeté La Folle Journée de Ferris Bueller (1986). Une idée somme toute logique et intéressante qui a le mérite d’être raccord avec la thématique de l’adolescence pour le moins agitée de Peter Parker.

Et Peter Parker est définitivement agité. Bavard, angoissé, à la limite de la diarrhée verbale, Tom Holland ne s’arrête jamais au point qu’il peut en être parfois un brin crispant, ce qui est tout à fait le but. Plein de sucre, le personnage est à l’image de ce qu’on attend d’un adolescent d’aujourd’hui : connecté, enthousiaste mais aussi la risée de son collège, à l’image de son homologue de papier. D’ailleurs, le film passera au moins la moitié de son temps à nous le montrer gaffeur, maladroit, absolument pas taillé pour être un super-héros, là où l’homme-araignée incarné par Tobey Mcguire dans la trilogie d’origine parvenait par la grâce de l’ellipse à devenir un héros efficace dès le second acte du premier film. Ainsi s’enchaînent les gags et quiproquos, au grand bonheur des moins exigeants.

Car si ce redémarrage en fanfare, moderne et plutôt frais du personnage s’avère efficace, il manque sincèrement de profondeur émotionnelle – et pour quelqu’un qui dit s’inspirer du créateur de Breakfast Club, c’est fort dommageable. Ainsi, l’humour peinera à faire décrocher un sourire sincère aux spectateurs aguerris et il devient vite clair que le métrage a été pensé avant tout pour le jeune public. On ne sent à aucun moment que Peter Parker puisse être réellement en danger et les réactions de ses proches devant ses manquements aux devoirs n’est jamais bien lourd de conséquences. De même, en tâchant d’intégrer le film dans ce nouvel univers étendu (ce qu’il parvient très bien à faire), les scénaristes amoindrissent certains événements majeurs de la saga toute entière, en particulier en ce qui concerne le personnage de Tony Stark (Robert Downey Jr, qui fait son boulot à plusieurs dizaines de millions de dollars.) Figure bienveillante, Iron-Man est bien présent, sans trop abuser de son temps d’écran, mais la dramaturgie qui lui est propre est totalement annulée par Homecoming – ce qui a été construit autour du personnage dans Civil War tombe complètement à l’eau. Nouvelle tentative de ne pas décevoir le public avec des personnages pas assez lisses et unidimensionnels ?

On serait tenté de le croire s’il n’y avait dans l’histoire Adrian Toomes, alias le Vautour (impeccable Michael Keaton), l’un des premiers adversaires de Spider-Man dans la bande dessinée et que Sam Raimi envisageait autrefois de faire jouer par John Malkovich. Pour la première fois, un film Spider-Man se décide à nous montrer un vilain qui ne soit pas un accident, ni un illuminé. Toomes est un homme de chantier, initialement chargé de nettoyer les dégâts occasionnés par les personnages à super pouvoirs avant que Stark Industries ne lui vole son travail. Ayant une famille à faire vivre, il détourne des pièces d’appareils Chitauris (restes de la grande bataille d’Avengers) et se transforme en robin des bois ailés – à la démarche toute personnelle, puis ce que lui et son équipe gardent l’argent pour assuré l’avenir de leurs proches. Toomes est un prolétaire, presque un anarchiste, le parfait pendant de Spider-Man venu de la rue, comme lui. Le Vautour est ainsi le vrai moteur émotionnel du récit et même si ce dernier tourne court sur le troisième acte, ce n’est pas pour rien si Watts lui consacre toute l’introduction du film de façon concise et claire, nous exposant comme jamais ses motivations. Un peu à l’instar des séries Netflix, le phénomène super-héroïque est réévalué du point de vue des petites gens, ceux de la rue, qui ont le plus subi les attaques.

Mais à vouloir à tout prix essayer de mettre Parker en danger, le film précipite d’autres éléments d’intrigues qui semblent débouler de nulle part. La love story de Peter Parker avec le personnage de Liz est affligeante de simplisme, chacun découvre l’identité de Spider-Man au petit bonheur la chance et on dissimule sciemment des noms de familles afin de ménager une forme de suspense capilotracté. De même, la caméra sans âme de Watts oublie de rendre les scènes d’action lisibles ou même marquantes – seule une séance de sauvetage empruntée de l’introduction de Speed (1996) en milieu de film a le potentiel d’exciter le plus paresseux des cervelets. De même, ce ne sont pas les personnages secondaires qui viennent rehausser le niveau général. Ned (Jacob Batalon), meilleur ami de Peter, est un archétype juste sympathique de l’acolyte pas très attrayant, qui s’extasie sur tout, aime Star Wars et souffre d’embonpoint – on a déjà vu des touristes japonais prendre des clichés moins voyants. Quant à la très agréable Marisa Tomei, elle incarne une tante May, certes rajeunie et séduisante (détail sur lequel on insistera trop lourdement tout le le long de ses apparitions) mais à la personnalité transparente. Toutefois, on note la présence de Michelle (Zendaya), adolescente flegmatique et désagréable, clairement très inspirée du personnage d’Ally Sheedy dans Breakfast Club (1985) et dont chaque réplique fait mouche – le comble pour un film sur une araignée, vous noterez.

Qu’on se rassure, l’action reste fluide, suivie et Tom Holland, danseur de formation, fait des merveilles dans le double rôle délicat qui lui est assigné. Mais l’ensemble de ce déroulement demeure encore trop balisé, à l’image de n’importe quel divertissement que nous proposent Marvel. Spider-Man: Homecoming n’est donc ni un film de super-héros innovent, ni même un teen movie digne d’intérêt. Tout au plus, l’exercice et le mélange des genres offre une certaine naïveté plutôt rassurante et qui fonctionne, mais le film s’en contente et les fans de la bande-dessinée d’origine risquent fort de ne pas apprécier les partis pris d’adaptation que présentent ce Spider-Man plus moderne. L’intégration d’une commande vocale dans le costume, l’absence de spider-sens, la réinvention complète – pourtant positivement audacieuse – de certains personnages cultes et du fan service abusif (le méchant secondaire, le Shoker, ne sert strictement à rien au point d’être interchangeable) sont autant d’écueils que tout un chacun reprochera à ce pourtant sympathique divertissement qui peut, malgré tout, constituer un point de départ assez idéal à un second épisode qu’on espère plus grave dans le propos. la vision d’un Spider-Man massacré jusqu’au sang par les poings du Bouffon Vert dans le premier volet de Raimi nous faisait ressentir toute la douleur de l’âge adulte que l’on se doit d’assumer et de la souffrance que peuvent engendrer nos choix. Pour résumer, un peu de tabasco dans notre Macdo ne nous ferait pas de mal, de même qu’un petit levage de pied de la part du producteur Kevin Feige.

Mais en termes de divertissement, cette nouvelle version de l’araignée entre Freaks and Geeks et le premier volet de Sam Raimi, vous fera certainement passer un bon moment.

Video Thumbnail

SPIDER-MAN: HOMECOMING, le 12 juillet 2017 au cinéma. Avec peut-être quelques images inédites.

Réalisé par Jon Watts, avec Tom Holland (Peter Parker/Spider-Man), Robert Downey Jr. (Tony Stark/Iron Man), Marisa Tomei (Tante May), Zendaya (Michelle), Tony Revolori (Flash), Laura Harrier (Liz), Jacob Batalon (Ned), Michael Keaton, (Adrian Tooms/le Vautour), Kenneth Choi (Principal Morita), Logan Marshall-Green et Donald Glover.

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