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Seven Sisters (What Happened to Monday en vo), film de Tommy Wirkola avec Noomi Rapace

Seven Sisters. Dans un futur si proche que nous avons littéralement les pieds dedans, la Terre accuse une grave surpopulation entraînant des catastrophes sans précédents à l’échelle planétaire. Afin de palier au manque de ressources, les gouvernements du monde ont recours au génie génétique afin de dupliquer les vivres, ce qui entraîne un pic anormal de naissances. Une loi de l’enfant unique est internationalement votée et tout contrevenant verra son cadet enlevé et placé en cryo-sommeil jusqu’à résolution du problème.

Sept jumelles portant chacun le nom d’un jour de la semaine vont apprendre pendant trente ans à se dissimuler sous l’identité de Karen Settman. Le sévère subterfuge fonctionne, jusqu’au jour où Lundi disparaît.

Seven Sisters (What Happened to Monday en vo), film de Tommy Wirkola avec Noomi Rapace

Le propre de la bonne science-fiction, c’est qu’elle puisse nous parler à tous en seulement quelques constats glaçants. Le nouveau métrage de Tommy Wirkola y parvient avec un certain brio, pour ne pas dire un brio certain. Ancrant la réalité du propos dans un quotidien à peine exagéré, Seven Sisters (What Happened To Monday en V.O, encore une fois les distributeurs français font un travail d’adaptation d’une simplification abêtissante) enfonce le premier clou sur un cercueil dont nous avons nous-mêmes assemblé les planches. A l’heure où les U.S se retirent de l’Accord de Paris et où les ouragans ravagent les îles, Seven Sisters dresse un portrait alarmant de notre avenir proche en une courte introduction malaisante. Notre époque se prête à merveille aux récits de ce type et le film assène une vérité qui dérange avec autant de simplicité que de pertinence. Tout est cyclique et les pouvoirs en place, malgré une assurance crasse, n’ont que peu d’options à dispos pour éveiller les consciences.

En ce sens, Seven Sisters peut constituer une réussite, un récit d’anticipation original (adapté ni d’une BD, ni d’un roman) que seuls quelques artisans du septième art, tels que Andrew Niccol (Bienvenue à Gattaca) savent retranscrire avec brio. Il est d’autant plus étonnant que le film soit l’œuvre d’un réalisateur dont le CV s’orne avant tout de rutilantes séries B (la série des Dead Snow et le sympathique Hansel & Gretel : Chasseurs de Sorcières). Wirkola maîtrise ici une caméra aux prises vues chiadées, accordée à une photographie simple et glaçante (jusqu’à un final coloré de grand gala et de gerbes de sang, rehaussant une hypocrisie galopante de politicard véreux.) C’est une SF élégante, rappelant les étendues monochromes de Minority Report et les chocs sociétaux de Soleil Vert, avec des moyens bien moindres – il est bon de le préciser tant le rendu à l’écran est crédible. Tourné en Roumanie, Seven Sisters étouffe le spectateur avec des décors naturels, saturés de figurants, où les rafles, les affichages de propagande de stérilisation et les forces armées forment un quotidien trop facilement accepté et dans lequel la révolte gronde parmi les classes les plus défavorisées. Un tableau éloquent auquel on a aucune difficulté à croire tant c’est arrivé près de chez nous et cela arrive encore.

Seven Sisters (What Happened to Monday en vo), film de Tommy Wirkola avec Noomi Rapace

Pour contrer ce nouveau malaise dans la civilisation, on suit Noomie Rapace (Millénium) qui incarne à elle seule les sept sœurs du titre, chacune avec une personnalité bien distincte de l’autre – un tour de force loin d’être inédit mais diablement bien maîtrisé. Il vous sera impossible de ne pas avoir votre préférée. Toute dissimule leur identité chacune leur tour dans une banque où elles sont employées sous un seul avatar (Karen Settman, du nom de leur mère décédée) ne s’autorisant à être elle-mêmes qu’une fois dans le confort de leur abri, concocté par un grand père vigilent (impeccable Willem Dafoe). Fruit d’un système en décomposition, les sept sœurs en deviennent les victimes, traquées par des forces armées répressives à la violence sans égale dirigée par une Glenn Close toujours dans un rôle de meneuse aux motivations ambiguës (comme cela avait été plus tôt le cas cette année dans le zombie-flick anglais The Last Girl), parfait composite de Donald Trump et Margaret Thatcher.

Seven Sisters (What Happened to Monday en vo), film de Tommy Wirkola avec Noomi Rapace

Toutefois, par delà son message et ses personnages, il est à regretter amèrement que le scénario soit ponctué de myriades de petits illogismes dans son microcosme. Ainsi, des facilités scénaristiques viennent décrédibiliser un récit pourtant bien parti pour nous y faire croire, sans oublier les « oublis » technologiques en rapport avec son propre monde. Si chaque citoyen est scanné, surveillé par un bracelet d’identité, comment diable les sept sœurs peuvent avoir chacun leur téléphone portable sans éveiller les soupçons? Comment fonctionnent exactement les scans rétiniens (les jumeaux n’ont pas les mêmes empruntes digitales, ni la même composition de l’iris.) Dans un futur présenté comme étant aussi surveillé et répressif, il est étrange que rien de tout cela n’ait réussi à être enregistré. C’est l’un des grands soucis du genre SF : sa moindre petite imperfection dans le récit rend une histoire potentiellement attrayante immédiatement contestable et on s’en voudrait presque d’avoir apprécié ce qu’on vient de voir. Un cas d’école similaire serait le Equilibrium de Kurt Wimmer qui en deviendrait un ratage une fois l’intrigue déconstruite. Qu’on se rassure toutefois, Seven Sisters n’atteint pas encore ce degré. Les scènes d’action sont souvent redoutables d’efficacité, même si pas toujours très crédibles (une des sœurs parvenant à taper un sprint après une chute dans une benne à ordures vide). Quant à son final promis comme détonnant, le moins attentif le déduira à la moitié du film, sans que cela lui enlève de réel impact quant au propos nihiliste, capitaliste et individualiste qui régit ce monde que l’on connaît si bien.

Si notre société est imparfaite, Seven Sisters l’est aussi et c’est malheureux tant on tenait quelque chose de potentiellement brillant. Mais au vu du budget alloué, de la performance intégrale de Noomie Rapace et d’un univers tout de même savamment dépeint et trop dérangeant pour être malhonnête, on ne saurait que trop se recommander son visionnage pour nous rappeler Ô combien le monde est en danger, combien être acteur est un vrai métier et que la SF ne lâche jamais rien et c’est tant mieux.

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