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Marvel's The Punisher

Suite à la déconvenue majeure de The Defenders, Netflix et Marvel se devaient de frapper un grand coup.

Le grand rassemblement des héros n’ayant pas suffi à apporter du sang neuf, il revenait à un personnage plus cassé l’honneur d’en faire couler et, si tant est que cela soit encore possible, de rattraper le coup auprès d’un spectateur rendu exigent par des univers aussi partagés qu’ils sont parfois amorphes.

Introduit avec brio dès la seconde saison de Daredevil (dont il représentait le moteur narratif), Frank Castle alias le Punisher parvient-il à reconduire la confiance des fans envers cet univers qui a déjà tendance à un peu trop se codifier ?

Le pari est double. Non seulement les séries Marvel sont en chute libre d’un point de vue qualitatif mais en plus le personnage culte crée en 1974 s’est déjà fait égratigné la bobine à pas moins de trois reprises lors d’adaptations cinématographiques inégales, pour ne pas dire franchement douteuses malgré le potentiel hautement dramatique de Castle qui possède auprès des fans un capital sympathie unique parmi la galerie des personnages de la Maison des Idées.

Situé quelques mois après les événements de Daredevil saison 2, The Punisher suit le quotidien d’un Frank Castle s’étant mis au vert dans le bâtiment après avoir expédié les derniers responsables de la mort de sa famille, tragédie qui le hante jour après jour. Déclaré ennemi public, l’ancien soldat vengeur va pourtant se voir contraint et forcé de sortir de sa retraite malsaine par la grâce d’un ancien membre désavoué de la C.I.A du nom de David Lieberman. Surnommé Micro, ce dernier repère Frank et le fait chanter afin qu’il l’aide à renverser un complot interne au pays et auquel son ancien régiment est étroitement lié. Le Punisher va devoir reprendre du service et achever sa vengeance une bonne fois pour toute.

Le long de treize épisodes faits de complots au gouvernement, de vendettas sanglantes et d’enquêtes en tout genre, la série The Punisher aborde le super-héroïsme sous un angle jusque là assez inédit – à l’image de la bande-dessinée qui l’a inspiré. Son personnage central ne s’encombrant jamais de questionnement moral, la série pourrait être le prétexte à une gerbe de sang et des sessions de tirs sans fondements qui trouveraient bien vite leurs limites d’un point de vue scénaristique. Or, l’intrigue prend franchement le temps de s’installer, replongeant le personnage dans ses tourments encore peu cicatrisés, ce qui lui vaut une profondeur assez inattendue et à la série un temps de démarrage forcément plus lent que nécessaire. Avec l’incorporation du personnage de Micro, l’intrigue va trouver son ton, ce dernier (très bien incarné par Ebon Moss-Bachrach) agissant comme le Jiminy Cricket de Frank. Bardé de connaissances et de gadgets, Micro sera les yeux, les oreilles et souvent l’intellect du Punisher. Il en est aussi le moteur émotionnel principal et un double plus light du personnage titre – Micro ayant dû simuler sa mort pour mettre sa famille (qu’il observe via tout un jeu de caméras) à l’abri du danger.

Ce duo de buddy movie atypique injecte une dose d’humour bienvenue dans une histoire très sombre, parfois étouffante tant elle multiplie les points de vue et les sous-intrigues pas forcément nécessaires, à commencer par l’enquête de l’agent Madani (Amber Rose-Revah), une ex-femme soldat travaillant pour le F.B.I et lancée à la poursuite du Punisher. Bien que pas désagréable, cet arc narratif très emprunté à Homeland ralenti souvent l’action et n’apporte, de fait, pas grand chose à l’histoire principale, si ce n’est renforcer l’idée que Frank, tout abonné à la violence qu’il soit, n’a pas tout à fait perdu le sens d’une justice plus institutionnalisée en totale contradiction avec ses méthodes expéditives. Sans oublier que la série n’échappe pas non plus à certains tics vus et revus de déroulement narratif déjà usés jusqu’à la corde dans les séries précédentes (les principes de boss et de sous-boss en fait un brin plus dangereux que le méchant évident.)

Une tempérance narrative qui risque d’en laisser un ou deux sur le carreau, espérant un défouloir crasse en lieu et place d’une vraie histoire. Qu’on se rassure, d’intenses moments de violence graphique ponctuent généreusement ça et là la pellicule, parfois de manière très esthétique, comme en témoignent une séance d’infiltration en FPS dans un bois ou bien une scène située dans le passé de Frank en pleine zone de guerre avec ses camarades, dont certains vont d’ailleurs avoir un rôle prédominant dans l’histoire.

C’est le cas du personnage de Billy Russo (Ben Barnes) que les fans de la première heure reconnaîtront comme le futur vilain Jigsaw, un truand salement défiguré par le Punisher. Si l’on reste bien sûr dans l’expectative de voir ce bad-guy naître tel qu’on le connaît, le faire incarner par le beau gosse qu’est Barnes est un choix judicieux d’un point de vue thématique (la laideur étant avant tout morale) mais aussi assez pertinent pour tenir les lecteurs du comics suffisamment en haleine, eux qui auront très vite découvert le double jeu du traître. Notons aussi l’excellente prestation de Jason R. Moore dans le rôle de Curtis, un ancien soldat ayant perdu sa jambe et qui justifiera plusieurs retournements de situations dans les événements. De même, Karen Page (Deborah Ann Woll), personnage secondaire de la série Daredevil vient justifier la caution d’univers partagé tout en formant avec le Punisher un duo de confiance plus attachant qu’opportuniste et qui ne dérape jamais dans le pathos gratuit.

Si la série remporte haut la main la palme de la plus violente de Marvel / Netflix, elle a aussi fait couler autant d’encre que de sang, certains épisodes abordant plutôt frontalement le problème des armes en circulation aux États-Unis, ce qui interroge plus d’une fois le spectateur quant aux motivations profondes de Frank qui ne résout les choses qu’à base de guns et de violence – la série a d’ailleurs vu sa projection annulée à la Comic-Con suite aux atroces fusillades de Las vegas en octobre dernier. L’emploi des personnages secondaires – comme la famille de Micro – est assez salutaire, bien qu’elle puisse faire passer le Punisher pour un peu friendly.

La radicalité et l’âpreté du comics originel est une véritable arlésienne à adapter et les showrunners ont fait le choix, plutôt nécessaire, d’amoindrir la personnalité souvent malsaine du Punisher. Un choix qui se défend d’autant que Jon Bernthal assure malgré tout merveilleusement son rôle, la mâchoire crispée, la gueule cassée, le muscle saillant mais aussi avec une lueur d’espoir un peu perdu mais décidé au fond des yeux. L’acteur était définitivement le choix parfait pour camper ce personnage difficile, iconique et dont les aspirations sans grandes concessions pourraient bien incarner à grande échelle les fondements d’une série profondément ancrée dans l’ère Trump. Les salauds sont au gouvernement, l’armée magouille et ment et seul un sociopathe avoué peut encore faire éclater la vérité là où des milices privées pourront bientôt agir au mépris des lois.

Il faut parfois un salaud pour en abattre un autre et cette logique cathartique propre au Punisher fait quand même du bien – en tout cas assez pour avoir envie d’une seconde saison dont on espère que l’intrigue choisie soit un chouilla plus resserrée et irrévérencieuse. En sortant un peu des carcans du thème qui lui est alloué, The Punisher permet d’obtenir un sursis de confiance en attendant les productions suivantes.

Vas-y Frankie, c’est bon.