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Spirou a tout : une famille aimante, des copains d’enfer, une copine populaire et un avenir tout tracé. C’est d’ailleurs bien le problème. Car contrairement à ses parents, l’espiègle gamin refuse d’embrasser la carrière de groom à laquelle sa famille le destine. Quand une voyante lui prédit un avenir d’aventures trépidantes, le Petit Spirou se décide à profiter à fond de ses dernières semaines d’école tout en cherchant un moyen d’échapper à son destin.

Quiconque a lu les aventures rocambolesques du Petit Spirou (parues aux mythiques éditions Dupuis) et les a relu une fois adulte aura beaucoup de mal à retrouver l’irrévérence de ses planches dans le film qu’en a tiré Nicolas Bary. Le réalisateur qui avait pourtant si bien abordé le thème de l’enfance dans Les Enfants de Timpelbach et Au Bonheur des Ogres semble ici s’embourber dans des considérations bien trop graves pour un divertissement supposément si léger. La friponnerie, les gaffes de gamins et le comportement crasse des adultes que dépeignent Tome & Janry depuis 1990 sont ici plus au moins délaissées au profit d’un message, certes universel (la peur de grandir et la perte de l’insouciance) mais qui pèche par un certain manque d’humour et un détachement assez symptomatique de la vision des jeunes qu’il propose.

Le Petit Spirou (Nicolas Bary)

On peut arguer que le matériau de base est une bande-dessinée pour les enfants, ce qui rend son adaptation d’autant plus délicate. Comment, dès lors, embrasser un public plus moderne sans trahir l’esprit initial qui faisait le piquant du Petit Spirou ? Cet équilibre, Bary semble peiner à le trouver, ne situant son histoire dans aucun contexte, époque ou lieu précis, ce qui donne l’impression que des enfants présentés comme modernes s’amusent comme des gosses d’antan en bricolant des vélos à réaction – ce qui, avouons-le, est un hobby qui se perd drastiquement de nos jours. De plus, le jeu des jeunes acteurs paraît si peu naturel (probablement la faute à un scénario peu consistant) qu’on est bien en mal de s’attacher à eux une seconde, malgré les tentatives de les identifier clairement – encore qu’on se passerait assez volontiers de la petite brute de l’école avec sa gomina dans les cheveux et son blouson en cuir avec le « A » de Anarchiste sur le bras. Sérieusement ?

Au prétexte d’adapter le média « bande-dessinée », Bary en embrasse toutes les tares sans jamais en faire le spectacle cartoonesque que nous sommes supposés en attendre. Les maigres références à la bande-dessinée comme la marque Addadas et la revue coquine Doudoune ne suffisent pas à tirer vers le haut un humour qu’on aurait, pour le coup, souhaité un brin plus potache et polisson, à l’image de son modèle de papier relié. Au vu de la galerie de personnages explorés (et tous présents), il y avait pourtant matière à tenter autre chose que des gros plans suggestifs sur le décolleté de la prof de maths et des clopes soufflées au visage des élèves par le truculent monsieur Mégot. La bande-dessinée est bien assez riche en idées pour se permettre d’y piocher allègrement et pourtant, le film se borne à ne prendre aucun risque réel.

Le Petit Spirou (Nicolas Bary)

De plus, le casting adulte oscille entre franc cabotinage et exagération. Si Pierre Richard (Grand-Papy) est en roue libre, que dire du pourtant attachant Philippe Katerine en Père Langelusse dont le comique de répétition sur la musique metal s’étire et tombe à l’eau, même pour un connaisseur du genre. Si le charme opère grâce à Gwendolyn Gourvenec (Mademoiselle Chiffre) et Natacha Régnier (la mère de Spirou), seul François Damiens tire son épingle du jeu dans le rôle de monsieur Mégot. Bien que régressif pour l’acteur qui nous a depuis bluffé dans de nombreux registres dramatiques, le personnage semble taillé sur mesure pour lui – ce qui est peut-être un problème tant l’entité « monsieur Mégot » s’efface devant celle de « François Damiens » qui se joue lui-même, bien que pas sans un certain sens du drame.

Les lecteurs se souviennent des longues introductions des albums, histoires s’étalant sur plusieurs pages et qui embrassent un ton plus grave et nostalgique que les planches uniques aux chutes comiques. Si la complicité avec le Grand-Père fonctionne bien, l’histoire de Mégot, l’autre ressort plus sérieux du scénario, tire un peu à vide, sans jamais trouver de conclusion satisfaisante. Même le gag culte de la voyante (Armelle, toujours dans son rôle à elle) est ici vidé de toute sa substance – Spirou étant sensé être terrorisé à l’idée de devenir ce futur aventurier que l’on connaît. C’est justement le gag général de cette bande-dessinée : ce petit garçon attachant mais à la limite de la perversité va devenir un personnage droit et altruiste, toujours prêt à affronter le danger, un thème que le film n’abordera réellement que dans un dernier quart d’heure mignonnet mais mou à en bailler.

Le Petit Spirou (Nicolas Bary)

Bien que pas mal mis en scène (certains décors sont très réussis, de même que la plupart des accessoires et costumes), ce Petit Spirou version film, sorte de collage mal assemblé de plusieurs vignettes disparates, semble s’inspirer sans enthousiasme des métrages de Michel Gondry ou de l’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S Spivet (Jean-Pierre Jeunet). Son histoire manque d’enjeux, sa comédie de piquant, ses personnages de construction et son déroulement n’éveille que peu l’intérêt général. Si un réalisateur tel que Philippe Lacheau (Baby-Sitting) avait hérité du bébé, il n’aurait probablement pas hésité à faire plus qu’un bête film pour les enfants, lui. Quitte à responsabiliser Spirou, autant ne pas oublier d’en faire un déconneur et d’aller vraiment au bout des choses.

Le Petit Spirou est une nouvelle preuve par neuf que les francophones ne savent pas adapter leurs bande-dessinées de façon pertinente, média qui peut pourtant faire notre fierté et dont nous n’avons jamais su envisager le potentiel cinématographique. Les Aventures de Spirou et Fantasio, d’Alexandre Coffre, va t-il venir confirmer cette tendance l’année prochaine ? On peut prendre les paris.

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