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Justice League

DC et Warner.

Un mariage d’autant plus tumultueux que leurs rejetons sont au cœur d’une tourmente de production cinématographique abâtardie par un sens plutôt discutable de la discipline. D’abord jugés trop sombres, puis trop faciles, les quatre premiers films de cet univers partagé (ou étendu, c’est selon) ont tous divisé à leur niveau, certains péchant par leur ambition, d’autres par une volonté trop arriviste de plaire à tout prix – parfois en copiant sur le voisin Marvel dans le but de briller aux yeux d’un professorat agrégé du grand public et de la critique express et sans nuance.

Oui, c’est un triste monde que celui du blockbuster de masse, aussi triste que celui que nous a laissé Zack Snyder à la fin de Batman V. Superman, où le monde n’avait en apparence plus le moindre espoir après la disparition héroïque de l’homme d’acier au combat. Aussi triste que la réception trop tiède consacrée à ce dernier film qui, malgré quelques défauts manifestes, tentait pour de vrai d’amener le thème rabâché du super-héros vers de nouvelles sphères de réflexion. Aussi triste que la tragédie qui a frappé Snyder de plein fouet (la fille du réalisateur s’étant ôté la vie le 20 mars dernier) le forçant à renoncer aux manettes de Justice League au profit d’un Joss Whedon venu très sympathiquement finir le travail en catastrophe. Mais triste surtout que ce studio en mal d’amour ait remanié l’avenir de ses projets en promettant aux fans une direction plus décomplexée de son univers. Ces fans qui, aux yeux des producteurs, semblent trop spontanément avoir gain de cause dès qu’ils tapent un peu fort du pied et de la touche Envoi de Rotten Tomatoes, octroyant à la Warner un statut bien mérité de gros décideur fragile.

Batman dans Justice League

Après le hold-up Suicide Squad, conspué malgré ses millions engrangés et une Wonder Woman auto-proclamée en toute mauvaise foi reine du box-office super-héroïque, les incohérences et les scénarios boiteux pouvaient-ils encore et toujours sévir au sein de Justice League, ce projet chorale si longtemps repoussé et remanié et qui, on s’en doute, n’aura pas été aidé par les souillages de froc à répétition des exécutifs ? À l’heure où DC semble patauger dans la semoule pour assurer la cohérence de son futur, le rassemblement des héros de la Distinguée Concurrence peut-il encore nous sauver du carnage ?

Vous qui avez crucifié si malhabilement BvS sur la place publique pour sa pseudo complexité, rassurez-vous d’entrée : vous pouvez débrancher vos cervelets. Justice League ne vous fera pas réfléchir une seconde et c’est totalement assumé ! La grosse production testostéronée que vous désiriez est arrivée et elle s’accompagne de belles tartines de pâté. Un divertissement bien gonflé aux SFX et au fond vert qui a le mérite d’épouser franchement l’univers qu’il a déjà établi précédemment et sans (trop) se viander. Ce qui ne signifie pas que le film se contente d’enchaîner des séquences indigestes de baston, au contraire, car chaque protagoniste est brillamment présenté ou réintroduit dans une première moitié de métrage qui fait indubitablement la part belles aux personnages.

Flash dans Justice League

Ces personnages, ce sont d’ailleurs eux qui permettent finalement au film de tenir debout en équilibre approximatif sur un scénario qui a l’épaisseur d’un ticket de métro. Après la mort de Superman, un gros méchant nommé Steppenwolf conclue que c’est journée portes ouvertes sur Terre et débarque avec son armée pour récupérer des artefacts dans l’espoir manifeste de nous terraformer. Il faut l’arrêter et… ne cherchez pas plus loin. Bien qu’elle semble vouloir multiplier les points de vues, l’histoire ne crée à ses héros pas le moindre enjeu auquel se confronter personnellement, là où Joss Whedon était parvenu avec son Avengers à transcrire un malaise constant dans l’équilibre de son groupe de super-héros mal adaptés. Ce même Whedon qui semble ici avoir été sélectionné pour réduire en post-production le déroulement du film à son strict minimum – Flash serait au montage que ça n’irait pas plus vite. En découle des héros souvent archétypaux, à la profondeur toute relative et à la punchline paresseuse.

En sont-ils moins attachants pour autant ? Certes non, mais ils ne nous apprennent (déjà) plus rien. La témérité et la volonté de fer de Wonder Woman et de Batman, véritable duo au cœur du récit, font loi à chacune de leurs apparitions. Ils agissent sans subir, se questionnent trop brièvement et ne chutent pour ainsi dire jamais. Au mieux peut-on être un peu inquiet pour Bruce, seul être humain physiquement plus faillible, autant on ne frissonnera jamais pour les autres, même pas lors de combats où certains devraient être réduits en mille morceaux en vertu des lois de la physionomie humaine. Mais nous avons affaire à des quasi demi-dieux et aucun ne dérouillera vraiment comme il se doit (ce n’est pas dur : quand ils ont mal, il se marrent, tout simplement).

Flash et Aquaman dans Justice League

Parmi les nouveaux arrivants, notons un Flash / Barry Allen joué par un Ezra Miller complètement plongé dans un rôle de composition entre l’autiste et le side-kick, dont on sent à des kilomètres qu’il a été pensé pour plaire au jeune public, ainsi qu’un Cyborg / Victor Stone monolithique mais impressionnant assuré par un Ray Fischer ici abonné à la fonction de deus ex machina technologique. Quant à Aquaman, il est à Justice League ce que le Joker est à Suicide Squad : enlevez-le de l’équation et le film se déroulera de la même manière sans que le scénario ne dérive. Pur élément de fan-service, le Arthur Curry de Jason Momoa a la fonction primaire de faire valoir sa plastique irréprochable et d’envoyer des fions à Batman dès que l’occasion se présente. C’est fort dommage mais, encore une fois, dans un film comptant autant de personnages forts et avec la volonté d’aller à l’essentiel pour brosser le spectateur dans le sens du poil, difficile de faire exister tout le monde à parts égales, y compris des seconds couteaux pourtant brillants (mention spéciale au Commissaire Gordon de J.K Simmons, tout droit pondu d’une case de comics), sans parler d’un méchant réduit à sa plus simple fonction : tout casser !

Steppenwolf dans Justice League

Incarné par Ciaran Hinds, acteur Shakespearien dont on se demande bien comment il peut exister dans ce fratras d’images de synthèses, Steppenwolf est l’incarnation du méchant de base, ayant pour seul moteur la destruction à grands coups de hache en feu et la satisfaction de s’entendre parler tout seul au milieu d’une horde de paradémons qui n’en ont visiblement pas grand chose à carrer. Ajoutez-y le casque à cornes et vous obtenez la panoplie complète du vilain-pas-beau dans toute sa splendeur – même Arès dans Wonder Woman avait plus de crédit alloué, c’est vous dire le pédigré du bonhomme. Mais on a les adversaires qu’on mérite et un bête gratte-papier de super-méchant n’aurait jamais pu justifier un tel rassemblement de héros, dont on se doute que le leader de bleu et rouge vêtu ne va pas tarder à pointer le bout de sa cape.

Car ce n’était une surprise pour personne, Superman est bien là, ressuscité par un procédé pour le coup assez inattendu mais bien trop précipité pour cultiver chez nous une réelle attache émotionnelle. Henry Cavill brille toujours dans son rôle et prend enfin les oripeaux du Superman que tout le monde voulait – pardon, que les fans ont exigé. On notera tout de même que l’effacement numérique de la moustache de l’acteur – venu reshooter des scènes en plein tournage du prochain Mission : Impossible – est visible comme la pilosité sous le nez qui est au milieu de la figure. En un mot comme en mille, c’est infect.

Justice League

Si l’implication plus ou moins à la dernière minute de Joss Whedon faisait craindre autant qu’elle faisait espérer, on sent pourtant dès les premières minutes qu’on est à 100% dans un film de Snyder. Entre les ralentis à toute berzingue ( le fameux Snyder Move), le clip-show introduit dès le générique (excellente reprise du Everybody Knows de Leonard Cohen par la chanteuse Sigrid dont les paroles soulignent à merveille le désarroi d’un peuple fragilisé par l’absence de Superman) et une esthétique ultra référencée (le nouveau Bat-Costume évoque celui du Hibou dans Watchmen et les tenues des Amazones celles des guerriers de 300), la patte identifiable du réalisateur démissionnaire suinte de partout. Qu’elle ait ses détracteurs ou ses supporters, on note toutefois que l’introduction cynique et grave n’est qu’un préambule à un changement de ton drastique où la légèreté sera reine et où la bande-son à la fois méta, auto-citée et, pour le dire franchement, assez peu inspirée (malgré la finesse des arrangements ) du pourtant grand Danny Elfman n’éveillera pas de grandes envolées épiques auxquelles Hans Zimmer nous avait habitués.

Et pourtant… Force est de constater que ça fonctionne et ce malgré quelques raccourcis pas très heureux et un plagiat atroce de l’introduction du Seigneur des Anneaux pour nous expliquer comment Steppenwolf est descendu des cieux pour nous faire frire nos mouilles avec ses Boîtes-Mères (d’ailleurs, en termes d’anneaux… Non, je n’ai rien dit, vous n’avez rien lu…). C’est tout de même à se demander ce que peux bien fiche Geoff Johns à la production, si ce n’est lire des notes de services extraites de Tweets et de fans-fictions pondus par des trolls désabusés – tout en continuant de caser des références à de futurs films de son univers partagé auxquels seuls les fans de comics comprendront quelque chose. D’autant que, contrairement à ce dont DC et Warner s’étaient toujours enorgueillis jusque là, le film possède, comme chez la concurrence, deux séquences post-génériques pour tâcher, bon an, mal an, de maintenir l’intérêt d’un spectateur à qui on en voudra pas d’être de plus en plus difficile envers son média de divertissement.

Justice League

Justice League respire le produit, la grosse commande de studio certes, pas mal exécutée mais complètement corrompue dans son ADN. Dépourvu de vraies séquences d’anthologie ou de thèmes puissants, le film se contente de divertir efficacement avec des grosses ficelles, risquant fort d’ancrer chez nous la notion de plaisir coupable dès qu’il s’agira d’aller voir un nouveau film tiré de cet univers de comics ciné souffrant actuellement d’une grave crise de délire régressif.

En attendant les chiffres du B.O et l’inévitable version longue de ce film manifestement très malade.

Must there be a Justice League ?

There is…

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  • Alain Roussel

    Quand on pense que George Miller a failli réaliser Justice League et qu’on se retrouve avec un film de commande presque obligé.