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Blumhouse a encore frappé !

Après les succès successifs de Split et de Get Out, voilà que la société de production de Jason Blum termine l’année horrifique en beauté avec un teen-movie fantastique qui décuple déjà sa mise au box-office international. La recette a fait ses preuves plus d’une fois et ne semble pas encore prête à écœurer des spectateurs toujours plus avides de frissons en tout genre.

Grand meneur du jeu horrifique depuis quelques années, Blumhouse a révolutionné l’exploitation du genre sur grand écran qui, morose comme tout, semblait bien parti pour laisser le soin à des plate-formes telles que Netflix de délivrer des films à budgets et intérêts réduits. Or, il n’en est rien et c’est en s’octroyant les services de l’actif Christopher Landon (fils de Michael, qu’on connaît pour avoir tailler du bois en tant que Charles Ingals dans La Petite Maison dans La Prairie) que nous est livré Happy Birthdead (Happy Death Day en V.O), réjouissante petite bande sans réelle prétention qui aura au moins le mérite de nous faire passer un bon moment de fun.

Theresa « Tree » Gelbman est ce qu’on peut communément appelé une garce.

Inadaptée à sa sororité étudiante qu’elle méprise et condescendante avec tous ses contemporains, la jeune femme égoïste et teufeuse se réveille ivre le matin de son anniversaire dans le lit d’un garçon qu’elle ne connaît pas. Malgré les gentilles intentions du jeune Carter, anniversaire ou pas, Tree va vivre sa journée de misanthrope habituelle entre dédain des autres, petits secrets sexuels et esquives des coups de téléphone de son père.

Le soir, alors qu’elle se rend à une fête, la jeune femme est prise en chasse par un tueur masqué qui va mettre fin à ses jours. Ou pas. Car à l’issue de son meurtre, Tree se réveille à nouveau dans le lit de Carter, comme si rien ne s’était passé. Une boucle temporelle infinie et infernale que la demoiselle va devoir mettre à profit pour découvrir l’identité de son assassin.

« Entre Scream et Un Jour Sans Fin ».

Balayons d’entrée de jeu ce raccourci markété sur nous à toutes les sauces et avec autant de subtilité qu’un couteau de slasher. Non pas que Happy Birthdead aille plus loin que ça – la phrase d’accroche le résume même plutôt bien – mais ce serait un peu lui négliger ses diverses qualités intrinsèques. Plutôt qu’un film réellement effrayant, Happy Birthdead prend plus volontiers le sentier de la comédie horrifique (ce que Landon avait déjà plus ou moins bien abordé avec Manuel de Survie à l’Apocalypse Zombie) et du whodunit. Tout en prenant le parti de nous présenter un personnage central peu sympathique et pourtant attachant (comme pouvait d’ailleurs l’être Bill Murray), le scénario dresse aussi un portrait sans concession d’une génération Z qui ne tient rien pour sacré et ne sait vivre qu’au présent sans se soucier des conséquences.

A la fois anomalie et symptôme de ce constat générationnel, Tree (excellente Jessica Rothe) va donc devoir goûter à son propre médicament en revivant inlassablement la même journée type jusqu’à l’inévitable confrontation avec le tueur, mais aussi avec elle-même et ses propres tourments. S’organisant au mieux avec l’aide de Carter (Israel Broussard), archétype du gentil garçon avec lequel elle refuse de s’afficher en public, la jeune étudiante va devoir agir par élimination jusqu’à trouver l’identité du tueur, ce dernier se dissimulant derrière l’avatar de mascotte de l’équipe de football – un gros visage de bébé cartoonesque à mi-chemin entre le masque de Alice Sweet Alice et du docteur de Brazil. Un assassin plutôt insaisissable, typique des figures de slashers : grand, fort, mutique et avec une propension un peu exagérée à respawn à l’endroit voulu. Même si le film n’est absolument pas illogique dans son déroulement, il convient de dire qu’il ne doit sa durée qu’à la façon bien opportuniste qu’a Tree de ne pas songer à tout simplement lui arracher son masque.

Si le tueur et ses motivations sont le moteur principal du film, il est vain d’imaginer comment la boucle temporelle fonctionne. Il s’agit là d’un pur élément fantastique que le film n’expliquera jamais, préférant s’attarder sur les personnages et tirer de la situation assez de séquences rocambolesques pour que le spectateur se laisse emporter dans le voyage de Tree. A l’incompréhension succédera la peur, puis la panique et enfin, l’inévitable balade nudiste sur fond de musique cool. Autant d’idées réchauffées qui permettent pourtant à cet environnement un peu MTV de faire vivre des personnages très authentiques et pas aussi figés qu’on le penserait de prime abord – de la gentille colocataire infirmière de Tree jusqu’à sa chef de sororité, jouée par une Rachelle Matthews tordante de superficialité. Une galerie vivante et crédible de protagonistes dépeintes par Landon et son co-scénariste Scott Lodbel, auteur de comics à qui l’on doit entre autres la série Génération X, une équipe de mutants adolescents Marvel très populaires dans les années 90.

Certes, le film n’est ni original, ni franchement rafraîchissant, ni vraiment terrifiant et il est clair qu’il ne restera pas dans les annales. Mais il s’assume comme un pur divertissement et respire assez l’honnêteté pour qu’on ne le considère pas comme plus que ce qu’il est en réalité– la fin du film cite même carrément Un Jour Sans Fin. Au mieux, pourrait-on lui reprocher un double dénouement pas forcément bien amené mais encore une fois, l’argument pop-corn est entièrement respecté et c’est à peu près tout ce qu’on est en droit de lui demander.

Au final, Happy Birthdead se range plus ou moins aux côtés d’un autre teen-movie fantastique, Project Almanac, production Michael Bay qui jouait sur les boucles temporelles et soulevait l’importance du deuil que chacun d’entre nous se doit de faire des autres et de nos mauvais côtés, sans jamais nous désavouer. En sus d’un certain exercice de style, Landon livre une petite chronique de genre amusante qui ravira les plus jeunes spectateurs mais comblera forcément moins les cinéphiles initiés.

Mais il faut de tout pour faire un monde, même une grosse connerie divertissante.