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Los Angeles, 2049 : les réplicants d’ancienne génération sont désormais obsolètes et remplacés par des nouveaux modèles plus performants et obéissants. La Tyrell Company n’est plus et la toute puissante Wallace Company a reprit en main le commerce et la fabrication de ses êtres organiques, au point d’en intégrer certains à des postes clés. L’inspecteur K, Blade Runner de son état, est engagé sur la traque d’un réplicant dont l’interpellation va révéler de sombres secrets jusque là profondément enfouis.

En 35 ans, le Blade Runner de Ridley Scott a eu amplement le temps de se tailler le réputation d’un classique intouchable de la science-fiction. Un comble pour un film qui, au départ, n’avait pas enthousiasmé les foules, le jugeant à raison comme trop complexe pour être un simple divertissement. Librement adapté du livre de Philip K. Dick, le petit chef d’œuvre qui consacra de manière définitive le réalisateur d’Alien et le comédien Harrison Ford comme deux valeurs sûres s’est décliné autour de plusieurs montages, tous proposant une fin différente et libre d’interprétation – la plus célèbre et trouble d’entre elles étant la possible nature réplicante de l’inspecteur Deckard. Une conclusion ouverte qui a grandement contribué à transformer le film en un véritable sujet d’études cinématographique.

Si on se souvient encore de la vague de scepticisme (pour ne pas dire autre chose) qui avait accompagné l’annonce de la mise en chantier d’une suite, les langues les plus fourchues se sont dépendues à l’annonce de son réalisateur. Architecte de Premier Contact, l’un des plus beaux films de science-fiction de l’an dernier – voire l’un des plus beaux tout court – Dennis Villeneuve ne cesse de conquérir le cœur des cinéphiles les plus exigeants, aiguisant son noble art de projet en projet jusqu’à une réadaptation de Dune, classique de Frank Herbert sur lequel il planche à l’heure où nous écrivons ces lignes. Encadré par Scott au poste de producteur, le canadien semble avoir eu les coudées franches pour réinterpréter l’univers codifié et méthodiquement onirique de ce futur fantasmé qu’il a complètement upgradé.

Ne tournons pas plus autour du pot : le film est somptueux et c’était à prévoir. Toute la maestria dont Villeneuve est capable s’épanouit ici comme jamais auparavant dans une débauche de plans étudiés au scalpel et que la savante photographie signée Roger Deackins ne cesse de sublimer. Cette véritable esthétique de carte postale s’accompagne d’une direction artistique si précise qu’elle élèverait presque le métrage au rang d’œuvre d’art à part entière. Une œuvre qui n’oublie jamais de respecter le film précédent, reprenant quelques plans iconiques de la tentaculaire Los Angeles concoctée par les équipes de Scott il y a trente-cinq ans. A l’instar de ce qu’à proposé Joseph Kocinski avec Tron Legacy, le film rehausse l’univers précédemment mis en place avec une débauche de trouvailles et de détails technologiques si nombreux qu’il faudrait plusieurs visionnages pour profiter de tout ce que ce film peut offrir à nos rétines ébahies.

C’est d’ailleurs par l’ouverture d’un œil, reflet supposé de l’âme, que débute le film. L’âme est au centre des récits de Blade Runner. La société sombre mise en place par le film semble toujours aussi désincarnée et les drames intimistes du métrage initial n’ont servi à rien dans le grand ordre des choses. Les réplicants sont toujours mal vus mais le monde y a toujours recours, hypnotisé par de grandes cités où plus rien ne pousse que des néons et la promesse d’une intelligence artificielle pouvant s’adapter au besoin de tout un chacun dans son oubli personnel. En ce sens, le personnage de K (incarné par un Ryan Gosling toujours aussi inexpressif) est un pur produit de son environnement. Difficile d’en dire plus sur celui qui porte littéralement l’histoire sur ses épaules sans trop en révéler à son sujet mais au delà de son jeu monolithique, le comédien assure une présence constante et consiste en un choix de casting parfait pour l’enquêteur qu’on lui demande de jouer.

Toutefois, qu’on se le dise : Blade Runner 2049 n’est pas une intrigue à tiroirs et les retournements de situation y sont très rares. Un peu à l’instar de son prédécesseur, le film a tout en mains pour rebuter le grand public susceptible de s’attendre à un blockbuster de SF. S’il aborde des thématiques proches de nous (la chute de l’écosystème, la dépendance à la technologie et notre constante isolation), l’œuvre de Dennis Villeneuve et Ridley Scott est avant tout un métrage d’auteur, un film noir à la progression très lente et à l’intrigue, certes riche, mais difficilement abordable pour qui n’aura pas le film original en tête. D’ailleurs, on serait tenté de penser que si le film passait parfois moins de temps à se regarder le nombril, il permettrait à son intrigue d’être plus fluide et rendrait les motivations de ses personnages secondaires plus claires.

Ainsi, à part soliloquer pendant des heures, le personnage campé par Jared Leto (ici le créateur des nouveaux réplicants) a tendance à vite fatiguer avec ses monologues cryptico-divin qui ne nous informent pas tant que cela sur sa véritable personnalité, ni même son rôle dans les événements. De même, si l’affiche et les bandes-annonces vendaient un rôle important et essentiel de la part d’Harrison Ford, son Rick Deckard n’apparaît qu’au bout de deux heures de film alors que le troisième acte vient tout juste de s’entamer. Engoncé dans sa mauvaise humeur légendaire, l’acteur nous surprend moins que les vrais seconds rôles tels que Robin Wright, bluffante en chef de la police autoritaire et Dave Bautista qui dévore l’écran de sa présence malgré une trop courte prestation. Sans oublier Ana de Armas, la compagne en IA de Gosling et la réplicante Luv (Sylvia Hoeks) certes moins intéressante opposante que le Roy Batty du premier film mais dont la violence et la détermination en font un adversaire de taille à défaut d’être amplement développé.

Il est d’autant plus dommage d’avoir laissé ces personnages sur la touche que le film accuse une durée de presque trois heures – bien trop long pour ce que cette histoire doit raconter. Encore une fois, la mise en scène dévore le scénario et ses plans rallongés sont souvent aussi beaux qu’ils sont frustrants tant ils donnent le sentiment que l’intrigue peine à avancer. Cet aspect contemplatif laissera probablement plus d’un spectateur sur le carreau. Certes, Blade Runner n’a jamais prétendu être un film d’action mais même en partant de cela, difficile de ne pas se dire qu’on est parfois plus au musée qu’au cinéma – et quel musée, même si l’ambiance musicale laisse un peu à désirer.

Pondue par Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch (IT), la bande originale singe souvent la partition intemporelle de Vangelis et fait malheureusement plus office de design sonore que de réelle interprétation musicale, ce qui accentue souvent la sensation d’évoluer dans un monde pesant aux résonances sourdes ( la fameuse Zimmer touch). Si c’est bien sûr l’effet recherché, difficile de détrôner les magnifiques thèmes composés par le musicien grec en 1982.

Quant au film précédent, est-ce que sa chute culte et ouverte est remise en question ? Indubitablement, le fait d’intégrer Deckard à l’histoire impose d’avoir fait un choix et force est de constater que les scénaristes ont été suffisamment cryptiques sur ce coup pour ne pas trop désamorcer ce qui a été si longtemps acquis par les spectateurs. De quoi rassurer les inconditionnels du film de Scott – qui aurait peut-être mieux fait de refourguer aussi la saga Alien au réalisateur canadien, tant qu’il y était. De plus, les scénaristes parviennent à plusieurs reprises à nous faire croire à des hasards un peu gros pour être honnêtes et c’est un plaisir de se laisser avoir par ce type de stratagème.

Véritable objet cinématographique, cette suite de Blade Runner va rester en mémoire comme un tour de force artistique. Une SF capable de sublimer un matériau d’origine intouchable, tout en offrant un scénario attrayant et une diégèse capable de rester logique et sans sentimentalisme abusif.

Malgré des longueurs un peu contemplatives et un story-telling lascif, il est à souhaiter que ce bébé là fasse quelques émules inspirées dans la prochaine décennie de cinéastes. Car n’est-ce pas ce qu’a fait le film original auprès de toute une génération de conteurs ? Et s’il pouvait au passage confirmer au tout Hollywood que ses grandes franchises seraient en bien meilleures mains dans celles d’auteurs attentifs et authentiques, les spectateurs ne s’en porteraient surement pas plus mal.

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